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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour : 11.03.2026
5275 articles


28 Lecture philosophique de la Bible

937 L'ETRE EST MEMOIRE

Publié le 08/05/2014 à 06:55 par cafenetphilosophie Tags : monde amour mode création nature gratuit créations actualité

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du N° 931.

 

Prochain billet demain vendredi 09 mai (Le phénomène religieux)

 

 

 

  L’Etre infini, source et fondement de toutes choses est infini et à ce titre unique. L’infinité des déterminations qui le manifestent sont l’expression de son Etre infini, ce, en-dehors de quoi il n’y a rien qui puisse être ou être conçu. L’Etre infini ainsi pensé manifeste une profonde unité ici et maintenant mais pas seulement. Nous savons en effet que l’Etre infini n’est pas un Etre figé dans une éternité immobile, mais un Etre en devenir. Il est « celui qui est en train de devenir ce qu’il est » conformément à la Révélation que prétend en avoir eue Moïse dans le buisson ardent.

 

  En effet, l’Etre infini, en tant qu’infini actuel, en tant qu’Etre en-dehors de quoi rien ne saurait Etre ni être conçu, est plénitude d’Etre. Mais son infini actuel se dépasse, fait émerger de nouveaux instants et par là même de nouvelles modalités d’Etre, puisque le temps renvoie à cette dimension de l’Etre qui fait émerger la plénitude de son Etre, sa valeur et son sens. Ainsi l’Etre infini se présente comme plénitude qui se dépasse sans cesse vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude. En tant que tel, il devient désir de sa plénitude, désir de son Etre, affectant par là même une valeur à son Etre. Ce processus incessant et sans limite, en tant qu’il fait émerger l’Etre comme valeur, incarne donc la raison d’Etre de ce processus et son sens. Ce processus sans limite d’émergence d’un supplément de plénitude, accompagné de manifestations radicalement nouvelles, constitue le sens de l’Etre, ce que les Grecs appelaient le « Logos ».

 

 Bien entendu l’accroissement de la plénitude manifeste un seul et même Etre, à savoir précisément l’Etre de plénitude. Il y a donc là l’expression ontologique d’une profonde unité temporelle de l’Etre. L’Etre comme accroissement continue de sa propre plénitude se manifeste comme dépassement, c’est-à-dire émergence de la nouveauté, dans la conservation, c’est-à-dire comme expression du même Etre, comme affirmation de son identité de plénitude. L’Etre infini connaît donc un processus temporel qui est mémoire, si on entend par mémoire la conservation de ce qui a été.

 

   Certes l’Etre infini ne se confond pas avec ce processus temporel, source de l’émergence continue d’un supplément de plénitude. Car l’Etre infini est liberté et conformément à sa réalité infinie, il est liberté infinie, sans limite et donc toute-puissance. En conséquence, le dépassement de sa plénitude n’est nullement une nécessité. A ce titre, si la transcendance de son actualité par rapport à sa potentialité est constitutive de sa liberté, nous pouvons dire que l’Etre infini est transcendance de la transcendance puisqu’il ne coïncide pas avec une seule manifestation possible de sa réalité infinie.

 

   Cela est d’autant plus vrai que nous savons par ailleurs que l’Etre infini a choisi librement et gratuitement de faire émerger des créations et d’accorder de surcroît à celles-ci l’accès éventuel à sa propre plénitude ou plus précisément à une nouvelle forme de plénitude issue de son Incarnation au sein de la finitude des créations. Ce choix conduit à manifester l’Etre infini comme Etre Trinitaire. Ce choix est librement, gratuitement et délibérément irréversible. Comme tel, l’Etre Trinitaire est « Amour » et « Amour » sur le mode de l’infini, à savoir « Amour infini », puisque aucune nécessité s’imposait à l’Etre infini pour jouir de sa plénitude, de sa valeur et de son sens, de faire émerger d’autres Etres partageant sa liberté et éventuellement sa plénitude.

 

   L’Etre infini aurait pu faire autrement. L’irréversibilité et l’éternité de son choix de faire émerger des créations partageant sa liberté et sa plénitude n’était pas la seule possibilité ontologique offerte à sa liberté toute-puissante. Si tel n’avait pas été le cas, les créations non seulement auraient pu retourner à la non-existence en tant que créations et redevenir de simples modalités d’Etre de l’Etre infini. Certes, l’Etre infini ne peut pas faire que ce qui a été n’ait pas été. Mais cette limitation découle de sa libre et gratuite décision de se limiter en faisant advenir des créations. Ce n’est pas une limite liée à son Etre infini, mais à l’Etre infini qui librement se limite en partageant son Etre et sa liberté avec d’autres Etres, à savoir les créations.

 

  Ainsi, les Etres créés sont-ils librement et gratuitement destinés à partager son éternité, son dépassement sans limite et sa plénitude. De ce fait, les créations, en tant qu’Etre de finitude, sont appelées à surmonter cette finitude. Ce n’est là en rien une nécessité mais un libre choix de l’Etre infini. Car, par nature, la finitude réduite à elle-même, exprimant sa seule nature de finitude, resterait enfermée au sein de cette finitude. Le dépassement de la finitude résulte donc d’un héritage libre et gratuit de l’Etre infini comme « Amour infini ».

 

   Nous comprenons dès lors que ce dépassement de la finitude par la médiation de nouvelles finitudes, de nouveaux mondes, soit également dépassement dans la conservation, autrement dit mémoire. Car pour chacune des créations ou des finitudes concernées, leurs dépassements respectifs exprimeront la même création, le même Etre de finitude. Ces dépassements successifs exprimeront eux-aussi, à l’image de ceux de l’Etre infini, des suppléments d’Etre ou de liberté.

 

  Bien entendu, comme nous l’avons déjà analysé, les créations qui se dépassent se dépassent de part en part. Car une création en général est une abstraction. Une création, à l’image de tout Etre, est constituée par l’unité de déterminations contingentes en nombre limité, conformément aux exigences de la finitude. Ces déterminations contingentes sont l’expression même de l’Etre concerné et à ce titre ce sont ces déterminations qui sont appelées à se dépasser. Car si tel n’était pas le cas, si elles étaient appelées à disparaître complètement de l’Etre et à être remplacées par d’autres déterminations, l’Etre en question ne serait plus mémoire, dépassement dans la conservation des êtres contingents constitutifs de la création concernée.  Car, nous l’avons vu, Etre, liberté, contingence, c’est tout un. Les manifestations contingentes de l’Etre de la création sont donc constitutives de sa liberté et donc de son Etre.

 

  En conséquence, lorsque l’Etre de la création se dépasse dans la conservation, ce sont l’ensemble des êtres contingents constitutifs de cette création qui connaissent un tel processus. Bien entendu, ce dépassement dans la conservation s’effectuera en fonction des évolutions contingentes de cette création. Cela signifie que la finitude de chacune des formes d’être constitutive de la création concernée dépendra d’une part des potentialités propres à chacun des êtres en question et d’autre part des évènements contingents affectant ces êtres. Là encore, les dépassements de l’Etre de la création seront mémoire puisqu’ils conserveront ses processus temporels ayant subi un dépassement, mais sur le mode des exigences contingentes de ce nouveau monde.

 

   Les exigences de ce nouveau monde dépasseront dans la conservation celles de l’ancien monde ou plus précisément les exigences découlant des stades de développement de cet ancien monde. Ce dépassement s’effectuera donc en respectant ou en conservant la mémoire de l’ancien monde ou de son développement temporel contingent. Mais le dépassement manifestera ce stade de développement et d’organisation contingents du monde précédent sur un mode radicalement nouveau et à ce titre impensable.

 

  Tous ces processus affectant les manifestations de l’Etre de la création concerneront également l’Etre infini désormais incarné et qui est présent comme tel au sein des dites manifestations. Il nous faudra donc examiner son mode de présence et d’action. 

A.Mendiri

 

931 LE TEMPS ET L'INFINI

Publié le 02/05/2014 à 06:06 par cafenetphilosophie Tags : monde mode création nature gratuit créations

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible" . Suite du billet N°925.

 

Prochain billet demain 03 mai (Le phénomène religieux)

 

  

Tout Etre, que ce soit l’Etre infini, source et fondement de toutes choses, ou l’Etre des créations, est liberté et la liberté suppose la contingence des manifestations effectives des Etres incriminés. Autrement dit Etre, liberté, contingence sont trois notions ontologiques indissociables. C’est de part en part que tout Etre est liberté et de part en part que tout Etre est contingence dans ses manifestations. En d’autres termes, un Etre quelconque ainsi considéré est dépourvu de nature ou de caractéristiques nécessaires et incontournables, mais exprime une libre condition.

 

   Ces remarques ne soulèvent aucun problème majeur concernant le déploiement d’une création ou d’un Etre de finitude  dès lors que l’on s’en tient à son seul statut de finitude. De telles analyses ne peuvent pas conduire à conclure que les créations et les créatures constitutives de ces créations sont appelées à perdurer au sein d’autres mondes, prolongeant sous une autre forme leur existence initiale tout en conservant leur identité. De telles conclusions exigent que deux articles de foi soient acceptés, à savoir la réalité effective d’un Etre infini, source et fondement de toutes choses et l’acte libre et gratuit de l’Incarnation de l’Etre infini au sein de la finitude sans perdre pour autant sa plénitude, faisant émerger par là même une forme nouvelle de plénitude, la plénitude sur le mode de la finitude, seul mode de plénitude accessible aux êtres créés ou aux êtres de finitude.

 

   Toujours est-il que ces articles de foi sont a posteriori susceptibles d’être éclairés et avalisés par l’analyse rationnelle. In fine, cette investigation rationnelle se fonde sur l’analyse rationnelle du temps. Rappelons-en schématiquement les grandes lignes : l’Etre en général n’a pas pu avoir de commencement car cela violerait les exigences les plus impératives de la raison qui excluent que de rien puisse surgir quelque chose ;  en conséquence, le passé de l’Etre est ici et maintenant infini ; cet infini actuel est impensable par un être fini mais nécessairement effectif ; cet infini se dépasse sans cesse comme en témoigne l’émergence incessante de nouveaux instants ; cela témoigne que le temps actuel  infini possède un infini potentiel de dépassement ; l’infini actuel d’ordre temporel qui se dépasse est donc une dimension de l’Etre.

