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4850 L'UNIVERSALITE ET LA GRATUITE DE L'ART ET DE LA SCIENCE

Publié le 06/02/2025 à 05:40 par cafenetphilosophie Tags : gratuit center sur vie moi monde coup animal musique travail demain création dieu nature art message pouvoir

Rubrique "Comparaison ART et Science". Suite du billet N°4843.

 

Extrait de Phiosophie Tome VIII, A.MENDIRI, Amazon;

 

Prochain billet demain vendredi 07 féfrier



Les sciences et l’art renvoient à deux dimensions fondamentales de l’existence, le domaine du quantitatf et le domaine du qualitatif. Ces deux activités mobilisent l’imagination créatrice. Dans les deux cas, l’acte de création se caractérise par son imprévisibilité. Ni un contexte culturel, ni une méthode standard ne sont les sources exclusives ou même dominantes des idées scientifiques nouvelles. Il en va de même de la création des œuvres d’art marquantes, car la création artistique se fixe certes des objectifs précis mais les idées du créateur lui viennent au fur et à mesure qu’il crée. Il convient dès lors pour trouver les véritables explications à l’émergence d’idées ou d’oeuvres nouvelles marquant leur époque et bouleversant l’histoire respective de ces deux dimensions de l’inventivité humaine, s’en remettre au talent et au génie d’esprits rares et privilégiés, sans oublier que ce talent ne peut s’épanouir qu’à la suite d’un travail soutenu et grâce, comme le dirait Hegel, à l’ardente passion qui sous-tend toute activité humaine, particulièrement celles qui sortent de l’ordinaire.

Quelles que soient les différences caractérisant ces deux dimensions de la réalité auxquels renvoient les sciences et l’art, ces deux activités incarnent chacune pour leur part une forme de langage spécifique. Cependant, au-delà de leurs différences, ces deux langages partagent un point commun éminent, à savoir ce qu’on désigne par le terme de gratuité, autrement dit par le fait qu’elles restent par essence étrangères à tout intérêt d’ordre vital ou pratique.

C’est ainsi que la recherche fondamentale en sciences ne se soucie nullement des éventuelles applications pratiques des résultats de ses investigations. Il s’agit uniquement pour le chercheur de comprendre les secrets de la nature pour le seul plaisir de connaître. D’ailleurs, il ne peut en être autrement. Les applications pratiques sont inventées quelquefois tardivement et par des techniciens de haut vol qui maîtrisant un contenu théorique, perçoivent en quoi ces connaissances peuvent être mises au service de la vie pratique des hommes. Les théoriciens de la physique des quanta ne pouvaient pas prévoir et encore moins imaginer que leurs découvertes scientifiques conduiraient, entre autres choses au GPS, au smartphone, au laser, à l’IRM etc.

De même, l’activité artistique est-elle éminemment gratuite. En tant qu’êtres de nature biologique, les hommes ont un besoin vital de se nourrir, de se reposer, de se protéger des dangers de la nature, de se reproduire afin de pérenniser l’espèce. En revanche, s’interroger sur le sens de l’existence et traduire cette interrogation existentielle par des œuvres relèvent d’un luxe et d’une absence de stricte nécessité vitale.

Certes, pourra-t-on objecter, la pratique de l’art, que ce soit la création d’oeuvres ou leur contemplation en tant que spectateurs répondent à des besoins existentiels, puisque souvent elles incarnent « ce qui aide à vivre » selon Nietzsche et « la vie sans la musique, ajoute-t-il , serait une erreur ». De même, les applications techniques du savoir théorique conduisent les hommes à s’arracher à leur strict état naturel et vital initial en vue de façonner un monde humain de plus en plus libéré des contraintes naturelles et sociales, et accédant à des possibilités et des formes de jouissance de l’existence inconnues du monde animal. Mais ces nouveaux horizons deviennent toujours plus étrangers aux simples nécessités vitales liées à la simple survie. C’est en ce sens que les sciences et l’art qui en sont les sources lointaines demeurent par essence des activités gratuites, c’est-à-dire des activités étrangères par définition à de telles préoccupations.

D’ailleurs ce qui renforce cette idée concernant l’art c’est qu’une réalisation humaine n’est à vrai dire considérée comme une œuvre d’art que si elle répond à une exigence de gratuité. C’est ainsi qu’un bibelot qui peut avoir des qualités esthétiques, c’est-à-dire des qualités centrées sur le souci de l’apparence, a pour finalité essentielle une fonction décoratrice. A ce titre, il revêt une utilité et n’appartient plus à la sphère pure de l’art. C’est ainsi encore qu’un monument architectural comme une cathédrale gothique par exemple, qui possède une fonction sociale ou plus précisément religieuse, celle de réunir des fidèles en vue d’honorer leur Dieu, n’a d’artistique que ce qui en elle ne présente aucune nécessité pratique, telle la beauté de vitraux ou la composition élaborée d’un portail incarnant le sens d’un message spirituel, et ce sans aucune utilité strictement fonctionnelle. Plotin (II° siècle) proclamait avec braucoup de pertinence que « l’architecture c’est l’édifice la pierre ôtée ».

