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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
28.02.2026
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Rubrique "Cours: la question morale". Suite du billet N°795.
Extrait de l'ouvrage "Cours de philosophie pour toutes les sections de l'enseignement secondaire" SCRIPTA, de l'auteur du blog.
Prochain billet demain 28 décembre (Philosophie au fil des thèmes).
L'homme est un être culturel. Il ne possède pas de comportements innés. S'il dispose éventuellement de prédispositions propres à l'espèce, ces dernières voient leurs manifestations dépendre de l'éducation, des exigences d'une civilisation, bref du bon vouloir de l'humanité. Dès lors, si on entend par "nature humaine" des comportements communs à tous les membres de l'espèce et tributaires de ce que l'homme n'a pas créé, à savoir l'hérédité, l'inné, le biologique, alors il va de soi qu'il n'y a pas de nature humaine sur le plan biologique.
Mais l'homme ne se réduit pas à ses caractéristiques biologiques. Ce n'est pas seulement un corps, c'est également un être d'esprit, un être créateur, un être qui est à l'origine de ce qu'on appelle la culture. On peut même affirmer qu'il est essentiellement un être de culture et donc essentiellement un être qui se caractérise par l'esprit. La question est alors de savoir si l'esprit peut se dévoiler un idéal de comportement de l'homme, un idéal qui transcenderait, c'est-à-dire dépasserait toutes les diversités culturelles. Cet idéal éventuel serait donc commun à tous les hommes, se présenterait comme une exigence offerte à la liberté humaine lorsque l'individu souhaite devenir véritablement "humain", digne d'être appelé tel. Cet idéal constituerait alors une nature humaine d'ordre moral. Les hommes ne seraient pas tenus d'y obéir comme l'animal est tenu d'obéir à son instinct, mais invités à le faire afin d'être véritablement homme.
Cette nature humaine, cet idéal commun à tous les hommes trouvent leurs fondements dans une référence universelle qui est indépendante de la volonté des hommes, autrement dit au sein d'une transcendance. La transcendance est d'abord une idée religieuse, particulièrement issue des religions monothéistes, des religions qui honorent un Dieu unique, un Dieu par là même universel et commun à tous les hommes. Le Dieu ainsi conçu incarne un idéal vers lequel les hommes doivent tendre. C'est d'autant plus vrai dans le cadre du judaïsme qui proclame que "l'homme est créé à l'image de Dieu" et encore plus vrai dans le cadre du christianisme qui affirme que le Christ est le Dieu incarné en homme. Dès lors l'idéal transcendant de l'homme, le modèle à suivre, sont tout trouvés.
Les Grecs se réfèrent à un autre universel, à une autre source de la nature humaine. La raison, commune à tous les hommes, serait cette "lumière naturelle" selon l'expression de Descartes qui dévoilerait aux hommes l'idéal à poursuivre afin d'être véritablement humain. Cet idéal dépasse le seul cadre de l'humanité dans la mesure où cette raison est conçue comme une manifestation d'une raison universelle, d'un "Logos" qui rend compte de toute réalité, de "l'intelligence" ou du "nous" (l'esprit) qui façonne tout ce qui est. En ce sens, la raison nous dévoile également un idéal transcendant.
C'est ainsi que Platon (V° siècle avant JC) décrit l'homme à l'aide des images suivantes: celui-ci comporte trois parties, le ventre siège des désirs, le cœur siège des sentiments, la tête siège de l'intelligence. Si l'on s'en tient à cette simple description, il n'y a rien d'original ni de matière à débats. Seulement, Platon ajoute qu'une hiérarchie doit être respectée entre ces trois instances. Faute de savoir naturel ou d'instinct dirions-nous aujourd'hui, l'intelligence a vocation à gouverner, à tenir le gouvernail.
En effet, les désirs laissés à eux-mêmes conduisent à tous les excès, à la perte de l'individu qui fait alors son mal et qui en même temps risque de remettre en cause l'harmonie sociale. De même, les sentiments ne sont pas toujours bons conseillers; ils peuvent développer les passions les plus aveugles, ou entraîner des faiblesses coupables. En conséquence, ni les désirs, ni les sentiments n'ont vocation à gouverner l'action de l'homme. Il ne s'agit pas de les renier. Ils sont des composantes essentielles de l'existence humaine et apportent des satisfactions indispensables à son bon déroulement. Mais leur légitimité, leur pertinence, doivent être contrôlées par l'intelligence.
En somme, pour être véritablement un homme digne de ce nom, pour être "humain" et non "inhumain", pour être conforme à sa nature, pour faire par là son bien mais aussi celui de la société au sein de laquelle notre action s'insère, il faut que les désirs soient traversés par des sentiments et que les sentiments soient validés par l'intelligence. Telle est la hiérarchie naturelle à respecter. Sinon, le désordre règne en nous d'abord et au sein de la Cité ensuite. Respecter cette hiérarchie revient à respecter l'ordre naturel des choses. Cela nous amène à être justes, c'est-à-dire à accorder à chaque instance, désir, sentiment, intelligence, la place qui leur revient.
La relation affective que peuvent entretenir deux partenaires est éclairante à cet égard. Les désirs de ces derniers doivent être intimement liés à des sentiments pour être véritablement humain, pour ne pas traiter l'autre comme un simple objet sexuel et le sentiment amoureux lui-même doit être soumis à l'examen de l'intelligence pour ne pas rester aveugle.
Ces analyses soulèvent donc le problème du statut à accorder à la raison. D'une manière générale, la raison est une faculté humaine qui permet à l'homme de penser de manière logique, c'est-à-dire de façon réfléchie, ordonnée, rigoureuse. La raison nous conduit à agir efficacement, à choisir les meilleurs moyens en vue d'atteindre nos objectifs. Notre comportement est alors qualifié de rationnel. Cette fonction de la raison est un constat qui ne soulève aucun débat.
En revanche, cet usage de la raison ne nous prémunit pas par rapport à des choix, des fins, des objectifs immoraux. Si un sujet veut accomplir un crime parfait, il lui faudra réfléchir, être rationnel. Dans ce cas de figure la raison, maîtresse des moyens et non des fins se voit mise au service de la passion irrationnelle par exemple. Pour un platonicien, cet usage de la raison, soumis à la passion, témoigne d'une âme injuste, d'un désordre naturel condamnable et non conforme à la nature humaine.
L'usage de la raison doit donc être régulé. Les moyens choisis ne devront pas être exclusivement inspirés par l'efficacité et surtout la raison devra tenir le gouvernail c'est-à-dire choisir les objectifs sans être asservie aux sentiments et aux désirs. Bref, la raison a pour vocation essentielle de nous amener à être raisonnable et pas seulement rationnel. La raison fixe les fins conformes à la nature humaine.
Mais de tellesconclusions suscitent un débat concernant la nature de l'homme: cette fonction normative de la raison, cette fonction consistant à définir comment l'homme doit se comporter afin d'être digne d'être appelé homme n'est pas seulement un jugement de fait, un simple constat incontestable, mais relève du jugement de valeur, c'est-à-dire d'une appréciation portée sur l'importance accordée à la raison dans la conduite de son action, dans le choix des fins. Les analyses de Platon relèvent donc d'une certaine idée de l'homme, d'un engagement, d'une conception selon laquelle la réalité au sein de laquelle nous évoluons possède un sens, est traversée par un "Logos", par une raison universelle et transcendante.
Il nous faudra donc examiner lors du prochain billet consacré à l'exposé de ce cours, d'autres conceptions possibles de l'homme.
A. Mendiri