 

 Doit-on s’arrêter là et ne pas considérer que l’infini  concerne toutes les dimensions possibles de l’Etre et pas seulement celle du temps ? Doit-on envisager par exemple que ce que nous désignons comme étant l’espace, c’est-à-dire la manifestation effective de ce qui est, est également de l’ordre de l’infini ? Supposons que l’espace ou la manifestation effective de l’Etre ici et maintenant connaisse une limite. Cette hypothèse appelle aussitôt une question : qu’est-ce qu’il y a au-delà de cette limite ? Cette question était déjà celle des philosophes présocratiques. Impossible de répondre qu’il y a le néant, puisque le néant se définit comme l’absence d’Etre et de possibilité d’Etre. Il nous faut donc répondre qu’il n’y a rien, si on entend par « rien » une absence d’Etre au-delà de l’Etre. Le « rien » serait donc en quelque sorte le contenant de l’Etre. A ce titre le « rien » est déjà quelque chose et ce n’est que par une affirmation qui est dépourvue de sens que nous pouvons exclure le « rien » ainsi considéré de tout ce qui est d’une certaine manière et donc de l’Etre. En somme, l’idée de limite de l’Etre semble contraire à toute exigence rationnelle.

 

  D’ailleurs, l’idée de limite suppose toujours au sein de notre monde fini une contiguïté avec autre chose que la réalité délimitée que l’on considère. A vrai dire, l’idée de limite n’a de sens qu’au sein d’un monde fini. Ainsi, si cette idée de limite est dépourvue de sens concernant la notion d’Etre en général, cela signifie que l’Etre relève de l’infini. Certes, l’infinité de l’espace n’est pas davantage comprise par les êtres finis que nous sommes que l’infini temporel. Mais il s’agit là d’une difficulté d’ordre gnoséologique, relative aux conditions de notre connaissance qui ne préjuge en rien de la réalité effective d’un infini ici et maintenant. Car comprendre c’est étymologiquement prendre ensemble et donc comprendre l’infini suppose que l’on fixe à cet infini deux limites que l’on prenne ensemble. Autrement dit cela revient à nier l’idée même d’infini. L’Infini peut se concevoir mais ne peut pas se comprendre. Il peut se concevoir car en tant que réalité consciente, nous avons la capacité de transcender indéfiniment toutes les limites que l’on pose et donc nous pouvons imaginer de proche en proche une réalité sans limite sans pouvoir pour autant se la représenter.

 

  Dès lors nous pouvons en conclure que l’Etre, conçu comme tout ce qui est, est infini de part en part. L’Etre en question est un ou plus précisément unique. Il ne peut être dit « un » car l’idée d’infini suppose une pluralité et même une infinie pluralité. Expliquons-nous. La dimension temporelle de l’Etre nous apprend qu’un infini déjà actualisé peut s’accroître comme le surgissement de nouveaux instants en témoigne avec éloquence. De l’analyse du temps nous pouvons donc en déduire qu’un infini actuel peut s’accroître.

 

  Or, l’Etre doit revêtir une détermination, c’est-à-dire doit se manifester par la médiation de quelque chose de précis sans quoi il se confondrait avec une totale indétermination. Une telle hypothèse ontologique contrevient à ce que l’expérience empirique la plus banale peut constater d’une part, et à certains égards avec ce que la démarche rationnelle peut nous dire. En effet, nous savons grâce à l’analyse du temps, qu’un infini actuel peut s’accroître. Cela implique qu’ici et maintenant, il nous faut distinguer un infini actuel d’un infini potentiel sans quoi l’accroissement en question devient inintelligible. Mais cette distinction entre un Etre actuel et un Etre potentiel perd également toute signification si ces deux infinis sont identiques et en l’occurrence tous deux indéterminés. 

 

   L’infini actuel doit donc revêtir au moins une détermination. Mieux, pour que l’infini soit conforme à ce qu’il est, l’actualité en question doit pouvoir revêtir une infinité de déterminations. Car si l’infini ne pouvait se doter que d’une seule détermination ou bien d’une pluralité limitée de déterminations, cela affecterait à l’infini précisément une limite incompatible avec la notion d’infini qui est toujours possibilité de dépasser une limite quelconque.

 

   Dès lors, l’Etre infini ne saurait se confondre avec l’idée d’ « Un », idée développée par le philosophe grec Plotin au III° siècle, puisque l’ « Un » exclut toute idée de pluralité. En revanche, l’Etre infini peut être dit l’unique Etre envisageable dans la mesure où l’infinité des déterminations actuelles ne fait qu’exprimer un même infini et que par définition l’infini est ce, en-dehors de quoi, rien ne saurait être ni être conçu.

 

  Cependant, l’accroissement possible de l’infini actuel souligne que cet accroissement suppose que de nouvelles possibilités émergent à l’Etre. Car l’infini potentiel de l’Etre ne serait pas infini s’il ne pouvait actuellement manifester l’infinité de ses possibilités. Or si l’infini actuel s’accroît, c’est dans la mesure où l’infini potentiel lui-même peut s’accroître également.

 

  Ces constats entraînent deux conséquences ontologiques majeures. Cela signifie que ce qui surgit à l’Etre lors de l’accroissement de l’actualité de l’Etre est forcément nouveau puisque l’infinie potentialité antérieure avait déjà manifesté  toute sa puissance d’action. Dès lors, nous pouvons en tirer une seconde conséquence, à savoir que l’infini potentiel initial ne contenait pas tous les possibles envisageables alors même qu’il était infini. Autrement dit l’infini potentiel en question ne fait qu’incarner un pouvoir d’action, une puissance d’émergence à l’Etre et non un réservoir de réalités prédéterminées.

 

   Cela conduit à une troisième conséquence, à savoir que l’infinité des déterminations actuelles de l’Etre sont contingentes, c’est-à-dire non nécessaires. La preuve ontologique en est que de nouvelles déterminations peuvent surgir à l’Etre au cours de l’accroissement de l’infini de l’Etre. Cela montre que les déterminations que se donne l’Etre infini ici et maintenant sont ce qu’elles sont mais qu’elles auraient pu parfaitement être autres qu’elles ne sont.

 

Ainsi, ni l’Etre actuel, ni l’Etre potentiel ne se caractérisent par des nécessités qui les définiraient. L’Etre infini est bien dépourvu de nature mais revêt seulement une libre condition d’Etre, issu de sa toute-puissance radicale. Mais l’Etre infini ainsi conçu, l’Etre infini qui s’accroît devra conserver son identité et donc une forme d’unité temporelle ou une mémoire ontologique. C’est ce que nous examinerons lors de notre prochaine analyse.

A. Mendiri

 

   

 

 

 

 

 

    

 

925 LES FONDEMENTS DU DEPASSEMENT DE LA FINITUDE

Publié le 26/04/2014 à 06:45 par cafenetphilosophie Tags : monde chez mode création annonce dieu cadre nature soi gratuit pensée créations actualité

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 919.

 

Prochain billet demain 27 avril (Libres commentaires liturgiques)

 

  

L’Etre, tout Etre, que ce soit l’Etre infini, source et fondement de toutes choses ou l’Etre des créations, est liberté et la liberté suppose la contingence ou l’absence de nécessité. En effet, tout Etre possède une actualité, infinie concernant l’Etre infini, finie concernant les créations, mais toutes deux enfermant un potentiel infini et indéterminé. D’ailleurs, il en ira de même concernant les réalités particulières constitutives de chacune des créations, car la moindre réalité, y compris la plus ténue, enferme en son sein un potentiel infini et indéterminé, c’est-à-dire une capacité d’action ou de manifestation de sa détermination selon une infinité de modalités possibles, ou si l’on préfère selon une infinité de variations sur le même thème.

 

   Comme nous l’avons vu, cela implique qu’un Etre quelconque ne dispose pas d’une nature, c’est-à-dire d’un ensemble de caractéristiques nécessaires et incontournables mais exprime une libre condition découlant de son action et de sa capacité d’action, capacité à puiser dans sa potentialité infinie et indéterminée. Dès lors qu’un Etre quelconque ne dispose pas de nature, cela signifie qu’il n’y a pas de déterminations nécessaires pour que son Etre puisse Etre. Cela signifie en d’autres termes, que ses manifestations choisies et contingentes expriment sa liberté même et donc son Etre même puisque la liberté est constitutive de tout Etre.

 

   Cependant, cette liberté inhérente à la notion d’Etre s’avère de nature différente chez l’Etre infini, source et fondement de toutes choses et chez l’Etre des créations. Concernant le premier la liberté actuelle est infinie, illimitée et donc absolue. L’Etre infini dispose de la maîtrise totale de ses choix et donc de son infinie et indéterminée potentialité. En revanche, la liberté de l’Etre des créations est finie et limitée, conformément à son essence de finitude. De plus, cette liberté doit connaître une genèse la conduisant à son plus haut niveau de liberté. Souvenons-nous : toute création est genèse de son Etre, de sa liberté et à ce titre passage de la liberté dite « en soi » ou sur le mode de la nature à la liberté « pour soi » ou sur le mode de l’histoire.

 

   Mais quel que soit son niveau de liberté, la création ne peut connaître qu’une liberté limitée ou sur le mode de la finitude. Certes, de par le libre et gratuit choix de l’Etre infini, toute création peut surmonter sa finitude et donc exploiter son infinie et indéterminée potentialité au-delà de ce qu’autorise la finitude de son actualité initiale, mais en toute hypothèse, ce dépassement des limites de sa finitude initiale s’effectue toujours sur le mode de la finitude. Cependant, la libre et gratuite Incarnation de l’Etre infini au sein de la finitude, autrement dit le fait ontologique que l’Etre infini se fasse finitude tout en conservant sa plénitude, permet aux créatures qui scellent une libre et gratuite Alliance avec le Dieu incarné (car découlant d’un acte de foi et non d’un savoir) d’accéder à cette forme nouvelle de plénitude introduite par le Dieu incarné. En conséquence, les créatures disposeront de la possibilité de se dépasser sur le mode de cette nouvelle forme de plénitude, sur la forme d’une liberté plénière tout en conservant leur statut de finitude.

 

   Cette perspective ontologique annonce donc le dépassement de toute forme de « Mal ». En effet, la liberté limitée des créatures ne leur permet pas de maîtriser les possibilités ouvertes par leur potentialité infinie et indéterminée et donc cette limitation conduit à l’émergence de manifestations échappant à leur liberté et donc à des désordres multiples, puisque l’émergence des manifestations en question n’obéit pas forcément à la seule capacité de choix des réalités actuelles et finies concernées.

