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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
28.01.2026
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Rubrique "Philosophies nouvelles du XX° siècle". Suite du billet N°5005.
Extrait de Philosophie pour tous, Tome VIII, A.MENDIRI, Amazon.
Prochain billet demain vendredi 18 juillet.
La phénoménologie est un courant de pensée du XXᵉ siècle fondé par le philosophe autrichien Edmund Husserl (1859-1938), dans l'optique de faire de la philosophie une discipline permettant à la totalité du savoir d'être absolument fondée. Elle tire son nom de sa démarche, qui est d'appréhender la réalité telle qu'elle se donne, à travers les phénomènes, c'est-à-dire les vécus de conscience. De ce point de vue sa conception de la notion de phénomène diffère de celles de deux de ses prestigieux prédécesseurs. En effet le phénomène chez Kant est relatif à la connaissance que nous pouvons avoir du réel. Il est d'ordre épistémologique. En revanche chez Hegel, dans son ouvrage "La Phénoménologie de l'esprit",le phénomène est la seule réalité. Il a donc une portée ontologique.
Pour bien saisir les raisons qui ont amené Husserl à fonder ce nouveau courant philosophique à travers trois œuvres majeures , les "Recherches logiques "(1900), les "Méditations cartésiennes" (1913), "La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (1936), il convient au préalable de prendre connaissance de sa critique de la science moderne.
Husserl critique ce qu'il appelle le psychologisme, autrement dit une forme de scientisme, car la science empirique accorde à son langage une capacité d'explication ultime du réel. Or ses hypothèses sont provisoires. Le savoir des sciences n'est pas fondé c'est-à-dire établi sur des bases définitives. A cet égard la science empirique se distingue des mathématiques qui demeurent vraies indépendamment de tout savoir empirique.
Or Husserl rêve d'une science absolument fondée, à l'image des Grecs et de la physique mathématique de Galilée et de Descartes qui veut donner des bases certaines aux mathématiques en les ancrant dans le Cogito et la véracité divine.Mais pour Husserl la science moderne ne connaît que les aspects quantitatifs de la nature. Elle oublie le sujet, la conscience, la sensibilité, le monde de la vie. Cela résulte des analyses de Galilée lorsque celui-ci, au XVII° siècle a défini en quoi consistait l'activité scientifique:« On ne peut comprendre l’Univers si l’on apprend pas d’abord à connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles, et d’autres figures géométriques sans l’intermédiaire desquelles il est humainement impossible d’en écrire un seul mot ».
D'ailleurs le philosophe des sciences Lévy-Leblond rappelle les objectifs et les limites de l'activité scientifique pour Galilée et pour toute la science moderne et contemporaine « Pour que les scientifiques soient capables de décrire la nature mathématiquement, Galilée pensait qu’ils devaient se contenter d’étudier les propriétés essentielles des corps- la forme, le nombre, le mouvement- qui pouvaient être mesurés et quantifiées. Les autres propriétés comme la couleur, le son, le goût ou l’odeur, étaient simplement des représentations subjectives, qui devaient être exclues du domaine de la science ».
Les conséquences de cette conception de la science sont considérables. La morale et la question des valeurs, l'art, la philosophie, bref tout les domaines relevant du qualitatif, se voient exclues du champ du savoir; Ils sont rangés dans le subjectivisme et le relativisme. Les sciences humaines elles-mêmes veulent quantifier le sujet et dès lors empruntent les chemins du scientisme. Aux yeux de Husserl il s'agit là d'une trahison de toute authentique science du sujet. Cela entraîne une crise du sens puisque la science se coupe de la source du sens, à savoir précisément le sujet.
Or l'Europe est la seule culture universelle parce qu'elle est fondée sur la raison. Dès lors, le philosophe, en tant que phénoménologue se donne pour objectif d'actualiser l'essence rationnelle de l'homme. Il ne faut pas se tourner vers la nature, objet de savoir purement empirique mais vers la conscience dont le vécu est immédiatement accessible et donc connaissable en toute certitude. Pour Husserl les phénomènes correspondent au vécu de la conscience où être et apparaître coïncident. C'est en ce sens qu'il faut comprendre le "retour aux choses elles-mêmes". En ce sens la conscience est toujours conscience de quelque chose. Mais la phénoménologie ne se confond pas avec une simple description subjective de ses contenus. Elle vise ce qui est essentiel et universel dans le phénomène.
