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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
28.01.2026
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Rubrique "Authenticite des valeurs". Suite du billet n°4765.
Extrait de Philosophie pour tous, Tome V, A.MENDIRI, Amazon.
Prochain billet demain jeudi 21 novembre.
« En effet, rien de ce qui est de droit humain ne saurait déroger à ce qui est de droit naturel ou de droit divin. Or selon l’ordre naturel institué par la divine providence, les réalités inférieures sont subordonnées à l’homme, afin qu’il les utilise pour subvenir à ses besoins. Il en résulte que le partage des biens et leur appropriation selon le droit humain ne suppriment pas la nécessité pour les hommes d’user de ces biens en vue des besoins de tous. Dès lors, les biens que certains possèdent en surabondance sont destinés, par le droit naturel, à secourir les pauvres. C’est pourquoi saint Ambroise écrit : « Le pain que tu gardes appartient à ceux qui ont faim, les vêtements que tu caches appartiennent à ceux qui sont nus et l’argent que tu enfouis est le rachat et la délivrance des malheureux. » Or nombre de ceux qui sont dans le besoin est si grand qu’on ne peut pas les secourir tous avec les mêmes ressources, mais chacun a la libre disposition de ses biens pour secourir les malheureux. Et, même en cas de nécessité évidente et urgente, où il faut manifestement prendre ce qui est sous la main pour subvenir à un besoin vital, par exemple quand on se trouve en danger et qu’on ne peut pas faire autrement, il est légitime d’utiliser le bien d’autrui pour subvenir à ses propres besoins ; on peut le prendre, ouvertement ou en cachette, sans pour autant commettre réellement un vol ou un larcin. »
Lors du dernier billet consacré au commentaire de ce texte de St Thomas d’Aquin, nous nous étions attachés à questionner de manière critique les présupposés philosophiques de cet auteur et qui le conduisaient à interpréter ses sources bibliques à l’aide des concepts de la philosophie d’Aristote. Or un tel choix présentait l’inconvénient, selon nous, de mettre en avant l’idée de nature concernant l’homme et de défendre l’idée d’un « ordre naturel voulu par la divine providence ».
Cette idée de nature est toujours dominante au sein de la théologie de l’Eglise catholique, et ce, dans la mesure où le thomisme est officiellement encore la philosophie qui lui sert de référence. Ce choix explique d’ailleurs une large partie des prises de position disciplinaires concernant la contraception, l’interruption de grossesse, l’euthanasie, l’homosexualité etc. Il conviendrait de respecter « l’ordre naturel des choses » qui, en définitive, correspondrait à l’ordre divin lui-même.
Est-il besoin de rappeler que les textes évangéliques et au-delà l’ensemble des textes bibliques restent soit muets sur ces questions comme c’est le cas pour les Evangiles soit reflètent une tonalité différente concernant les livres mythiques sur la création du monde, en particulier les livres de la Genèse. Certes, l’homme est présenté comme étant le sommet de la création, celui qui doit soumettre celle-ci à sa volonté, qui doit poursuivre l’œuvre créatrice mais cette notion de « nature » que ce soit pour l’homme ou « d’ordre naturel » concernant l’ensemble de la nature ne constituent nullement le cœur du message.
Rappelons tout d’abord que ces textes relèvent de l’ordre du mythe et ne prétendent nullement être des textes descriptifs et objectifs de la création, comme le croient encore un certain nombre de personnes hostiles à la religion et qui ne craignent pas de s’appuyer sur leur ignorance qui s’ignore afin de mettre en concurrence ces mythes bibliques et les théories de Darwin notamment. Il faut dire que certains courants fondamentalistes évangélistes américains militent également en ce sens et alimentent par là-même ce type de confusion intellectuelle.