 

   Certes, ce déséquilibre ontologique entre les capacités actuelles d’une créature et son potentiel infini et indéterminé ira décroissant au fur et à mesure que le processus génétique de cette liberté se déploiera et passera de la liberté « ensoi » ou sur le mode de la nature à la liberté « pour soi » ou sur le mode de l’histoire et à plus forte raison au cours du déploiement progressif de toutes les possibilités de la liberté « pour soi » au cours de l’histoire. Cependant, aussi loin que ce processus se poursuivra, il n’en restera pas moins que la liberté propre aux êtres créés se verra enfermée dans des limites caractéristiques de la finitude.

 

   Remarquons que le processus ontologique consistant pour un Etre donné à puiser dans sa potentialité afin de faire émerger de multiples et successives manifestations de l’Etre en question ou d’êtres particuliers ne conduit pas à diminuer ou à épuiser cette potentialité d’action. Car celle-ci étant infinie, l’hypothèse même d’une diminution se voit dépourvue de sens. Ce qui diminue par la force des choses, ce sont les capacités finies d’une détermination finie à puiser dans cette potentialité infinie. Seul le choix libre et gratuit de l’Etre infini de permettre à la finitude de dépasser, sur le mode de la finitude, sa finitude initiale, conduit un Etre créé ou une créature quelconque à poursuivre son aventure ontologique dans le cadre d’un autre monde ou d’une autre finitude.

 

   Un tel dépassement de la finitude initiale d’un Etre de finitude ou bien d’un être particulier constitutif de cet Etre de finitude, ne repose en rien sur une nécessité rationnelle découlant de l’analyse de la notion de finitude.  Pour qu’un tel dépassement puisse avoir un sens, faut-il poser l’hypothèse de la libre et gratuite incarnation d’un Etre infini, source et fondement de toutes choses. Il s’agit donc là de deux hypothèses ontologiques (à savoir l’existence d’un Etre infini d’une part ; son Incarnation d’autre part) qui relèvent de la foi religieuse et non des seules exigences rationnelles. La raison ne peut que proposer un éclairage sur la plausibilité, la rationalité, la cohérence de ces articles de foi.

 

   Il nous faut cependant revenir sur l’affirmation ontologique majeure selon laquelle ce n’est pas seulement un Etre de création dans son unité, dans son organisation générale, dans son mode de déploiement qui est appelé à se dépasser au-delà des limites de sa finitude initiale mais l’ensemble des êtres créés constitutifs de cette création. Car la tradition rationaliste classique et même la pensée panthéiste, pour laquelle Dieu et le monde se confondent, ont tendance à considérer que les êtres particuliers ne sont que des êtres contingents, éphémères, transitoires, imparfaits, et à vrai dire sans importance en eux-mêmes. Ces êtres particuliers s’avèrent être les médiateurs indispensables de l’ordre, de l’organisation, du devenir et mieux du devenir orienté de la création ou du monde, mais ce qui importe c’est cette création ou ce monde en tant qu’ils génèrent ces êtres particuliers  ou ces moyens en vue de parvenir à leurs fins, les êtres particuliers ne revêtant aucune importance ou consistance propre d’ordre ontologique.

 

  Or, notre conception de la contingence nous a conduits à affirmer que l’Etre est inséparable de sa liberté et sa liberté de la contingence qui la manifeste. A ce titre, l’Etre est indissociable des êtres contingents qui le constituent effectivement, non pas nécessairement mais librement. Poser l’hypothèse d’un dépassement de l’Etre de la finitude par rapport à sa finitude initiale conduit donc ipso facto à poser la possibilité de dépassement de ce qui est constitutif de cet Etre, à savoir les êtres particuliers qui le manifestent effectivement. Là encore, l’hypothèse de « l’immortalité » des êtres particuliers, de tous les êtres particuliers, et pas seulement des hommes sur notre planète par exemple, ne peut reposer in fine que sur un acte de foi, en l’occurrence celui consistant à croire en l’existence d’un Etre infini, source et fondement de toutes choses et dans la libre et gratuite Incarnation de cet Etre infini au sein de la finitude, deux actes de foi qui entrainent comme corollaires rationnels la possibilité pour ces êtres particuliers de se dépasser au-delà de leur finitude initiale d’une part et éventuellement de pouvoir accéder à une forme de plénitude sur le mode de la finitude, introduite par cet acte d’Incarnation, et donc à l’éradication de toute forme de « Mal ».

A. Mendiri

 

920 ETRE, LIBERTE, CONTINGENCE

Publié le 21/04/2014 à 07:29 par cafenetphilosophie Tags : monde bonne roman fond cadre nature créations actualité

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 914.

 

Prochain billet demain 22 avril (Le phénomène religieux)

 

 

 

  Les analyses ontologiques que nous avons menées ont mis en évidence le rôle, l’importance et le sens de la contingence ou de l’absence de nécessité. Que les caractéristiques, les faits, les évènements de toute nature qui constituent la trame du monde connu relèvent de la contingence est incontestable. Qu’est-ce que cela signifie exactement ? En effet, la notion même de « loi de la nature » et le principe du déterminisme selon lequel les mêmes causes, dans les mêmes conditions, produisent les mêmes effets sont les fondements sans lesquels aucune science ne serait possible. La nature ou le monde qui est le nôtre semble donc façonné, structuré par des nécessités. A fortiori, en est-il de même concernant les propriétés mathématiques, que ce soit celles qui caractérisent les formes ou bien les nombres. Les nécessités en question sont certes de nature rationnelle, mais il s’agit bien de nécessités.

 

    Alors que voulons-nous dire lorsque nous évoquons l’importance de la contingence au sein de l’Etre, voire sa primauté ? Reprenons dans un premier temps la remarque concernant les « lois » de la nature. Apparemment, elles sont régies par un strict déterminisme.  Notons cependant que ce déterminisme strict ne concerne que les phénomènes dits macroscopiques, puisque les phénomènes de l’infiniment petit, objet de la physique dite des quanta, ne connaissent qu’un déterminisme statistique, ce qui revient à dire qu’à ce niveau de la réalité, il y a une forme d’indéterminisme relatif et donc présence de la contingence. Ajoutons, pour faire bonne mesure, que les lois strictes de la physique classique ou relativiste, peuvent être mises en évidence dans leur pureté qu’au sein des laboratoires où les expérimentateurs éliminent de manière artificielle tous les facteurs qui  nuisent à cette mise en évidence.

 

  Mais lorsque les métaphysiciens évoquent la contingence des lois de la nature, ils ne nient pas leur caractère déterminé et nécessaire empiriquement mais l’absence de rationalité qui semble les caractériser. La loi de la chute des corps est ce qu’elle est et des théories peuvent en expliquer les modalités particulières, mais nul ne sait pourquoi elle est comme cela plutôt qu’autrement, contrairement par exemple aux propriétés mathématiques. D’ailleurs c’est pour cela que le physicien ou le biologiste se doit de confronter ses hypothèses à l’expérimentation pour savoir comment la nature se comporte. Aucun raisonnement a priori ne permet de déduire rationnellement les lois de la nature. En revanche, si ces lois sont l’expression d’un déterminisme ou d’une forme de nécessité, c’est dans la mesure où elles perdurent, fidèles à elles-mêmes, exprimant par là une forme de mémoire ontologique sur laquelle nous reviendrons.

 

   De plus, si nous allons au fond des choses, rien n’indique que le fait que nous ne constatons pas une logique des lois de la nature signifie que ces lois sont effectivement dépourvues de raisons de l’ordre de la raison. Peut-être que cette logique nous échappe simplement ici et maintenant. D’ailleurs, nous nous sommes permis de douter de cette absence de logique en arguant du fait que toute réalité de notre monde était constituée par un écheveau éminemment complexe de formes entremêlées et que peut-être, la connaissance des propriétés de cette myriade de formes et de combinaisons de formes nous délivreraient les lois de la nature ou plus précisément la parfaite rationalité de ces lois.

 

  Mais si tel est le cas, si les lois de la nature obéissent à des nécessités rationnelles, rejoignant ainsi les nécessités rationnelles des réalités purement mathématique, qu’advient-il alors de la contingence à laquelle nous semblons accorder une telle importance et primauté au sein de l’Etre ?

 

    Là encore, il convient de ne pas faire un certain nombre de confusions intellectuelles. Si nos analyses ontologiques sont pertinentes, nous savons que toutes les déterminations ou toutes les formes ou enchevêtrement de formes qui émergent à l’Etre sont contingents. Ils sont mais ils auraient pu ne pas être. Ces formes ou enchevêtrement de formes ne font qu’exprimer une possibilité parmi une infinité d’autres possibilités envisageables. Certes, ces formulations ne doivent pas faire oublier que ce qui émerge à l’Etre n’est pas issu d’une prédétermination parmi une infinité de prédéterminations constitutive de la potentialité de l’Etre. Car cette potentialité est infinie certes mais indéterminée. Elle ne renvoie qu’à une capacité d’action de la réalité actuelle considérée. Dès lors, cette infinie et indéterminée capacité d’action se déploiera comme telle dans le cadre des déterminations de la réalité actuelle concernée. Mais néanmoins, à l’intérieur des limites fixées par les déterminations de la réalité actuelle en question, une infinité de variations sur un même thème est envisageable et en conséquence, la détermination particulière qui émerge effectivement s’avère contingente.

 

  Nous pouvons étendre ces considérations aux formes mathématiques pures puisque celles-ci ne sont que l’abstraction de celles qui sont constitutives des réalités naturelles, même si, mathématiquement parlant, il n’y a aucune nécessité que telle ou telle forme existe au sein de la nature pour qu’elles aient un sens purement mathématique, pour qu’elles possèdent des propriétés rationnelles spécifiques. Il n’en reste pas moins vrai qu’aussi étendu soit le nombre de formes prises en compte par le mathématicien, aussi étendu soit le nombre de formes existant effectivement au sein du monde connu, ces formes ne représentent qu’un nombre infime par rapport à l’infinité des formes possibles et même mieux par rapport à l’infinité toujours croissante des formes possibles. C’est à ce titre que nous pouvons dire que les formes existantes dans la nature ou bien dans l’esprit du mathématicien sont contingentes, puisque leur présence parmi les infinies formes possibles ne revêt aucun caractère de nécessité.

