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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
08.02.2026
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Rubrique "La croyance".
Nous comptons aborder ce jour une série de billets sur la notion decroyance. Nous introduisons cette réflexion par un texte de Nietzsche extrait du "Gai savoir", passage N°347.
« Les croyants et leur besoin de croyance.-On mesure la force d'un homme, ou, pour mieux dire, sa faiblesse, au degré de foi dont il a besoin pour se développer, au nombre des crampons qu'il ne veut pas qu'on touche parce qu'il s'y tient. Le christianisme, en notre vieille Europe, est encore nécessaire à la plupart des gens; c'est pour cela qu'il trouve encore des adeptes. Car tel est l'homme qu'on lui réfuterait cent fois un article de sa croyance, s'il en a besoin il ne cesse de le tenir encore pour "vrai", conformément à la fameuse "preuve de force" de la Bible. Quelques-uns ont encore besoin de métaphysique; mais ce furieux désir de certitude qui se décharge aujourd'hui par bataillons massifs dans la littérature scientifico-positiviste, ce désir de vouloir à tout prix posséder quelque chose de sûr (alors qu'on passe avec grande indulgence, dans le fièvre de ce désir, sur les preuves de cette sûreté), c'est encore un désir d'appui et de soutien, bref un désir de cet instinct de faiblesse qui ne crée sans doute pas les religions, métaphysiques et convictions de toutes sortes, mais...les conserve cependant.
De fait, autour de tous ces systèmes positivistes, fume une vapeur de pessimisme ténébreux, de fatigues et de fatalismes, de déceptions et de peurs de nouvelles déceptions; ou alors c'est un étalage de ressentiments, de mauvaise humeur mise en vitrine, l'anarchisme de l'indignation, tout ce qu'il peut y avoir de symptômes ou de mascarades du sentiment de la faiblesse. Voyez encore la violence même avec laquelle nos meilleures têtes vont s'égarer en de misérables culs-de-sac, en de pitoyables impasses,- comme la patrioterie (le "chauvinisme" des Français, la religion du "deutsch" allemande) ou comment les héritiers de chapelles esthétiques, - le naturalisme parisien (qui ne trie et ne dévoile de toute la nature que ce qui peut à la fois surprendre et dégoûter, ce qu'on appelle si volontiers à notre époque "vérité vraie"), ou le nihilisme à l'instar de Pétersbourg (autrement dit la foi dans l'incroyance,jusqu'au martyre inclusivement)-; cette violence révèle en premier lieu un besoin de foi, d'appui, de vertèbres, de corset... C'est toujours là où manque le plus la volonté que la foi est le plus désirée, le plus nécessaire; car la volonté étant le ressort du commandement, est le signe distinctif de la maîtrise et de la force. Moins on sait commander plus on aspire à l'être, et à l'être sévèrement, que ce soit par undieu, un prince, une classe, un médecin, un confesseur, un dogme, une conscience de parti. Ce qui autoriserait à conclure que les deux grandes religions du monde, le bouddhisme et le christianisme, pourraient bien avoir pris naissance dans une extraordinaire anémie de la volonté, qui expliquerait encore mieux la rapidité de leur propagation. Et de fait il en est ainsi: ces deux religions ont rencontré un besoin impératif exalté jusqu'à la folie, au désespoir, par l'anémie de la volonté; elles ont enseigné toutes deux le fanatisme à une époque de torpeur, et proposé par-là à une foule innombrable un point d'appui, une nouvelle possibilité de vouloir, un plaisir enfin à le faire. Le fanatisme est en effet la seule "force de volonté" à laquelle on puisse amener les faibles et les incertains, car il hypnotise tout le système sensitif et intellectuel au bénéfice de la nutrition surabondante d'un seul point de vue, d'un sentiment unique - le chrétien l'appelle sa foi -qui, désormais, hypertrophié, domine. Quand un homme se convainc qu'il doit être commandé, il est "croyant"; inversement, on peut imaginer certain plaisir de se gouverner, certaine puissance dans l'exercice de la souveraineté individuelle, certaine liberté du vouloir qui permettent à un esprit de rejeter à son gré toute foi, tout besoin de certitude; on peut l'imaginer entraîné à se tenir sur les cordes les plus ténues, sur les plus minces possibilités et à danser jusques au bord des abîmes. Ce serait l'esprit libre par excellence. »
Extrait du "Gai Savoir" de Nietzsche N° 373
« Le préjugé "scientifique".Les lois de la hiérarchie interdisent aux savants... d'apercevoir les grands problèmes, les vrais points d'interrogation;(...) le besoin qui les pousse aux recherches, l'ambition, le désir intime qu'ils peuvent avoir de trouver les choses faites de telle et telle façon, la crainte, l'espoir qu'ils en éprouvent, sont bien trop vite apaisés, satisfaits. (...)
Il en va de même de cette foi dont se satisfont aujourd'hui tant de savants matérialistes qui croient que le monde doit avoir sa mesure dans nos petites échelles, et son équivalent dans notre petite pensée; ils croient à un "monde du vrai" dont notre petite raison humaine, notre petite raison grossière pourrait finalement venir à bout. Eh quoi! Voudrions-nous vraiment laisser ainsi dégrader l'existence? La rabaisser au rang de composition de calcul, en faire un petit pensum pour mathématicien? il faut d'abord refuser à tout prix de la dépouiller de son caractère protéique; c'est le bon goût qui l'exige, messieurs, le respect de tout ce qui dépasse votre horizon! Que seule vaille une interprétation du monde qui vous donne raison à vous, une interprétation qui autorise à chercher et à poursuivre des travaux dans le sens que vous dites scientifique (c'est mécanique que vous pensez, n'est-ce pas?), que seule vaille une interprétation du monde qui ne permet que de compter, de calculer, de peser, de voir et toucher, c'est balourdise et naïveté si ce n'est démence ou idiotie. N'est-il pas probable, au contraire, que la première chose, et peut-être la seule, qu'on puisse atteindre de l'existence, est ce qu'elle a de plus superficiel, de plus extérieur, de plus apparent? Son épiderme seulement? Ses manifestations concrètes? Une interprétation "scientifique" du monde, telle que vous l'entendez messieurs, pourrait donc être une des plus sottes, des plus stupides de toutes celles qui sont possibles (...)
Si l'on mesurait la "valeur" d'une musique à ce qu'on en peut calculer et compter, à ce qu'on en peut traduire en chiffres... de quelle absurdité ne serait pas cette évaluation "scientifique"... (...) »
Extrait d'"Essais et conférences" d'Heidegger.
« Cette phrase: ' La science ne pense pas", qui a fait tant de bruit lorsque je l'ai prononcée, signifie: la sciencene se meut pas dans la dimension de la philosophie. Mais, sans le savoir, elle se rattache à cette dimension.
Par exemple: la physique se meut dans l'espace et le temps et le mouvement. La science en tant que science ne peut pas décider de ce qu'est le mouvement, l'espace, le temps. La science ne pense donc pas, elle ne peut même pas penser dans ce sens avec ses méthodes. Je ne peux pas dire, par exemple, avec les méthodes de la physique, ce qu'est la physique. Ce qu'est la physique, je ne peux que le penser à la manière d'une interrogation philosophique. La phrase: "La science ne pense pas" n'est pas un reproche,mais c'est une simple constatation de la structure interne de la science: c'est le propre de son essence que, d'une part, elle dépend de ce que la philosophie pense, mais que, d'autre part, elle oublie elle-même et néglige ce qui exige là d'être pensé ».
A. Mendiri
Prochain billet, mercredi 30 /01: suite du Cours de philosophie.