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5934 DESIR HUMAIN, DESIR DIVIN

Publié le 08/08/2025 à 06:05 par cafenetphilosophie Tags : sur gratuit center vie amour monde homme mode mort demain dieu nature message enfant

 

Rubrique "Statut métaphysique de l'homme". Suite du billet N°5927.

 

Extrait de Philosophie pour tous, Tome VI, A.MENDIRI, Amazon.

 

Prochain billet demain samedi 09 août.

 

 

PLATON, Le Banquet

« Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l’est : et en général, si l’on est savant, on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savants ; car l’ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n’ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s’en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d’une chose, on ne la désire pas ». Je demandai (Socrate) : « quels sont donc, Diotime, ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les savants ni les ignorants ? »

« Un enfant même, répondit-elle, comprendrait tout de suite que ce sont ceux qui sont entre les deux… »

 

Le désir constitue une dimension ontologique propre à l’homme. Il n’y a pas de désir sans conscience. Or, seul l’homme possède une conscience ou à tout le moins une conscience suffisamment développée pour être à même de se détacher de ses origines naturelles et de créer une culture, c’est-à-dire un monde spécifiquement humain, un monde produit de la pensée, cette faculté à même de distinguer le possible du réel perçu.

La conscience conduit à un dévoilement de la présence de l’Etre en général et de son être particulier, de sa personne individuelle, de cet être qui peut dire « Je » et qui connaît son identité à travers le temps, qui est mémoire et qui connaît cette mémoire. Or la révélation et de l’Etre en général et de son être se voit indissociable de la révélation de sa finitude. L’homme prend conscience et fait l’expérience qu’il est mortel, prend conscience et fait l’expérience que ses capacités de connaissance ou de compréhension du mystère des choses sont limitées.

Mais le désir qui l’habite et qui le conduit à se manifester comme être de projet, comme être qui se donne en permanence de nouveaux objectifs, de nouvelles raisons d’être, aucun d’entre eux ne pouvant le satisfaire, a pour fondement ce que nous pourrions appeler la valeur de l’Etre. Certes, les esprits chagrins ont tendance à ne prendre en considération que la dimension négative du désir, source d’un manque permanent, source d’une insatisfaction qui ne peut être dissipée. Pourtant le désir n’a de sens que dans la mesure où il témoigne du dévoilement de la valeur de ce qui est.

Que voulons-nous dire par là ? La notion de valeur se confond avec ce qui vaut d’être vécu, qui mérite qu’on lui accorde attention, qui suscite cet élan de vie qui fait que nous sommes passionnément attachés à la vie aussi longtemps que celle-ci nous accorde le privilège de satisfactions, même parfois ténues ou à la limite extrême l’espoir d’obtention de satisfactions que nous avons connues et qui justifie le fait que nous tenions à poursuivre notre parcours au sein de l’Etre. Cette valeur se confond avec ce que nous avons coutume de désigner par le « Bien » par opposition au « Mal » qui renvoie précisément à tout ce qui remet en cause les raisons de notre attachement à la vie, comme le vieillissement, les laideurs de toutes sortes physiques et morales, et in fine la certitude de la mort.

L’existence du « Mal » est considérée comme un mystère, comme une présence ontologique incompréhensible, comme un scandale. L’existence du « Mal » constitue pour beaucoup le témoignage que l’Etre est, non pas dépourvu de valeur ou du Bien, mais dépourvu de sens ou absurde si le non-sens se définit comme étant la victoire du Mal sur le Bien. La mort est inéluctable et liée à notre incontournable finitude. En définitive, le Mal et le non-sens qui lui est associé semblent avoir nécessairement parties liées avec la condition de la finitude.

Le désir conscient est dévoilement de tout cela. Mais en même temps, ce désir conscient est inévitablement traversé par la réflexion, la pensée, la raison. La réflexion philosophique est « Amour » disait Platon, est une dimension particulière d’Eros. Cela signifie que la démarche philosophique ne se réduit pas à un exercice intellectuel froid, détaché des choses mais renvoie à une grande passion, à une quête de la vérité, autrement dit à une quête du dévoilement de ce qui est vraiment au-delà des apparences. Cette grande passion se distingue des autres passions en ce sens qu’elle se voit canalisée, structurée, façonnée par la rigueur de la raison. Mais elle demeure une passion, un témoignage de la valeur de la vie, un témoignage que la recherche de la vérité vaut bien qu’on lui consacre l’essentiel de nos forces.

Or, ce désir réfléchi peut conduire à se demander si ce que nous appelons le « Bien », autrement dit l’ensemble des satisfactions que peut nous apporter l’existence, comme les plaisirs de toutes sortes, la beauté physique et morale, l’amour et en particulier l’amour dit « agapè », celui qui est gratuit, qui n’attend aucune contrepartie, sont nécessaires, évidents ou bien contingents, c’est-à-dire qu’ils sont mais qu’ils pourraient parfaitement ne pas être.