 

  De surcroît, nous avons eu l’occasion d’avancer l’hypothèse ontologique selon laquelle ce que les philosophes classiques appellent les qualités secondes et que pour notre part nous désignons par le terme de différence constituaient le témoignage que les réalités de notre monde et de tous les mondes envisageables relevaient de l’ordre de la contingence la plus radicale, car ces différences, issues de la toute-puissance de l’Etre infini, s’avéraient radicalement étrangères à toute rationalité, fusse une rationalité contingente comme peut l’être celle caractérisant les réalités mathématiques, du point de vue de leur présence à l’Etre.

 

   Car la contingence manifeste à vrai dire la richesse infinie de l’Etre, les infinies capacités de la liberté attachée à tout Etre et à tout être particulier constitutif d’un Etre quelconque. A ce titre, les dimensions contingentes de l’Etre ne sont pas, comme on pourrait le croire en première analyse, étrangères à l’Etre. En effet, non seulement tout Etre, que ce soit l’Etre infini, source et fondement de toutes chose, l’Etre des créations, les êtres particuliers constitutifs de ces créations, toutes ces formes d’Etre n’auraient aucune existence effective si leur actualité ne se manifestait pas par des déterminations particulières et donc contingentes. Or ces déterminations contingentes ne peuvent pas être considérées comme étrangères à leur Etre même. Car leur Etre est indissociable de la liberté attachée à la notion d’Etre et cette liberté à la possibilité de faire émerger à l’Etre des manifestations choisies et contingentes par conséquent.

   Cela revient à redire que l’Etre en général n’a pas de nature, si on entend par là des caractéristiques nécessaires sans lesquelles il ne pourrait Etre. Tout Etre se choisit une libre condition d’Etre dont ces manifestations contingentes en sont le témoignage ontologique. On est même tenté de dire que la liberté elle-même ne définit pas l’Etre, car tout Etre peut renoncer librement à cette liberté. Tel est le cas de l’Etre infini qui renonce à sa liberté sans partage en faisant émerger à l’Etre des créations. Seulement ce constat ontologique souligne qu’il n’y a pas d’Etre sans liberté, puisque renoncer à sa liberté est encore un acte de liberté. Ainsi s’il est vrai qu’il n’y a pas d’Etre concevable en-dehors de la notion de liberté, alors il faut ajouter qu’il n’y a pas de liberté sans manifestation contingente de celle-ci. Etre, liberté, contingence, c’est tout un.

A. Mendiri

914 LES AMBITIONS LEGITIMES DE LA RAISON

Publié le 15/04/2014 à 11:36 par cafenetphilosophie Tags : pensée monde chez france nature

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N°908.

Prochain billet demain 16 avril (Le phénomène religieux)

 

 

 

 

     Toutes les analyses ontologiques que nous avons menées reposent sur une certaine conception du temps ou plus précisément sur les liens étroits entretenus entre les notions de temps et d’Etre, entendu comme ce qui est vraiment au-delà des apparences immédiates. Il nous faut donc revenir sur les principales considérations qui nous ont guidés en la matière.

 

     Nous sommes partis du fait que la réalité telle que nous en prenons conscience et au sein de laquelle nous nous mouvons n’a pas pu avoir de commencement. Car sinon, cela violerait les exigences les plus élémentaires de la raison en conduisant à affirmer que de rien ou plus précisément du néant conçu comme absence d’Etre et de possibilité d’Etre pouvait surgir magiquement quelque chose. Dès lors, nous en déduisions qu’il existait ici et maintenant un passé de l’Etre infini et donc, apparente hérésie, un infini d’ores et déjà actualisé. De ce fait, si nous ne retenons dans l’immédiat que la dimension du temps, cela semblait signifier que l’infini caractérisait cette dimension de l’Etre et mieux, que cet infini déjà actuel pouvait néanmoins s’accroître comme en témoignait l’émergence incessante de nouveaux instants.

 

   Ces affirmations ne peuvent se réfuter que par deux subterfuges théoriques, soit en excluant le temps du domaine de l’Etre, ce que fait Aristote, soit en refusant à la raison une quelconque autorité métaphysique, ce que fait Kant. Pour Aristote, l’infini ne peut être que potentiel. Un infini actuel est une absurdité rationnelle puisque l’infini est défini comme ce à quoi on peut toujours ajouter quelque chose. L’exemple de la suite des nombres entiers permet de comprendre simplement et clairement cette conception.

 

   Concernant Aristote, nous nous permettrons de remarquer que celui-ci n’a pas été amené à réfléchir sur la nature du temps passé, car le temps ne caractérise que le monde sensible, monde étranger à l’Etre véritable, puisque mélange d’Etre et de non-être. Toute réalité temporelle change et n’est jamais ce qu’elle est. Notons d’ailleurs, le temps n’était pour cet auteur que le « nombre du mouvement », autrement dit une manière plus ou moins conventionnelle de le mesurer, et en conséquence le temps, ontologiquement parlant, en-dehors des opérations de mesure opérées sur le mouvement, ne se distinguait guère de ce mouvement. Ajoutons enfin, que, corollairement à l’exclusion du temps du domaine de l’Etre, l’Etre pour sa part se caractérisait par l’éternité et par une éternité immobile. Autrement dit, l’éternité était conçue comme une réalité étrangère au temps et non comme un temps qui se déploie sans commencement ni fin.

 

   Nous sommes donc là très éloigné de nos propres conceptions qui font du temps non seulement « l’épiphanie » de l’Etre, c’est-à-dire sa manifestation même, et qui le conçoit comme une dimension de l’Etre distincte du mouvement et ayant pour raison d’Etre ou pour fonction de déployer la valeur et le sens de l’Etre.

 

  Certes, dira-t-on, mais faut-il encore que la raison soit légitime lorsqu’elle s’aventure dans de tels méandres métaphysiques. Ce discours, pourra-t-on objecter, est pré-critique, puisqu’il ne tient aucun compte des analyses de Kant quant à la critique du rôle et des fonctions de la raison. Depuis Kant, il deviendrait impossible pour certains, sans tomber dans des anachronismes philosophiques, d’utiliser la raison afin de tirer de telles conclusions d’ordre métaphysique.   

 

  Il est vrai que la force de Kant repose pour l’essentiel sur l’échec bimillénaire de la métaphysique à établir un savoir qui s’impose à tous les esprits et qui soit certain. Néanmoins, constater un échec ne valide pas pour autant le diagnostic sur les origines profondes de cet échec. Remarquons en premier lieu que Hegel est postérieur à Kant et que celui-ci a réintroduit le temps au sein même de l’Etre et par la même occasion le discours métaphysique dans le champ de la réflexion philosophique.

 

   Cette réintroduction du temps conduit à des nouveautés radicales dans le discours philosophique. La vérité n’est pas de l’ordre de l’éternité, comme le modèle mathématique nous l’a fait croire pendant des siècles, mais de l’ordre du temps ou plus précisément du déploiement du temps et donc du déploiement de l’Etre puisque Etre et Temps ne se distinguent pas. La vérité est « alethèia » ou dévoilement. Dès lors, à chaque étape de ce développement progressif de la vérité, nous ne possédons pas toutes les futures manifestations de cette vérité, manifestations impensables ici et maintenant. Chaque époque, confrontée à ces lacunes ontologiques, peut engendrer des interprétations divergentes de la situation présente. Ces divergences ne signent pas l’incompétence par essence de la raison à traiter des questions métaphysiques mais seulement témoignent de son impuissance à penser l’avenir.

 

   La pensée hégélienne ainsi interprétée est bien entendu beaucoup plus proche de la nôtre que celle d’Aristote ou de Kant. Ce que nous nous permettons de reprocher à Hegel c’est son analyse incomplète ou en partie inaboutie concernant la contingence, l’absence de nécessité, ainsi que le rôle, la raison d’Etre, le sens de cette contingence. Expliquons-nous sur ce point.

 

   Chez Hegel, la contingence est certes présente mais elle n’est pas à vrai dire constitutive de l’Etre même. Les faits contingents, souvent pour ne pas dire toujours irrationnels, sont les médiations obligées de ce qui constitue l’Etre véritable, à savoir la Raison. « Le réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel ». L’Etre et la Raison se confondent. Mais la Raison se déploie par la médiation du Temps. La réalité temporelle est tissée par des modes d’être et des réalités contingents, éphémères, sans importance en eux-mêmes et qui ont pour fonction de faire advenir, au-delà de leur contingence, les nécessités de la Raison et de l’Etre. Tel est le fameux fondement de la « ruse de la Raison". Napoléon en envahissant l’Europe, en servant ses ambitions personnelles et les objectifs politiques de la France, a répandu par la médiation involontaire des armées de l’Empire, les idéaux de la Révolution française, fondés sur les analyses philosophiques de la Raison.

 

   Ainsi, la contingence est-elle par elle-même, étrangère à l’Etre véritable et au sens ou au « Logos ». Tel n’est pas notre propos. La contingence est l’expression du fait ontologique majeur selon lequel une infinité de manifestations possibles est envisageable à chacun des moments du déploiement de l’Etre. Autrement dit, la contingence témoigne de l’infinie richesse de l’Etre et du sens qu’il déploie. La contingence témoigne de la liberté de tout Etre, de tout déploiement temporel, la liberté étant constitutive de l’idée même d’Etre en général. A ce titre, la contingence, constitutive de la liberté de l’Etre, devient constitutive de l’Etre même. La contingence souligne qu’aucune nécessité n’est à même de constituer l’Etre. La contingence ou plus précisément les modes d’Etre contingents sont constitutifs de l’Etre sans se présenter pour autant comme des conditions sans lesquelles l’Etre ne pourrait Etre. Ils ne sont pas l’expression d’une nature indépassable de l’Etre, mais la libre manifestation d’une condition d’Etre choisie.

 

   Ainsi, selon nous, nos analyses philosophiques ont bien réintroduit la contingence au sein de l’Etre et du sens de l’Etre. Il résulte d’ailleurs de ces analyses que tout ce qui relève de la contingence pure s’avère imprévisible, impensable, inaccessible à la raison. L’impuissance de la raison n’est pas due ici à sa nature mais à la nature de la contingence. Il s’agit donc d’une raison d’ordre ontologique et non purement gnoséologique, relative aux compétences de la raison humaine.

 

 Reste que les dimensions de l’Etre, qui échappent aux caractéristiques contingentes que le temps fait émerger de manière imprévisible, peuvent subir une analyse de la raison. Certes, la raison seule ne peut prétendre à la vérité. Là encore, il lui manque cruellement la connaissance de ce qui adviendra pour pouvoir être totalement éclairée dans ses investigations et faire l’accord obligé des esprits autour d’une seule interprétation envisageable. Cependant, la raison peut prendre appui sur les données de la foi ou d’une expérience spirituelle afin de s’orienter dans ses recherches, en pariant sur la vérité de ces données, en éclairant ces données de sa lumière propre. C’est ce que nous avons tenté d’entreprendre.

