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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour : 17.03.2026
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620 LES FONDEMENTS THEOLOGIQUES DE LA PROVIDENCE

Publié le 29/05/2013 à 06:22 par cafenetphilosophie Tags : actualité vie monde amour création dieu nature gratuit créations

Rubrique "Lecture philosophique de la Bible". Suite du billet N° 616.

Prochain billet demain 30/05 sur la philosophie politique.

 

   L’idée de Providence suppose par définition une forme de présence du Dieu tout-puissant au sein de la création en général et des affaires humaines en particulier. Or, nous avons vu que par ailleurs la création comme Etre distinct de l’Etre absolu et source de toutes choses et pourvu d’une liberté propre, supposait semble-t-il l’absence de Dieu de son cours. Comment résoudre ce que nous avons appelé l’aporie ou la contradiction logée au sein de cette idée ?

 

   Il nous faut revenir sur quelques considérations ontologiques fondamentales afin de répondre à cette question. S’il est vrai que l’on doive poser un Etre absolu qui peut choisir de rompre l’exclusivité de son Etre en faisant émerger une création, alors ce choix libre entraîne forcément des conséquences ontologiques. L’Etre infini, celui en-dehors de quoi rien ne saurait être ni être conçu, l’Etre de plénitude, c’est-à-dire l’Etre infini qui choisit de se dépasser sans cesse vers un supplément de plénitude, engendrant par le fait même la valeur et le sens de son Etre, renonce à certains égards à sa liberté toute-puissante et exclusive. Car l’Etre de la création est bien un Etre à part entière, un Etre supposant à cet effet une dualité entre une actualité et une potentialité, un Etre qui ne coïncide pas avec lui-même, qui est appelé à se dépasser et à ce titre un Etre qui hérite d’une forme de liberté propre. Dès lors l’Etre infini, source et fondement de toutes choses, est appelé à partager sa liberté avec celle de l’Etre de la création. Pourtant, dans le même temps, cette libre limitation de sa liberté initiale et toute-puissante ne saurait disparaître de l’horizon de l’Etre. C’est bien cette liberté toute-puissante qui a le pouvoir de se limiter, d’effectuer un tel choix ontologique. Ce choix consistant à se limiter est une dimension possible de sa liberté. Dès lors, la liberté inhérente au Dieu tout-puissant comporte deux dimensions distinctes dont l’une –la liberté toute-puissante- engendre l’autre à savoir la libre limitation de cette liberté.

 

  Le même raisonnement ontologique s’applique à propos de la libre possibilité pour l’Etre tout-puissant, autrement dit pour la liberté infinie qui le caractérise, d’accorder à l’Etre de la création la plénitude de sa condition divine, alors même que la condition de finitude de la création, ne lui permettrait pas d’y accéder par elle-même. A plusieurs reprises, nous avons rappelé que l’acte d’Incarnation de Dieu au sein de la finitude afin de faire en sorte que la finitude puisse revêtir cette plénitude divine, en était la condition sine qua non. Mais cette libre possibilité d’accorder à la création ou à la finitude la plénitude qui lui appartient en propre est là encore une dimension de sa liberté toute-puissante, distincte des deux dimensions précédentes, tout en manifestant une unité de nature, à savoir celle de la liberté infinie. Bref, un tel Dieu est un Dieu Trinitaire, puisque la liberté qui le définit suppose éventuellement trois dimensions distinctes au sein d’une même nature.

 

  A vrai dire, comme nous l’avons rappelé à plusieurs reprises, il est peu rigoureux d’évoquer en ce cas d’une nature, car cette liberté infinie n’exige nullement que soit fait ce double choix de faire émerger une création d’une part et de lui accorder de surcroît la possibilité d’accéder à la plénitude divine d’autre part.  Ce double choix est libre et gratuit, c’est-à-dire dépourvu d’un intérêt quelconque pour l’Etre infini, puisque  l’Etre infini n’en a nullement besoin afin de jouir de sa plénitude et de la valeur et du sens attachés à celle-ci. Bref c’est en ce sens que l’Etre Trinitaire n’est pas une nature, c’est-à-dire un ensemble de caractéristiques nécessaires, éternelles et incontournables mais une libre condition. C’est en ce sens également que l’Etre infini Trinitaire est Amour, si nous entendons par Amour une capacité libre, gratuite à partager Etre et plénitude avec d’autres Etres.