Comment procéder pour dégager l'essence d'un contenu? Il faut opérer des variations imaginaires afin de repérer ce qui remet en cause l'identité de l'objet de conscience. Cela met en évidence les invariants nécessaires à la constitution du sens de cet objet. Ces essences sont "objectives" pour la conscience. Ce type de démarche se distingue de la conscience pratique qui vise l'action et non la connaissance des contenus de conscience. Cette conscience"théorétique" relève de l'exercice de la raison et donc aboutit à des conclusions universelles quant à l'analyse des essences des contenus de conscience.
Il faut donc "mettre entre parenthèses"l'existence même des réalités particulières qui apparaissent à la conscience. Le seul objectif étant de dégager l'essence de ce qui apparaît à la conscience. Cela peut être par exemple une licorne. C'est ce que Husserl désigne par la « réduction"phénoménologique ». Seule la conscience existe absolument, sans être présentée pour autant comme une substance à la manière de Descartes.
Ainsi, Husserl identifie l'être et l'apparaître au sein de la conscience; seul est authentiquement réel et vrai ce qui lui apparaît . Certes la conscience naïve croit que le monde physique existe en-dehors d'elle. Mais pour l'analyse phénoménologique, cette réalité empirique ne présente aucun intérêt puisque le phénoménologue vise seulement l'essence des contenus de conscience.
Dans ce cadre, le sujet véritable n'est pas le moi individuel, mais le sujet transcendantal, c'est-à-dire la raison universelle. De ce fait la nature, autrui, mon propre corps constituent des réalités inintéressantes du point de vue de la phénoménologie. Cela correspond à une expérience pré-conceptuelle, à un vécu encore irréfléchi. Néanmoins mon corps et autrui demeurent des objets singuliers: car je ne suis certes que ma conscience mais également et manifestement mon corps, que ma conscience ne constitue pas. De même, autrui est un objet qui est en même temps un sujet susceptible de me constituer à son tour en objet. Cependant ces réalités n'existent vraiment que dans la mesure où le sujet transcendantal peut les penser.
Mais en même temps le caractère contingent et non nécessaire de ces réalités posent problème, car ce constat semble nier les ambitions de la raison universelle, c'est-à-dire la rationalisation possible de toute réalité. D'ailleurs, le fait que l'avènement de la philosophie se situe dans l'histoire pose la question de savoir si notre idée de la raison universelle est vraiment nécessaire ou bien si elle caractérise la seule civilisation occidentale.
Toujours est-il que la phénoménologie ne se considère pas comme un courant philosophique parmi d'autres mais comme l'authentique reprise du projet philosophique apparu en Grèce et qui s'est ensuite fourvoyé en cantonnant la raison dans les sciences positives. Pour la phénoménologie, son mode d'accès au réel est plus authentique que l'accès purement naturaliste des sciences positives.. Elle se présente comme une super science rationnelle et universelle .
Ainsi la phénoménologie se présente comme étant un idéalisme transcendantal qui évite selon Husserl trois écueils propres à la philosophie rationaliste classique. En premier lieu elle ne tombe pas dans la réification des idées telle que la conçoit Platon. En second lieu, elle ne fait pas de l'âme une substance comme la métaphysique de Descartes. En dernier lieu, elle écarte l'idée d'un réel en soi qui se situerait derrière les phénomènes comme le théorise Kant.
Il n'en reste pas moins vrai que Husserl privilégie la civilisation occidentale au sein de laquelle la philosophie fondée sur le culte de la raison est née et s'est développée. Cet ethnocentrisme est légitime et nécessaire. Cependant il prend ses distances par rapport à une valorisation exclusive de la science moderne et des technosciences qui sont certes assises sur la démarche rationnelle mais qui tendent à exclure du champ du savoir tous les domaines qui ne relèvent pas du quantitatif ou de l'expérimentation possible.
A ce titre, la phénoménologie constitue une famille de pensée qui se distingue de la philosophie analytique et positiviste. Elle prétend reposer sur une méthode universelle avec des conclusions admises par tous. Mais cette prétention est battue en brèche par plusieurs facteurs. C'est ainsi que Heidegger et Merleau-Ponty ont interprété de manière personnelle la démarche phénoménologique sans se plier à la méthode initiée par Husserl. De plus elle se heurte à l'incarnation corporelle et la contingence des situations historiques qui ne permettent pas une démarche exclusivement rationnelle à l'égard du vécu de la conscience, c'est-à-dire de la subjectivité.
Dès lors, ces limites de la démarche rationnelle quant à l'analyse des contenus de conscience conduisent l'idéal philosophique d'ordre rationnel à dériver vers une forme littéraire ou bien à revêtir l'aspect d'une interprétation ou d'une herméneutique de type existentialiste. Le sujet reste dans le temps historique et son monde culturel ainsi que dans son corps. Telles sont les limites de la phénoménologie.