De ce point de vue, l’artisan qui partage souvent avec l’artiste le souci de la qualité de la forme est plus proche du technicien que du théoricien en sciences. En effet un ébéniste qui réalise une commode de style doit d’abord faire en sorte que ce meuble puisse remplir sa fonction de ranger du linge. La qualité de la forme n’est pas secondaire mais à coup sûr seconde et se voit subordonnée à cette utilité pratique . Etienne Souriau dans « Esthétique industrielle » précise cependant que dans ce type de réalisation, on ne saurait séparer ce qui est « œuvre d’industrie et œuvre d’art ». Il ajoute : « Il est évident ...que les qualités esthétiques...indéniables et parfois très remarquables, d’une automobile, d’un avion, d’un barrage hydrau-électrique, ne sauraient en rien résulter d’ornements surajoutés...elles sont inhérentes à ces choses mêmes...en tant que leur forme... est bien adaptée à la fonction ». Il n’en reste pas moins vrai que ce type d’esthétique est ici au service d’exigences fonctionnelles, même si dans l’absolu le recours à des qualités esthétiques ne relève pas d’une nécessité incontournable.

Le langage gratuit des sciences pures et de l’art revêt deux formes bien distinctes d’universalité. En sciences , il s’agit d’un langage et d’un savoir objectif , vérifié par l’expérimentation et dont le sens est univoque et partageable par l’ensemble de l’humanité. Le langage de la physique moderne et contemporaine est de nature mathématique et, comme tel, ce langage ne peut être compris que par des spécialistes. C’est ce que soutient H. Poincaré« Toutes les lois sont tirées de l'expérience, mais, pour les énoncer, il faut une langue spéciale ; le langage ordinaire est trop pauvre, il est d'ailleurs trop vague, pour exprimer des rapports si délicats, si riches et si précis... elles lui fournissent la seule langue qu'il puisse parler »Néanmoins le sens des équations physiques qui traduisent les théories scientifiques en question peut être traduit en langage usuel, même si ce langage s’appuie essentiellement sur des concepts abstraits, étant entendu qu’une vulgarisation de bon aloi s’aide éventullement d’images afin de mieux en capter le sens et la portée.

C’est par exemple le cas de la physique des quanta, particulièrement éloignée de nos représentations et de nos conceptions du monde usuelles. Son appareillage mathématique est extraordinairement complexe et c’est toujours un sujet d’étonnement de constater que celui-ci permet de comprendre les réalités matérielles qu’il traduit en équations. De telles théoties physiques sont iconoclastes affirme le physicien E. Klein. Difficile de se représenter ou de saisir ce que peuvent bien signifier les états superposés d’une particule avant la mesure ou encore le phénomène d’intrication qui suppose que deux particules infiniment éloignées mais ayant été en contact réagissent de conserve lorsqu’on agit sur l’une d’entre elles. « Calcule et tais-toi » demeure l’expression qui clôt le débat.

En comparaison, l’universalité que l’art véhicule est d’une toute autre nature. L’universalité à laquelle il renvoie concerne ce qu’on appelle le jugement de goût, c’est-à-dire la reconnaissance universelle par les esprits initiés de la qualité des chefs-d’oeuvre. Il s’agit ici d’une universalité non plus objective mais subjective en ce sens qu’elle reste indémontrable et qu’elle échappe à la rigueur univoque du concept.

Chacun admettra facilement que la qualité caractérise de multiples domaines : un grand cru est supérieur à un vin de table ; un vêtement de couturier à un vêtement de prêt à porter ; une automobile de luxe à une automobile de bas de gamme etc. Il en va de même concernant les œuvres d’art. Comment expliquer la reconnaissance universelle des chefs-d’oeuvre ? Kant remarquedans la « Critique de la faculté de juger » que dans ce cas mon jugement est totalement désintéressé : « « Si l’on me demande si je trouve beau le palais que je vois devant moi, je puis sans doute répondre : je n’aime pas ces choses qui ne sont faites que pour les badauds, ou encore répondre comme ce sachem iroquois qui n’appréciait à Paris que les rôtisseries ; je peux bien encore déclamer, tout à la manière de Rousseau, contre la vanité des grands qui abusent du travail du peuple pour des choses aussi inutiles ; enfin je puis me persuader bien facilement que si je me trouvais dans une île inhabitée, sans espoir de jamais revenir parmi les hommes, et que j’eusse le pouvoir par le simple fait de le souhaiter d’y transporter magiquement un tel palais, je n’en prendrais même pas la peine, supposé que je possède une masure assez confortable pour moi. On peut m’accorder tout cela et l’approuver ; toutefois ce n’est pas là la question. On désire uniquement savoir si la seule représentation de l’objet est accompagnée en moi par une satisfaction, aussi indifférent que je puisse être à l’existence de l’objet de cette représentation ».

Ajoutons que le langage de l’art permet de traduire ce qui est singulier dans l’âme du créateur, ce que le langage usuel, dont la finalité est sociale, est impuissant à faire par essence. Certes, le langage de l’art est également éminemment singulier : le créateur appartient à une époque, une culture singulières. Il incarne lui-même au sein de ce contexte culturel une personnalité unique. Mais celui-ci peut réaliser un chef-d’oeuvre qui transcende toutes les époques et toutes les cultures dès lors qu’il est capable de traduire de manière singulière la condition universelle de la condition humaine.

Ainsi, art et sciences incarnent-elles des activités gratuites mais qui partagent une exigence commune d’universalité, universalité de nature objective pour les sciences pures, et de l’ordre du concept et universalité subjective concernant les chefs-d’oeuvre de l’art, qui, relevant de la dimension qualitative de l’existence, échappe au concept et à la démonstration rationnelle.