A. Mendiri

 

 

 

     

 

 

 

 

 

    

 

 

 

908 LE DEVENIR SANS FIN DES MONDES NOUVEAUX

Publié le 09/04/2014 à 07:19 par cafenetphilosophie Tags : monde mort mode création cadre message nature soi gratuit signature

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 902.

Prochain billet demain 10 avril  (Le phénomène religieux)

 

 

 

    Les analyses qui précèdent ont mis en lumière les processus de dépassement d’une création quelconque afin d’atteindre son niveau le plus haut de liberté et faire bénéficier l’ensemble des êtres de la création concernée du dépassement de leur finitude, ainsi qu’a contrario les processus de délitement de toute finitude, processus qui conduisent à la naissance d’une nouvelle création. Revenons sur ces différents points afin de les préciser.

 

    L’émergence progressive de la liberté comme dépassement de la finitude ou sur le mode de l’infinitude conduit à la maîtrise accomplie, à l’issue de cette genèse de la liberté, des contraintes héritées du lent cheminement de la « liberté en soi » ou sur le mode de la nature. En d’autres termes, les êtres conscients, porteurs de la liberté « pour soi » ou sur le mode de l’histoire et de la liberté « pour soi » achevée ou accomplie deviendront, conformément au projet voire au rêve de Descartes, entièrement « maîtres et possesseurs de la nature ».

 

   Cela signifie d’ailleurs que les êtres en question contrôleront de mieux en mieux les processus d’entropie ou de vieillissement et peut-être même que cette maîtrise ira jusqu’à contrer les mécanismes qui conduisent à la mort naturelle. Si cela est le cas, et telle est notre conviction, au vu à la fois des lignes de force des évolutions scientifiques et technologiques de notre époque mais également au vu de la logique de nos analyses ontologiques, on mesure le degré de puissance auquel aboutiront les êtres porteurs d’une telle liberté.

 

   Cependant, cette puissance connaîtra ses limites. Nous l’avons vu, la finitude est une frontière infranchissable par des êtres de finitude. Qu’est-ce que cela signifie, alors même que nous avons annoncé et décrit des processus de dépassement de la finitude et la naissance de nouveaux mondes, prolongements et dépassements de notre monde ? Bien entendu, nous ne remettons pas en cause de telles conclusions. Rappelons cependant que tout Etre de la finitude se doit de conserver son identité de finitude, sans quoi il se confondrait avec l’Etre infini lui-même, ce qui n’aurait pas de sens. Autrement dit, le dépassement de la finitude n’est pas l’œuvre des êtres de la finitude, mais résulte du choix libre et gratuit de l’Etre infini, source et fondement de toutes choses. De plus, ce dépassement de la finitude ou la victoire sur la mort n’est connu que par les êtres qui se sont élevés à la dimension de l’Esprit, qui ont cherché, accueilli, fait alliance avec le message divin présent en eux.

 

    Autrement dit, s’il est vraisemblable que les êtres porteurs de la liberté « pour soi » sur le mode de l’infinitude accomplie pourront vaincre un temps la mort empirique, il n’en restera pas moins vrai que la finitude au sein de laquelle ils évolueront et qui leur aura donné naissance sera irrémédiablement appelée à connaître un terme, en raison d’une exigence ontologique incontournable. Quels seront les processus contingents et empiriques qui conduiront à un tel terme et que la liberté sur le mode de la conscience ou de l’infinitude restera impuissante à juguler, nul ne peut le savoir, le prévoir, puisque de tels processus sont précisément contingents, imprévisibles quant à leurs manifestations particulières, et donc impensables. En revanche, ce qui relève de la certitude d’ordre ontologique, c’est que la finitude ne pourra être franchie par des êtres de finitude.

 

   Cette impuissance s’avèrera d’autant plus tragique et douloureuse que la puissance et les possibilités ouvertes par la liberté sur le mode de l’infinitude auront atteint des sommets inimaginables aujourd’hui et que l’attachement à l’existence s’en verra  démultiplié. La finitude apparaîtra vraiment comme la signature de l’absurde et de l’absence in fine de sens ou de « Logos ».

 

  Pourtant, telle n’est pas la signification profonde de la finitude. Que celle-ci se conserve en dépit des dépassements qui lui sont ouverts de par la décision libre et gratuite de l’Etre infini, et ce, non seulement lors de la genèse de la liberté de la création mais au-delà lors du déploiement sans fin de cette création soit sur le mode de la finitude repliée sur elle-même, soit comme finitude ayant accès à la nouvelle forme de plénitude introduite par l’Etre infini incarné, la finitude est liée à l’idée d’un accomplissement possible, d’une direction, d’un but à atteindre et se voit par là-même affectée d’une raison d’être et d’un sens qui lui sont propres.

 

   Ainsi, la finitude ainsi entendue, c’est-à-dire la finitude qui n’est plus vécue comme irrémédiable, définitive, fatale, mais le lieu d’une œuvre à entreprendre et qui est appelée à se dépasser au sein d’une autre finitude avec des horizons nouveaux et l’émergence d’un degré supérieur de plénitude, incarne-telle l’accomplissement du sens lui-même, mais sur le mode de la finitude.

 

   Comme on le voit, la succession sans fin de nouvelles finitudes, de nouveaux mondes, d’horizons neufs et incarnant toujours des niveaux supérieurs de plénitude, échos du processus de dépassement de l’Etre infini vers des niveaux toujours plus élevés et toujours nouveaux de plénitude, processus qui engendre la valeur et le sens de l’Etre, n’a vraiment rien de commun avec cette espèce de béatitude éternelle, immobile, contemplative des perfections divines que le discours religieux traditionnel tend à nous présenter comme la substantifique moelle du bonheur éternel. De telles représentations de l’au-delà permettent de comprendre le peu d’appétence qu’elles peuvent susciter par rapport aux joies et aux satisfactions les plus hautes de notre bas-monde, de notre finitude, voire de l’ennui terrifiant qu’une telle éternité peut engendrer, même si, pour être juste, il convient de reconnaître que nous jugeons là davantage un mode d’expression qu’une éventuelle réalité qui demeure impensable et qui se situe au-delà de nos capacités de compréhension.

 

   Cette succession sans fin de nouveaux mondes et l’accès à des niveaux toujours plus élevés de plénitude conduit à des conclusions ontologiques étonnantes. En premier lieu, et nous avons eu déjà l’occasion de le souligner, ce temps infini dans son déploiement exclut qu’à un moment ou à un autre les êtres s’étant repliés sur les délices supposés de la seule finitude ne s’éveillent pas à un moment ou à un autre à la dimension de l’Esprit, même si la puissance toujours accrue des êtres de finitude ne facilitera pas cette découverte et symbolisera l’absence tragique du sens et la présence mystérieuse et insurmontable du « Mal ». En conséquence,  l’ « l’Enfer » ainsi considéré ne sera pas un état condamné à être éternel ou sans fin.

 

   En second lieu, ces mondes successifs connaîtront des dépassements incessants et dans le cadre de ces dépassements, il y a tout lieu de penser que tous les êtres de notre monde ou de mondes nouveaux, atteindront un jour, selon des processus contingents, imprévisibles dans leurs manifestations et donc impensables une forme de liberté « pour soi » qui les conduira vers le même destin que les êtres conscients que nous sommes, avec les mêmes choix, les mêmes hésitations, les mêmes incertitudes que les nôtres. Bref, comme nous l’avons déjà noté, cette perspective ouvre à l’ensemble de la création et non pas seulement aux êtres humains, si nous prenons en compte notre petite planète, l’horizon de la plénitude et des dépassements sans fin vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude.

 

 Il reste à se demander comment s’opèrera la « séparation » entre les êtres volontairement repliés sur les perspectives ouvertes par la seule finitude et les êtres ayant parié et opté pour l’accès à la plénitude promise. Bien entendu, là encore, les processus contingents qui présideront éventuellement à cette séparation relèvent de l’impensable. Il y a simplement tout lieu de supposer que la puissance de la liberté « pour soi » autorisera une tel clivage entre des mondes radicalement différents, une telle séparation étant fondée sur des paris ontologiques fondamentalement divergents.

 

  Notons d’ailleurs que la prise de conscience de la plénitude au sein des mondes concernés par elle requerra la présence de l’Esprit. Cela signifie que si ces mondes de plénitude conduisent à engendrer de nouveaux êtres, ceux-ci ne se verront pas exemptés d’un choix libre en faveur de ce monde de plénitude. Ils devront s’élever à la dimension de l’Esprit à cette fin. Sinon, aveugles à cette plénitude au sein de laquelle ils évolueront, ils pourront être amenés à choisir de s’y soustraire et de fonder un autre monde replié sur les seules capacités illusoires quoique immensément puissantes de la finitude réduite à elle-même. Tel est, à grands traits, les destins que nous offrent les devenirs de l’infinité des mondes nouveaux successifs et sans fin.

A. Mendiri

 

 

 

 

 

 

 

  

 

902 LA FINITUDE ET SES MANIFESTATIONS ONTOLOGIQUES

Publié le 03/04/2014 à 06:31 par cafenetphilosophie Tags : mode création cadre créations

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 896.

 

Prochain billet SAMEDI  05 avril dans la journée (Le phénomène religieux)

 

 

 

   Une création quelconque est un Etre de finitude, sans quoi elle serait un Etre infini et elle se confondrait avec l’Etre source et fondement de toutes choses, ce qui n’aurait pas de sens. Certes, nous savons que l’Etre infini accorde librement et gratuitement à toute création la possibilité de surmonter sa finitude initiale et essentielle, d’atteindre la liberté sur le mode de l’infinitude à la suite d’une longue, libre et contingente genèse, avant même d’effectuer ou non le choix fondamental de la plénitude nouvelle introduite par l’Etre infini incarné.

 

   S’il est établi dans le cadre de notre analyse ontologique que l’Etre de finitude est appelé à surmonter sa finitude, il n’en reste pas moins vrai que non seulement cette finitude surmontée se conserve afin précisément de maintenir l’identité de l’Etre de la création, mais qui plus est, tant les êtres particuliers de cette création que la création considérée dans son ensemble, sont condamnés à connaître un terme, même si ce terme n’est pas irrévocable, puisque l’Etre de finitude a vocation à surmonter sa finitude.