 

    Pourquoi ce long détour théologique afin de traiter de la question de la Providence ? Tout simplement parce que ces rappels indiquent avec force que l’Etre de la création suppose un Etre infini qui a choisi de limiter sa toute-puissance et de partager sa liberté avec l’Etre de la création. Dès lors s’il est vrai que l’Etre de la création se situe forcément au sein de l’Etre infini, qu’il ne saurait être en-dehors de lui, -hypothèse absurde puisque l’Etre infini est ce, en-dehors de quoi rien ne saurait être ni être conçu- il n’en reste pas moins vrai que cette immersion de la création au sein de l’infini et donc l’inévitable présence de ce dernier en son sein, doivent être tels que la liberté de la création soit préservée. L’Etre de la création est maître de son destin (il peut choisir de renoncer à la simple finitude afin de revêtir la plénitude offerte ou bien de se replier sur cette seule finitude), maître du visage qui sera le sien à travers une genèse contingente où l’Etre infini n’intervient en aucune sorte.

 

   S’il en est bien ainsi, si l’Etre infini renonce à sa liberté afin de maintenir à l’Etre la création ainsi que sa liberté propre sans laquelle précisément la création ne serait plus un Etre à part entière mais une simple modalité d’être de l’Etre infini, comment maintenir l’idée de Providence, c’est-à-dire d’intervention de Dieu au sein du monde ?

 

   N’oublions pas que la liberté divine a un projet, celui de faire partager sa plénitude à la création et ce de manière libre et gratuite. La création ou plus précisément, comme nous l’avons vu et comme nous aurons l’occasion d’y revenir, l’infinité croissante des créations dès lors qu’elles acceptent ce projet divin, dès lors qu’elles lui accordent un crédit quelconque, conduisent à une efflorescence infinie de plénitudes, celles qu’elles sont appelées à librement revêtir. Notons que cette efflorescence infinie de plénitudes n’apporte rien à l’Etre infini, qui n’en a nul besoin afin de jouir de sa plénitude initiale. Mieux, le libre choix de faire émerger une création ou des créations, de partager sa liberté, de renoncer à sa toute-puissance exclusive, de lier l’émergence de cette plénitude nouvelle au libre choix de la création, le conduit à renoncer librement, gratuitement à une plénitude sans partage et ne dépendant que de sa seule liberté. Nous reviendrons sur ce point.

 

   Comment dans ces conditions, la présence de l’Etre infini au sein de la création peut se manifester ? Elle ne peut le faire qu’en passant par la liberté de cette dernière. Cela signifie que l’Etre infini ne saurait contrarier le libre cours de la création en question. Mais tous les évènements caractérisant le cours de la création s’avèrent contingents par essence, c’est-à-dire non nécessaires. Autrement dit, tout évènement, est ce qu’il est mais aurait pu être autre que ce qu’il est et ce, sans changer pour autant les orientations lourdes de son cours, orientations déterminées par sa mémoire, par sa longue genèse.

 

   Dès lors apparaissent deux formes de manifestation possible de la Providence. En premier lieu, elle consiste à répondre à l’appel, à la libre « prière » des créatures qui s’adressent au Dieu tout-puissant afin de les aider à comprendre, à adhérer au projet libre, gratuit, « amoureux » de l’Etre infini de partager sa plénitude. Ici se rejoignent la prière de demande et la prière d’action de grâce, c’est-à-dire la prière en quête d’une lumière intérieure afin de mieux assumer le destin dessiné au sein du cours de la création. Mieux assumer, c’est-à-dire être en harmonie avec le projet divin, avec sa promesse, avec l’espérance qu’il soulève, que ce soit dans les circonstances heureuses ou malheureuses du cours de la vie.

 

 Reste l’action divine qui peut agir sur les aspects contingents de l’existence créée, ceux qui ne peuvent en rien altérer son cours librement choisi, et qui se manifeste comme « au sein du murmure d’une brise légère », comme le dit le prophète biblique, et qui sont autant de « signes » que la conscience croyante est appelée à chercher, à saisir, à se nourrir dans la discrétion d’une vie intérieure.

A. Mendiri