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5092 JUSTICE AUTHENTIQUE ET DIGNITE DES PERSONNES

Publié le 06/10/2025 à 05:54 par cafenetphilosophie Tags : sur bonne vie moi monde soi chez fond mode société rose nature demain

Rubrique "Philosophie par les textes". Suite du billet N°5085.

 

Extrait de Philosophie pour tous, Tome IV, A.MENDIRI, Amazon.

 

Prochain billet demain mardi 07 octobre.

 

 

Lors du dernier billet consacré à ce thème, nous avions mené une critique des positions de Calliclès, cet interlocuteur imaginaire de Socrate dans l’œuvre de Platon intitulée « Le Gorgias ». Calliclès exposait une conception de la justice qui consistait à s’appuyer sur la notion de nature au sens biologique du terme. Cette notion de nature ainsi entendue recouvrait donc l’ensemble des qualités natives des individus, que celles-ci soient physiques, intellectuelles et relatives à ce que nous avons coutume d’appeler le caractère. Est juste selon la nature ainsi comprise que le meilleur dispose de la meilleure part et que le droit ou la loi ne viennent pas limiter ou remettre en cause de manière artificielle et arbitraire ces avantages naturels.

Cette idée de nature telle que l’entend Calliclès est passible de deux critiques majeures. En premier lieu, la science contemporaine souligne que les capacités d’un individu quelconque, y compris les capacités physiques, ne relèvent pas que de l’hérédité mais également et surtout du milieu. La nature propose au mieux des dispositions plus ou moins favorables à l’épanouissement de certaines qualités à condition que le milieu éducatif les exploite. Autrement dit, la notion de nature au sens strictement héréditariste n’est pas la source exclusive ni même prédominante des qualités reconnues à un individu quelconque.

En second lieu, la nature humaine telle que la conçoit Calliclès n’est nullement semblable à celle des espèces naturelles. Une fourmi, un éléphant, une rose ne choisissent pas d’être fourmi, éléphant ou rose. Leurs caractéristiques sont fixées par une hérédité stricte et leurs comportements, concernant les espèces animales, rigoureusement encadrés par des savoirs innés qu’on appelle des instincts et qui leur évitent de mettre en danger leur propre espèce comme c’est le cas chez l’homme, qui, dépourvu de ces canalisations naturelles, est en conséquence capable des pires excès.

Bref, de ce point de vue, la « nature » originale et spécifique de l’homme est à même de violer les lois de la sélection naturelle chère à Darwin, à moins que l’on considère que les aptitudes de l’humanité à s’autodétruire illustrent de manière tragique la sélection naturelle en question. D’ailleurs, nous notions qu’il serait plus rigoureux de parler de « condition humaine » que de « nature humaine ». Car toute idée de nature renvoie à des nécessités incontournables. La fourmi, l’éléphant, la rose ne choisissent pas d’être fourmi, éléphant ou rose. En revanche, l’homme choisit d’être ce qu’il a décidé d’être en fonction de ses conceptions du monde et de lui-même.

Certes, Calliclès pourrait rétorquer que cette possibilité pour l’homme de choisir l’idée qu’il se fait de lui-même est une possibilité ouverte par sa nature biologique, par les caractéristiques propres à son espèce. Ce n’est pas l’homme qui a décidé qu’il possèderait un cerveau d’une telle complexité qu’il pourrait tout apprendre et donc que les instincts de ses ancêtres pouvaient et même devaient disparaître.

Mais là encore, cet argumentaire fondé sur l’idée de nature biologique reste incomplet. Car le même raisonnement peut s’appliquer concernant la possession de la raison. Ce n’est pas l’homme qui a décidé qu’il possédait une raison, même si son usage soulève deux problèmes étrangers à la notion de nature biologique. En premier lieu, la raison en question ne peut s’exercer que grâce à un milieu éducatif, à la transmission d’un langage, au développement corollaire de la pensée et donc de la pensée logique.

En second lieu, il convient de préciser le mode d’utilisation de la raison, puisqu’il en existe deux envisageables : soit la raison visant à faire en sorte que notre conduite soit rationnelle et efficace ; soit la raison visant à agir selon des modalités qui préservent notre bien authentique ainsi que celui de la Cité et qui renvoie à la raison éthique. Or, si le premier usage ne soulève aucun problème idéologique puisqu’il s’agit d’un simple usage technique de la raison, le second engage une certaine idée de l’homme. En quoi ?

En effet, être rationnel consiste à conduire une action la plus cohérente possible, la mieux adaptée à l’objectif que le sujet s’est fixé alors que le second usage consiste à être raisonnable, à éviter toute démesure ou tout excès, à réfléchir à son action en vue de servir son bien véritable, étant entendu que faisant cela le sujet sert également l’intérêt commun de la Cité.

Or, l’appréciation de son bien authentique à l’aune des exigences de la raison éthique ne va pas de soi. Il s’agit d’un engagement d’ordre idéologique, d’une certaine conception de la vie. Il est vrai, apparemment, que commettre des beuveries par exemple met en danger la santé et la longévité de celui qui tombe dans ces excès. Pire, il met en cause les intérêts d’autrui, par exemple si la personne en question est chargée de famille ou bien s’il prend la responsabilité de prendre le volant après avoir commis les excès en question.

La condamnation d’une telle conduite repose cependant sur le présupposé qu’un individu se doit d’éviter des excès lui causant certes des plaisirs immédiats mais dangereux pour lui-même et ses congénères. Or, ne peut-il délibérément ne pas préférer de tels excès à une conduite raisonnable ? Ne peut-il choisir une vie courte mais dense en plaisirs extrêmes plutôt qu’une vie plus équilibrée mais à ses yeux sans saveur ? En quoi, à part des raisons morales précises ou traditionnelles, doit-il prendre en compte les intérêts d’autrui ?

Certes, il est toujours possible d’avancer qu’une réflexion bien menée amène le sujet concerné à conclure qu’il est tributaire du bon fonctionnement de la société et qu’il a tout intérêt à contribuer à ce bon fonctionnement. Mais outre que les individus de ce type peuvent toujours se reposer sur la bonne volonté de la majorité de la population afin que cet objectif soit sauvegardé, il peut également adopter comme philosophie de vie le fameux « après moi le déluge ».

Bref, la poursuite du bien authentique chère à Platon ne suffit pas en vue d’assurer l’harmonie sociale et garantir des conduites personnelles raisonnables. Car, en fin de compte cette philosophie fondée sur la raison éthique et sur l’idée du bien se ramène in fine à une forme d’utilitarisme. J’adopte cette conduite non parce que je le dois, mais parce que c’est utile à moi-même et à l’ensemble du corps social.

Dès lors, la raison éthique, celle qui se donne pour objectif le bien privé et collectif ne saurait suffire afin de pérenniser une telle conduite, car tout utilitarisme connaît des circonstances où précisément au nom de l’utilité, il est possible sinon souhaitable de prévoir des exceptions aux principes qui dirigent nos vies.

Il faut donc se tourner vers les exigences de la raison morale, c’est-à-dire la raison qui fait de la personne humaine une valeur indépassable et son respect une exigence qui ne tolère aucune exception. Ce respect absolu de la personne humaine, lié à l’attente d’aucune contrepartie, est le véritable fondement d’une justice qui n’est soumise à aucun aléa des circonstances et qui repose sur l’égale dignité de toute personne et donc sur leur foncière égalité morale. Au fond de la justice authentique se loge donc l’idée d’égalité morale des personnes.