 

   En quoi peut consister le processus temporel conduisant à un terme des réalités créées, quelles qu’elles soient ? En effet, nous avons vu que toute création dans son ensemble connaissait un processus temporel au cours duquel s’effectuait la genèse de sa liberté propre, autrement dit de son Etre propre. A ce titre cette genèse constituait un processus temporel orienté, ayant une direction et un but, même si ce processus n’était pas  parfaitement linéaire et pouvait être parsemé de phases de stagnation voire de régression partielle. Cependant, globalement, ce processus était orienté et constituait à ce titre ce que nous avions appelé une orthogenèse.

 

   Bien entendu, il en va de même concernant les processus temporels propres aux êtres particuliers. Eux aussi connaîtront une genèse qui sera celle de l’épanouissement contingent, tant dans son existence même que dans ses manifestations effectives, de la liberté et des potentialités propres des êtres concernés.

 

    Mais ces mêmes êtres particuliers, au même titre qu’une création dans son ensemble, connaîtront parallèlement au processus temporel d’orthogenèse, un processus inverse orienté vers le terme de leur finitude. Ce processus peut être appelé « entropie » si on désigne par-là la diminution des possibilités propres à un être donné et une dégradation de son ordre spécifique.

 

   Bien entendu, pour que l’orthogenèse d’un être quelconque puisse s’effectuer, orthogenèse de sa liberté propre et qui se traduit par une montée de la complexité de son organisation, par l’émergence progressive de ses potentialités, il est nécessaire que les capacités d’orthogenèse soient supérieures aux capacités d’entropie.

 

     Ces deux processus temporels, tout en étant concomitants, resteront dans un premier et un dernier temps dissymétriques. Dans un premier temps, lors de la mise en place progressive et contingente des possibilités de l’être concerné, la dissymétrie jouera en faveur de l’orthogenèse. Ensuite, le processus se poursuivra en atteignant un équilibre entre les processus d’orthogenèse et d’entropie, équilibre qui durera plus ou moins longtemps en fonction des caractéristiques ontologiques des êtres en question. Enfin, un nouveau déséquilibre verra le jour entre orthogenèse et entropie mais cette fois-ci au bénéfice de l’entropie. Cette phase correspondra au vieillissement des structures évoquées. Cette phase connaîtra un terme lorsque le déséquilibre sera tel que l’ordre propre et minimal des êtres concernés ne sera plus assuré.

 

   Ce processus temporel d’entropie concernera non seulement les êtres particuliers mais également l’Etre de la création dans son ensemble. Cela signifie que dans un premier temps, lors de la phase d’orthogenèse, la création sera le théâtre d’apparitions de plus en plus rapides d’êtres toujours plus complexes et porteurs de capacité d’action et donc de liberté toujours plus grandes. Comme nous l’avons noté en son temps, si nous considérons que l’espace manifeste ici et maintenant les possibilités et l’information actualisées, alors la croissance de cette information se traduira par un accroissement de l’espace en question.

 

   Mais la création dans son ensemble verra son processus temporel atteindre un palier, un équilibre provisoire entre l’orthogenèse totale et l’entropie totale des êtres la composant.  Enfin, la création parviendra à un déséquilibre en faveur de l’entropie. Lorsque cette entropie globale aura atteint un point au-delà duquel l’ordre mis en place par le processus d’orthogenèse ne pourra plus subsister, alors, progressivement, la création verra disparaître les structures ordonnées en question.

 

  Ces processus de stabilisation, de vieillissement puis de retour au désordre se traduiront sur un plan spatial. En situation d’équilibre, l’espace cessera son accroissement ainsi d’ailleurs que dans la phase de vieillissement, aussi longtemps que les êtres organisés ou plus précisément la somme des structures organisées  conserveront un ordre minimal ; ensuite l’espace manifesté diminuera au fur et à mesure que l’ordre global de la création se délitera.

 

  Ce processus d’entropie comme retour au désordre relatif ou à la disparition de l’ordre mis en place connaîtra lui-même un terme, conformément à l’exigence de finitude. Ce terme sera contingent et l’Etre de finitude en question présentera alors une forme de détermination tendant vers une indétermination relative. Que deviendra alors ce stade terminal de l’Etre de finitude ?

 

  Toute détermination de la finitude, quel que soit son degré de détermination est une réalité spatiale, en mouvement et temporelle. En conséquence, la détermination d’une création en fin de processus entropique ne saurait arrêter là tout processus temporel. Cette détermination finale voit ses manifestations particulières être parfaitement contingentes, puisqu’elle résulte de processus entropiques qui, à l’égal des processus d’orthogenèse, seront contingents, imprévisibles, impensables. 

 

    Mais le terme du processus entropique atteint, cette détermination se dépassera à nouveau afin d’engendrer un nouveau processus d’émergence de la complexité. Bref, il s’agira en l’occurrence d’une nouvelle création avec la genèse de sa liberté propre qui se mettra en place. Cette affirmation ontologique nous conduit à plusieurs conclusions fondamentales.

 

  En premier lieu, cette nouvelle création prendra son envol si nous pouvons nous exprimer ainsi à partir de l’unité de déterminations dont les caractéristiques se verront purement contingentes, résultat d’un processus lui-même aléatoire. Nous comprenons en quoi, comme il nous est arrivé de l’évoquer, l’Etre infini, source et fondement de toutes choses, n’intervient en rien quant à la détermination initiale d’une création nouvelle, hormis la libre décision sans cesse renouvelée de faire émerger à l’Etre des créations mais également d’attribuer aux relations internes de ces dernières, des différences ou des qualités secondes issues de sa toute-puissance.

 

   En second lieu, nous comprenons également en quoi de nouvelles créations surgissent sans cesse à l’Etre, puisque chacune des infinités d’infinités de créations pourront donner naissance à une nouvelle création d’une part et d’autre part chacun des dépassements d’une création donnée pourra à son tour engendrer une nouvelle création. De ce point de vue, il est possible d’affirmer que la phase d’entropie finale de chacune des créations concernées, lorsque celles-ci passent de l’ordre au désordre, de la complexité des structures à un retour à la simplicité, n’est jamais qu’un processus d’engendrement d’une nouvelle création. Telles sont les principales conclusions que nous pouvons tirer de l’analyse ontologique de la notion de finitude.

A. Mendiri

 

   

 

 

 

896 L'AU-DELA DE LA RAISON METAPHYSIQUE

Publié le 28/03/2014 à 06:23 par cafenetphilosophie Tags : vie monde belle histoire mort mode création dieu cadre carte pensée lecture

 

 

Rubrique"Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 890.

Prochain billet demain 29 mars (Le phénomène religieux).

 

      Lors du dernier billet, nous avons avancé des hypothèses ontologiques pour le moins audacieuses, étonnantes, peu conformes aux croyances dominantes quant aux perspectives eschatologiques de l’homme et au-delà, de l’ensemble de la création. Les croyances les plus communément répandues par la plupart des grandes religions qu’a connues l’humanité proclament certes leur confiance et leur conviction quant à la perpétuation de l’existence, au moins des êtres humains, après la mort. Celle-ci ne serait qu’un passage vers un autre monde, comme la « Pâques » chrétienne l’exprime explicitement.

 

   Mais cet autre monde reste d’ailleurs assez obscur dans le cadre du christianisme notamment. En effet, pour celui-ci il y a lieu d’opérer une distinction entre deux temps en quelque sorte. En premier lieu le temps qui sépare la mort terrestre du Jugement dernier, à l’horizon de l’histoire, marqué par le retour du Christ et au cours duquel s’opèrera une séparation définitive entre les « élus » et les « condamnés » à une vie sans fin et sans Dieu. Le temps du « Jugement dernier » est celui de la résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’homme total, corps et âme, ces deux entités étant, dans le cadre de la pensée juive, indissociables.

 

   Certes, il s’agit d’un discours mythique, le mythe n’étant pas une narration objective d’évènements à venir, mais un procédé littéraire prenant acte de l’impossibilité pour l’homme de se représenter clairement des enjeux métaphysiques qui dépassent largement ses capacités de compréhension. Néanmoins, le mythe n’est pas non plus une histoire purement imaginaire et créée de toutes pièces et de manière arbitraire ou purement esthétique par l’esprit humain, mais une manière humaine d’exprimer un sens que l’homme croit pouvoir se dévoiler au sein de sa vie intérieure et qui est réellement présent au sein de celle-ci. Tel est son fondement et sa justification.

 

   Toujours est-il que le temps séparant la mort terrestre et ce temps lointain du Jugement dernier ne fait pas l’objet de représentations claires, y compris sur le plan d’une explication mythique. Certes, il est affirmé que l’âme du défunt perdure en un lieu inconnu et selon des modalités non précisées. Cette croyance commune à la plupart des grandes religions soulève cependant une difficulté spécifique dans le cadre du Judaïsme et du Christianisme dans la mesure où l’âme est conçue comme inséparable du corps et où en conséquence on ne comprend pas très bien quel peut être le mode de survie d’une réalité n’ayant aucun sens séparée d’un corps.

 

  Certes, nous ignorons en quoi consiste le temps et donc si, en conséquence, le temps séparant la mort terrestre du Jugement dit dernier a un sens. Avouons cependant qu’il s’agit là de contorsions intellectuelles peu satisfaisantes pour un esprit rationnel. La raison, il est vrai, d’un point de vue religieux, est au service de la foi et ne peut prétendre à elle seule régenter des domaines sans doute se situant au-delà de ses compétences. Cependant, nous n’oublions pas la très belle formule de St Augustin : « Croire pour comprendre, comprendre pour croire ».

 

   Comment nous situons-nous par rapport à ces problèmes ? Contrairement à ce que certains lecteurs ou commentateurs ayant effectué une lecture trop rapide de nos écrits affirmeront peut-être, nous ne faisons pas de la raison l’alpha et l’oméga de la démarche métaphysique, en prétendant substituer à la foi le discours purement rationnel. Au risque de nous répéter, rappelons que la raison n’est jamais qu’une boussole qui nous dirige sur la carte de la foi, retrouvant le sens, sinon dans leur lettre tout au moins dans leur esprit, des principaux dogmes chrétiens et encouragée par le succès étonnant de ce type d’investigation, la raison tente de dévoiler sur cette carte des aires non encore parcourues, effacées ou peu lisibles. La cohérence avec ce qui semble établi par les analyses théologiques classiques constituera, à nos yeux, le critère de la plausibilité des conclusions nouvelles que nous avancerons.