Or, force est de reconnaître que l’Etre pourrait parfaitement Etre et fonctionner sans la présence du plaisir, de la beauté, de l’amour-agapè notamment, bref sans la présence du Bien, sans la présence de ce qui donne une valeur à ce qui est. Des mécanismes purement physiques et chimiques suffiraient au fonctionnement de l’Etre et de ses composants, y compris concernant les êtres vivants. C’est d’ailleurs ce qui se passe pour tous les êtres minéraux et les êtres vivants du règne végétal.

Si nous admettons cela, alors la présence de ce que nous appelons le « Bien » interroge, pose problème, rejoint elle-aussi la catégorie du mystère. L’Etre est pourvu d’une valeur qui rend compte de l’aspiration du désir vers cette valeur et du désir que cette valeur perdure et ne soit pas atteinte par la finitude, bref que l’Etre ait non seulement une valeur mais également un sens. Le désir est tout naturellement désir d’une valeur qui perdure, est désir du sens, est désir d’immortalité.

Le désir soulève donc non seulement la question de la valeur de l’Etre mais également celle de son sens. La valeur de l’Etre est incontestable et ne fait pas l’objet de querelles philosophiques, si ce n’est sur l’usage que nous faisons de cette valeur, de ses différentes facettes et donc concernant les problèmes éthiques que cet usage soulève. En revanche, la question du sens demeure le problème métaphysique majeur autour duquel s’articulent les différents positionnements philosophiques.

Certes que le sens ou le « Logos » soit une réalité ne semble pas, la plupart du temps, poser problème concernant l’Etre dans son unité. Car celui-ci est forcément éternel, sans commencement ni fin, puisqu’il apparaît contrevenir aux exigences les plus élémentaires de la raison que l’Etre ait un commencement, surgissant à partir de rien. Dès lors, la valeur de l’Etre en général est elle-même éternelle et incarne le sens par excellence. La question du non-sens ne se se pose qu’à propos des composantes finies de l’Etre, comme les hommes particuliers, qui semblent irrévocablement enfermés dans leur finitude.

Ce constat ontologique conduit à deux conclusions métaphysiques fondamentales, matrice de toutes les options philosophiques envisageables : soit on admet avec le bon sens que la finitude est indépassable, conformément aux enseignements empiriques apparents ; soit on postule ou on croit que la vérité ne se loge pas à l’hostellerie des apparences, pour parodier Leibniz, et que le Bien aura le dernier mot sur le Mal. Il s’agit là d’une conclusion de nature religieuse.

Cette démarche religieuse peut dépasser le simple acte de foi et trouver une justification ou une interprétation d’ordre rationnel. La dogmatique chrétienne nous semble en fournir les clefs et au-delà la tradition biblique. En premier lieu, cette tradition biblique nous dévoile l’origine de la valeur. Contrairement à la conception grecque rappelée par Platon dans cet extrait du Banquet, l’absolu biblique n’est pas une réalité figée dans son éternité, immobile, incarnant une plénitude parfaite et achevée. Le Dieu biblique se présente comme YHWH, celui qui est, celui plus précisément qui est en train de devenir ce qu’il est à savoir plénitude. Bref, la plénitude s’accroît. Cette plénitude divine est vie, devenir, plénitude qui se dépasse vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude. Ce faisant, l’Etre absolu se présente dans ce dépassement perpétuel de lui-même comme désir de sa propre plénitude.

Ce dépassement divin constitue un désir de nature différente du nôtre sur deux plans : en premier lieu, ce désir crée la valeur de l’Etre, dévoilant par-là l’origine contingente ou non-nécessaire de la valeur de l’Etre, puisqu’il y a tout lieu de supposer que ce dépassement n’est nullement une nécessité ; en second lieu ce désir ne manifeste aucun manque puisque son objet est déjà et à tout moment de l’ordre de la plénitude. Ce désir divin ne fait que manifester la puissance d’Etre liée à sa capacité de dépassement de sa propre plénitude.

En revanche le désir humain traduit un manque, témoigne d’une aspiration à la possession de la valeur de l’Etre et au-delà à l’aspiration à l’immortalité ou à l’absence de terme de cette possession. Cela n’est envisageable que si la finitude peut surmonter ses frontières constitutives de son essence. Cette éventualité ne peut s’envisager que si l’Etre absolu se fait finitude tout en conservant sa plénitude, si l’Etre absolu introduit une forme nouvelle de plénitude, à savoir la plénitude sur le mode de la finitude, bref si l’Etre absolu s’incarne. Seule la dogmatique chrétienne nous propose cette possibilité ontologique dont la validité repose, selon elle, sur la résurrection du Christ au matin de Pâques, témoignage que ce dernier est totalement homme et totalement Dieu et que désormais la finitude peut franchir ses étroites limites ontologiques. Dès lors, si ce message évangélique n’est pas illusoire, le désir humain peut légitimement aspirer à une valeur qui ne connaît aucun terme, peut aspirer partager le sens de l’Etre.