Car quels sont la portée et le sens de ces textes ? Les lire au sens littéral est d’autant plus absurde que les deux premiers livres de la Genèse sont très différents alors même qu’ils délivrent un même message. Si en dépit de leurs différences, ils ont été retenus par la Tradition, c’est là nous semble-t-il la meilleure preuve qu’ils n’étaient pas considérés comme devant être pris à la lettre.
Ces textes bibliques poursuivent un objectif central : en quoi l’idée d’un Dieu tout-puissant et personnel est-elle une hypothèse ontologique qui permette à l’homme de comprendre le monde et d’espérer surmonter la source du non-sens, à savoir la présence et la victoire apparente du « Mal » ? Pour les auteurs de la Bible, le monde tel que nous l’observons ne peut être son propre fondement ni sa propre source. Sa présence ne peut trouver son intelligibilité qu'en supposant un Dieu tout-puissant et parfait, c’est-à-dire incarnant une plénitude d’Etre où tout Mal soit absent. De plus, Le Mal qui remet en cause tout ce qui fait le sens et l‘intérêt de la vie, à savoir les manifestations du « Bien » doit pouvoir être surmonté, puisque l’homme est créé à « l’image de ce Dieu », libre, créateur, responsable. Dès lors, l’homme est appelé à partager la condition divine elle-même si tant est qu’il accepte de faire Alliance avec ce Dieu, de souscrire à sa promesse et de ne pas se replier sur les seules perspectives ouvertes par la création en s’imaginant qu’il peut par ses seules forces atteindre cette plénitude d’existence à laquelle il aspire.
Ce qui est en jeu c’est donc ce choix ontologique fondamental entre deux conditions : l’homme et la création repliés sur eux-mêmes, sur leurs seules forces, (Ce que choisissent mythiquement Adam et Eve) ; ou bien le choix de l’Alliance avec Dieu et ses perspectives de plénitude authentique. Nous sommes bien loin, selon nous, de l’idée de nature telle qu’on la trouve chez Aristote et qui appartient manifestement à univers culturel étranger à la tradition hébraïque.
En conséquence, la propriété, ses règles, qui relèvent du droit humain doivent être soumises à cet impératif d’ordre religieux, c’est-à-dire à un droit divin, qui, dans l’esprit de St Thomas, fidèle en cela à son maître Aristote, est également un « droit naturel ». Cela signifie que la propriété et le droit qui la régit n’ont rien d’absolu. Leur légitimité repose non sur la seule volonté de l’homme, sur les prétentions à la domination supposée légitime de certains hommes sur d’autres, mais sur l’usage que l’homme en fait : cet usage est-il ou non conforme à la juste répartition des biens et des fruits de la propriété ou bien est-il au seul service de quelques-uns, de leur esprit de lucre, de leur culte de l’argent et du « veau d’or » ?
Remarquons à ce propos que St Thomas ne laisse pas à la « charité » des bien-pensants et fort mal comprise (puisque la charité ne consiste pas selon St Paul à distribuer ses biens ou son surplus aux pauvres mais dans la disposition intérieure où cet acte exprime le désir d’aimer ses frères c’est-à-dire de leur vouloir du bien et non un devoir pour être en « règle » : « Vous aurez beau distribuer tous vos biens aux pauvres, si vous n’avez pas la charité vous n’êtes rien ») le soin d’assurer cette exigence de justice divine. Car les biens de la Terre appartiennent légitimement à tous et donc en cas de besoins non satisfaits par l’injustice humaine ou selon le droit humain, le vol devient possible, légitime et ce, pour deux raisons majeures : en premier lieu, il ne s’agit pas d’un vol du point de vue du droit divin ; en second lieu, cet acte d’insoumission au droit humain est légitimé lorsque ce dernier est ouvertement en violation avec ce qui le fonde ou devrait le fonder, à savoir le droit divin.
Cette analyse n’est pas sans rappeler le préambule de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789 lorsque celui-ci proclame « le droit de résistance à l’oppression » lorsque le droit humain ou positif se trouve en contradiction ouverte avec le « droit naturel ».