 

   Rappelons encore que la raison dont nous faisons usage, non seulement est subordonnée à son point de départ aux données de la foi mais n’est pas non plus totalement étrangère aux critiques formulées par Kant au XVIII siècle en matière d’investigation métaphysique. Nous ne prétendons pas nous substituer à la science expérimentale afin de retrouver les caractéristiques du monde empirique, ni de manière a priori ni après-coup et de manière a posteriori. Et ce, précisément dans la mesure où de telles caractéristiques sont entièrement contingentes, sont issues d’un processus temporel dominé par l’émergence de l’imprévisible et de l’impensable. En revanche, nous accordons à la raison la possibilité d’établir les exigences ontologiques qui échappent au processus temporel dans ce qu’il a de strictement contingent, autrement dit dans ce qu’elles ont de nécessaire.

 

   C’est au nom de ces exigences ontologiques que nous avons établi que le processus temporel de la création avait pour raison d’Etre de permettre à cette création de façonner librement son visage, le visage de sa liberté, aboutissant ainsi au niveau le plus haut de cette liberté, c’est-à-dire à un niveau à l’image de celle de l’Etre infini, à une liberté dépassant les limites de la finitude pour atteindre progressivement la liberté sur le mode de l’infinitude et d’une infinitude totalement accomplie. Ce stade suprême signe la fin de l’histoire et avalise l’idée mythique du « Jugement dernier », temps où devra s’effectuer la séparation entre les êtres créés qui resteront repliés sur la finitude réduite à elle-même et ceux qui auront accordé crédit à la promesse divine de l’Etre infini incarné de pouvoir accéder à la nouvelle forme de plénitude introduite par lui, et où toute forme de « Mal » se verra éradiquée.

 

  Mais le mérite de nos analyses est de permettre d’éclairer le temps séparant le terme de la vie terrestre et l’aboutissement de l’histoire où ce choix ontologique fondamental pourra se mettre en œuvre. Nous avons vu que notre monde terrestre n’est pas le seul envisageable et ce, rationnellement parlant. Si tous les êtres créés sont appelés à perdurer, si la mort n’est pas le dernier mot, alors le terme anticipé des êtres particuliers par rapport à celui de la création dans son ensemble exige qu’un autre monde dépasse dans la conservation le nôtre.

 

   Cet autre monde ne fait que dépasser dans la conservation les potentialités, désormais déterminées pour partie, des êtres particuliers ayant atteint leur terme au sein de ce monde initial. Ce dépassement concerne à la fois le processus temporel des êtres particuliers  mais également le processus temporel de l’ensemble de la création initiale en question. Mieux, ce dépassement exige logiquement que les possibilités même survenues à l’Etre lors de cette création initiale soient elles-mêmes dépassées et donc que de nouveaux êtres puissent surgir à l’Etre.

 

  Tous ces processus, rendus possibles ontologiquement par le fait que tout Etre de la création, tout Etre de finitude, enferme en son sein une infinie et indéterminée potentialité, s’effectueront selon des modalités radicalement contingentes et donc imprévisibles et impensables. Ainsi les êtres qui perdurent au sein de ce nouveau monde conserveront certes les marques de leur identité mais cette identité se manifestera par un dépassement, une nouveauté radicale qui ne sera pas nécessairement perçue par tous les êtres créés concernés.

 

  C’est d’ailleurs à ce titre que nous avions antérieurement établi que seuls les êtres s’étant élevés à l’Esprit, c’est-à-dire ayant actualisé cette dimension de leur Etre leur permettant de se dévoiler la présence en eux du sens, de l’Esprit divin, pourront prendre conscience de leur persévération dans l’Etre et de la victoire sur la mort et la finitude. Les autres êtres connaîtront la mort « spirituelle ». Certes, ils continueront à vivre mais sans prendre conscience de leur identité, enfermés qu’ils seront dans la conviction du caractère à la fois nouveau et incontournable de la finitude au sein de laquelle ils évolueront.

A.Mendiri

 

    

 

890 L'ENGENDREMENT DES MONDES SUCCESSIFS

Publié le 22/03/2014 à 06:30 par cafenetphilosophie Tags : monde mode création cadre nature soi gratuit

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 884.

 

Prochain billet demain 23 mars (Libres commentaires liturgiques)

 

    Tout Etre de la création connaît donc un développement temporel au cours duquel s’effectue la genèse de sa liberté, autrement dit la genèse de son Etre même. La genèse de la liberté en question est passage de la liberté sur le mode de la nature ou liberté « en soi » à la liberté sur le mode de l’histoire, sur le mode de la conscience, sur le mode de l’infinitude ou liberté « pour soi ». En effet, de par la libre et gratuite décision de l’Etre infini de partager sa liberté et éventuellement sa plénitude avec la création, celle-ci ne se voit plus enfermée dans les étroites et incontournables limites de la finitude.

 

   Pourtant, nous l’avons déjà souligné, que l’Etre de la création ou l’Etre de finitude puisse dépasser cette finitude constitutive de son essence, ne signifie pas pour autant que la finitude soit effacée de l’Etre. Sinon cela reviendrait à dire que l’Etre de la création se confondrait avec l’Etre infini lui-même, source et fondement de toutes choses, ce qui n’aurait pas de sens. La finitude se conserve forcément mais doit pouvoir trouver les ressources ontologiques pour se dépasser. Il s’agit donc d’un dépassement dans la conservation. Comment concevoir ce type de dépassement ?

 

   Il convient tout d’abord que le dépassement dans la conservation d’une création quelconque concerne la création dans son ensemble, c’est-à-dire comme unité d’une multiplicité finie de déterminations ou d’êtres particuliers, mais également chacun des êtres particuliers en question. Pourquoi cela ? La création dans son ensemble est finitude. Chacun des êtres particuliers qui la constituent sont également finitude. Mais que ce soit la création dans son ensemble ou chacun des êtres particuliers qui la compose, la finitude en question est d’ordre spatio-temporel. Cela signifie que les modes de finitude évoqués supposent qu’ils connaîtront une limite, un terme, et qu’au-delà de ce terme, un dépassement est envisageable, mais toujours sur le mode de la finitude, conformément à l’exigence du dépassement sur le mode de la conservation.

 

   Or, la finitude temporelle affectant les êtres particuliers et constitutifs d’une création donnée, sera nécessairement immensément plus réduite que la finitude temporelle de l’ensemble de la création prise dans son unité. Car chacune de ces limites temporelles est tributaire du potentiel enfermé dans leurs actualités respectives. Or s’il est vrai que toute existence actuelle, quelle qu’elle soit, enferme en son sein un potentiel infini et indéterminé, ce constat ontologique signifie seulement que les existences actuelles considérées sont appelées à se dépasser d’une infinité de manières imprévisibles possibles mais sur le mode de leurs déterminations propres. Il n’en reste pas moins vrai que le potentiel de développement dans le cadre d’une finitude donnée d’un être particulier est immensément plus réduit que le développement temporel de l’ensemble de la création.

 

  Autrement dit, les êtres particuliers en question atteindront leur terme bien avant celui de la création dans son ensemble. Cette nécessité ontologique soulève alors de multiples problèmes. En premier lieu, si les êtres particuliers disparaissent de l’Etre de la création, cela signifie-t-il que la création dans son ensemble voie diminuer inexorablement et progressivement le nombre des êtres particuliers qui la constituent ? Car si cela était le cas, comment la création en question pourrait-elle poursuivre sa montée vers la complexité, la genèse de sa liberté, puisque ce processus suppose un dépassement, dans la conservation, du potentiel de l’actualité de l’Etre de cette création ? Par ailleurs, si les êtres particuliers qui ont atteint leurs limites temporelles doivent se dépasser, doivent prolonger leur être de finitude mais en-dehors de la finitude initiale qui était la leur, en quel lieu ontologique ce dépassement peut-il avoir lieu ?

 

  Si les êtres particuliers d’une création doivent disparaître peu à peu au sein de l’ensemble de la création concernée et si par ailleurs, cette création doit pouvoir maintenir, dans le cadre de sa finitude temporelle propre, le potentiel de l’actualité qui la constitue, cela signifie que les lois du développement de la création doivent être telles que les êtres particuliers puissent se renouveler aussi longtemps que nécessaire afin que soit préservées les capacités d’action et de déploiement de la liberté de l’ensemble de la création en question. Telle est l’origine ontologique des processus de la sexualité concernant les êtres vivants, étant entendu qu’il existe d’autres formes de reproduction du vivant et que l’exigence du renouvellement affectent également toutes les catégories d’êtres naturels, ceux de la matière organisée et visible notamment. Ces processus sont variés, contingents, imprévisibles, à l’image de tous les processus d’une création quelconque.

 

   En second lieu, le dépassement des êtres particuliers qui ont atteint leurs limites temporelles au sein d’une création donnée ne pourra s’effectuer qu’au sein d’une autre finitude qui sera issue de la précédente et qui se manifestera comme dépassement dans la conservation de cette dernière. Autrement dit, le potentiel de l’actualité temporelle des êtres particuliers qui ont atteint leurs limites au sein d’une création donnée, ou leur mémoire, ne disparaît pas de l’Etre en général mais devient constitutif d’une nouvelle finitude.

 

   Ce processus ontologique suppose donc que, globalement, au sein de l’Etre en général, l’actualité de la création initiale se soit accrue, puisqu’aux êtres émergeant au sein d’une nouvelle finitude, viennent s’ajouter ceux qui assurent le maintien de la finitude initiale afin qu’elle puisse poursuivre la genèse de sa liberté. Ce processus de dépassement est ontologiquement possible dans la mesure où toute réalité et donc une création ou une finitude dans son ensemble, peuvent puiser dans leur potentiel infini et indéterminé afin de manifester leur Etre de manière contingente, imprévisible, mais toujours dans le cadre de la détermination qui les caractérise.

 

   Il en va de même d’ailleurs pour les êtres particuliers qui émergeront au sein d’une nouvelle finitude, qui puiseront également dans leur infinie et indéterminée potentialité propre, toujours dans le cadre de leur détermination, afin de faire émerger à l’Etre les dimensions de leur dépassement contingent, imprévisible, impensable, radicalement nouveau, au sein de ce nouveau monde.

 

   Bien entendu, ce nouveau monde connaîtra les mêmes exigences ontologiques que le précédent et surtout que toute finitude en général. Cela signifie en premier lieu que cette nouvelle finitude sera également affectée par un terme ainsi d’ailleurs que les êtres particuliers qui la composent. Dès lors de même que pour la précédente finitude, de nouveaux êtres devront pallier la disparition progressive des êtres particuliers ayant atteint leur terme propre. Cela signifie donc que de nouveaux êtres apparaitront par rapport à la précédente finitude et ce, selon des processus contingents, nouveaux, imprévisibles, impensables. Cela signifie également qu’une troisième finitude devra émerger à l’Etre afin d’assurer la conservation dans le dépassement des êtres particuliers ayant atteint à nouveau leurs limites temporelles au sein de ce nouveau monde.

 

   Bien entendu, chacune des finitudes successives poursuivra sur son mode propre, à savoir comme dépassement sur le mode de la conservation, la genèse de la liberté de la création. Jusqu’où ce processus d’engendrement de nouveaux mondes se poursuivra-t-il ? Jusqu’à que la finitude ou la création initiale d’une part, les finitudes successives d’autre part aient atteint le stade de la liberté « pour soi », de la liberté sur le mode de l’infinitude pleinement accomplie.

 

   Il ne s’agira pas pour autant de la fin des processus temporels de la création. Une nouvelle étape ontologique s’ouvre alors à l’ensemble des êtres créés, étape que nous avons évoquée déjà de multiples fois et qui consiste à effectuer le choix soit de repliement sur la seule finitude sur le mode de la liberté comme infinitude ou bien de l’accès libre et gratuit (car objet d’un acte de foi dans une réalité improbable pour le bon sens) à la finitude sur le mode de la nouvelle plénitude introduite par l’Etre infini incarné.

 

  Remarquons à cet égard que la succession des mondes de la finitude que nous avons évoquée et l’accroissement des êtres particuliers que cela suppose n’est jamais que l’écho, sur le mode de la finitude, des dépassements incessants de l’Etre infini vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude.

A.Mendiri

 

882 LA LIBERTE SUR LE MODE DE L'INFINITUDE

Publié le 17/03/2014 à 06:01 par cafenetphilosophie Tags : homme société mode création dieu cadre nature soi gratuit créations

 

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 876.

 

Prochain billet demain 18 mars (Le phénomène religieux)

 

 

    Tout Etre de la création connaît une genèse, à savoir la genèse de sa liberté, autrement dit de son Etre même. Cette genèse est passage de la liberté « en soi » à la liberté « pour soi » c’est-à-dire à la forme la plus haute de liberté, à la liberté consciente, écho de la liberté même de l’Etre infini en tant que transcendance de la transcendance. Cette dernière formulation, apparemment jargonneuse, signifie seulement que les êtres qui parviennent à cette forme de liberté n’ont plus une nature ou des caractéristiques contingentes certes, mais imposées par l’évolution de la création concernée, mais une condition d’existence librement choisie et qui est appelée à être toujours davantage choisie.

 

   En effet, rappelons que l’Etre infini est dépourvu d’une nature mais choisit sa condition Trinitaire, condition qui l’amène non seulement à se dépasser en permanence vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude, donnant par là même une valeur à son Etre et une raison d’Etre à ce processus de dépassement, mais de surcroît à partager librement et gratuitement son Etre avec d’autres Etres, à savoir les créations, et à donner à celles-ci la libre possibilité de partager sa plénitude.

 

   Il en va de même concernant tout Etre de la création. Celui-ci, à l’issue de son processus génétique, voit émerger des êtres dépourvus de nature mais revêtant une libre condition, à savoir les êtres conscients. Ces êtres conscients sont l’aboutissement du lent passage de la nature à l’histoire, de la liberté en soi propre à la nature à la liberté pour soi propre au processus historique, qui voit ces êtres devenir les libres auteurs des changements qu’ils connaissent à travers le temps, des changements d’ordre artificiels ou culturels et non plus naturels, changements qui les libèrent progressivement de toutes les contraintes héritées de la nature et de la société, et qui pèsent sur eux.

 

  Ainsi, les êtres conscients, aboutissement, finalité, raison d’Etre du processus temporel d’une création donnée ont-ils pour désir, pour vocation de conquérir une liberté totale c’est-à-dire une liberté « pour soi » achevée ou totalement épanouie. Tel est le sens ou la raison d’Etre du processus historique. Bien entendu, ce processus temporel obéira aux exigences ontologiques de tout processus de ce type. Autrement dit les moyens artificiels permettant cette libération des contraintes de la nature et de la société verront leur émergence s’accélérer, leur complexité grandissante nécessitant de moins en moins d’espace afin d’atteindre leurs objectifs. Certes, de même que pour l’évolution naturelle, ce processus historique ne sera pas d’une stricte linéarité et pourra connaître des phases de stagnation, voire parfois de régression. Cependant, ces effets de la contingence se verront de plus en plus atténués dans la mesure où la liberté des êtres conscients ou historiques grandira, acquérant ainsi une maîtrise de plus en plus grande sur le cours des choses.

 

   Cela ne signifie cependant pas que les nouveautés artificielles émergeant à l’Etre ne soient pas contingentes dans leur manifestation et leur structure. Là encore, à partir d’un stade donné de liberté, une infinité indéterminée et imprévisible (dans le cadre bien sûr d’un environnement historique déterminé) de moyens artificiels possibles est susceptible de jaillir de la libre activité des êtres conscients. Ainsi, les êtres conscients façonnent-ils librement le visage qui sera celui de leur liberté et donc de leur Etre.

 

    En quoi consiste d’ailleurs cette liberté « pour soi » achevée que poursuit l’activité des êtres conscients ou historiques ? N’oublions pas à ce moment du raisonnement les conclusions d’analyses précédentes. L’histoire ainsi conçue doit se concevoir comme passage de la liberté comme simple finitude à la liberté comme dépassement de la finitude ou sur le mode de l’infinitude. En effet, toute création hérite librement et gratuitement de la possibilité de dépasser sa finitude initiale et essentielle de par le choix de l’Etre infini incarné, de l’Etre infini qui se  fait finitude tout en conservant sa plénitude, afin que la création puisse elle aussi relever de l’infinitude et éventuellement choisir d’accéder à la plénitude nouvelle introduite par l’acte d’Incarnation.

 

   Or, la liberté sur le mode de la simple finitude décrit en fait la liberté propre à la nature et donc la liberté dite « en soi » alors que la liberté sur le mode de l’infinitude renvoie à la liberté propre aux êtres historiques et conscients ou à la liberté « pour soi ». Les hommes sont donc d’ores et déjà, en tant qu’êtres conscients et historiques, porteurs de la liberté sur le mode de l’infinitude. Mais cette forme de liberté doit connaître elle-même une genèse ou une longue conquête afin de faire émerger toutes ses possibilités. Les étapes successives de l’histoire dépassent, surmontent progressivement les contraintes héritées de la nature et de la société. Ce processus historique se manifeste comme une succession de dépassements dans la conservation relative des contraintes en question jusqu’au moment où ces contraintes seront totalement surmontées ou maîtrisées. Il s’agira alors de la fin de l’histoire définie comme conquête de la liberté « pour soi » ou sur le mode de l’infinitude, c’est-à-dire sur le mode de la conscience.

 

   Car la conscience exprime bien dans sa réalité même cette exigence d’infinitude. Elle ne coïncide jamais avec un quelconque contenu. Elle est toujours dépassement de la réalité présente. Elle est projection en avant, perpétuel projet ou dépassement de soi. Ainsi, le processus historique a pour sens, pour finalité, pour raison d’être de façonner l’Etre de la création sur le mode de la conscience, sur le mode de sa liberté et de sa liberté potentiellement sans limite. Lorsque ce stade se verra atteint, alors la liberté « pour soi », la liberté sur le mode de l’infinitude se verra complètement actualisée.

 

  Ainsi, la totalité de la création et des êtres constitutifs de cette création ont-ils vocation à atteindre ce dépassement de la finitude. Car, une fois de plus, si cette vocation exige une libre conquête, un long processus contingent afin d’y parvenir, il n’en reste pas moins vrai que cette vocation est d’abord un don libre et gratuit de l’Etre infini et plus particulièrement de l’Etre infini incarné.

 

   Mais si l’accès à l’infinitude, au dépassement de la finitude, est ouvert à toute la création, cela n’est pas le cas concernant l’accès au partage de la plénitude divine, au partage de la nouvelle forme de plénitude introduite par l’Etre infini incarné. Car l’accès à cette nouvelle forme de plénitude requiert un libre choix de la part des êtres créés. C’est d’ailleurs en ce sens que nous pouvons affirmer que les êtres conscients ou historiques possèdent une condition librement choisie et non une simple nature. Car non seulement ils sont appelés à façonner le visage de leur infinitude mais qui plus est à donner à cette infinitude soit le visage de la condition d’infinitude repliée sur elle-même, soit à faire accéder cette infinitude à la plénitude  d’existence promise.

 

   Mais que signifie la condition d’infinitude repliée sur elle-même ? Cela veut dire, d’un point de vue ontologique, que les êtres qui en bénéficient restent prisonniers ou enfermés au sein de leur finitude première. Comment se représenter une telle condition, autrement dit comment la conquête de l’infinitude peut-elle être dite enfermée dans les étroites limites de la finitude ? N’est-ce pas là une affirmation contradictoire et obscure ?

 

   Afin d’éclairer ces affirmations, rappelons-nous que l’accès de la création au statut de la liberté sur le mode de l’infinitude ne signifie pas que la finitude dont elle est issue est effacée de son Etre. Sinon cela reviendrait à dire que la création se confondrait désormais avec l’Etre infini lui-même, ce qui n’aurait pas de sens. Ce dépassement de la création vers l’infinitude est un dépassement dans la conservation. Car tout Etre est mémoire, est conservation de son identité et de sa réalité à travers le temps même sous des formes nouvelles et supérieures ontologiquement parlant.

 

  Dès lors, toute la question est de savoir si la création ayant accédé à la liberté sur le mode de l’infinitude choisit d’être simplement infinitude sur le mode de la seule finitude qui est la marque de son identité ou bien si elle choisit l’infinitude certes sur le mode de la finitude mais aussi sur le mode de la plénitude. Bref, la question est alors de choisir ou non d’être semblable à l’Etre infini incarné, totalement finitude et totalement homme mais dans le même temps totalement Dieu et donc totalement plénitude. Il nous faudra préciser les termes de ce choix.

A. Mendiri

 

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