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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
28.01.2026
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Rubrique "Questions de société". Suite du billet N° 4745.
Extrait de Philosophie pour tous, Tome I, A.MENDIRI, Amazon.
Prochain billet demain Jeudi 31 octobre.
Lors du billet consacré à ce thème, nous avions montré que du point de vue de la philosophie rationaliste héritée des Grecs du V° siècle av. J.C, inspirée largement par Platon, il n'y avait pas selon nous, incompatibilité entre une orientation sexuelle quelconque et l'institution du mariage. La notion de nature mise en avant le plus souvent pour refuser aux homosexuels la possibilité de fonder une famille en bénéficiant des droits et des devoirs inhérents à l'institution du mariage n'était pas fondée et restait surtout ambiguë, car reposait sur l'équivocité et la complexité de cette notion. Nous comptons d'ailleurs, lors d'un prochain billet, faire le point sur cette notion de nature.
Mais dans l'immédiat, rappelons que pour Platon, il ne s'agit pas d'une nature étroitement d'ordre biologique, mais morale. Les hommes qui acceptent de soumettre leur action individuelle et collective à l'autorité morale de la raison, fonction qui serait naturellement la sienne faute d'instincts, sont conformes à leur nature d'homme. L'orientation sexuelle d'ordre strictement biologique n'a rien avoir avec la définition de la nature ou de l'essence d'homme. La possession de la raison définit l'homme en le distinguant des autres espèces, du singe notamment. Etre hétérosexuel ou homosexuel comme être brun ou blond ou bon ou mauvais mathématicien relèvent de l'"accident" dirait Aristote et non de la nature ou de l'essence de l'homme.
Qu'en est-il du Christianisme qui constitue l'autre fondement de notre civilisation ? Notons en premier lieu que le catholicisme n'a pas le monopole de lapenséechrétienne. C'est ainsi que les anglicans, qui partagent les mêmes articles de foi que le catholicisme au détail près, qui ne s'en distinguent que par leur refus d'être sous l'autorité de Rome, et ce depuis que le roi Henri VIII en a décidé ainsi au XVI° siècle suite au refus du pape de l'époque de rompre son mariage avec Catherine d'Aragon, ne prononcent aucune exclusion vis-à-vis des homosexuels. Des prêtres et des évêques anglicans peuvent se revendiquer de cette tendance sexuelle tout en accédant aux différents ministères de l'Eglise, y compris les plus élevés.
Ces faits historiques interpellent. Ils montrent que l'on ne peut s'abriter derrière l'autorité des textes dits "sacrés", la Bible en l'occurrence, pour exclure du sacrement du mariage ou de l'ordination de prêtres les homosexuels. Dès lors il s'agit ici de défendre une institution au nom d'une tradition et non par rapport au message évangélique.
D'ailleurs, le mariage est un sacrement pour les catholiques, et encore seulement depuis le XIII° siècle (en 1215) et non pour les protestants. Mais peu importe. On peut considérer qu'un acte aussi important que le mariage soit solennellement prononcé et consacré devant Dieu pour des croyants. Toute la question est de savoir ce que les textes évangéliques peuvent nous dire sur cette question du mariage religieux.
St Augustin résumait le message évangélique par cette formule lapidaire et géniale à la fois: "Aime et fais ce que tu veux", la seconde partie de cette expression étant bien entendu soumise aux exigences de la première. Cette formulation était fondée dans la mesure où St Jean l'évangéliste proclame que "Dieu est Amour" et que l'homme est créé "à l'image de Dieu", de telle sorte que celui qui dit aimer Dieu qu'il ne voit pas et qui n'aime pas ses frères qu'il voit est un menteur". Aimer veut dire ici "vouloir du bien" (et non entretenir une relation affective ou privilégiée sur le plan des sentiments avec autrui). Aimer Dieu n'a de sens qu'à travers l'amour de ses frères, tel que nous avons défini l'Amour. Aimer Dieu ne relève pas d'une quelconque "bondieuserie" désincarnée. Cela revient à aimer la vie, les manifestations du "Bien" (plaisir, beauté, amour etc.) dont Dieu est la source libre et gratuite puisqu'il n'y a aucune nécessité qui impose la présence de telles manifestations au sein de l'Etre, ce qui est vraiment au-delà des apparences que l'on peut en saisir.
Autrement dit, les hommes qui se conforment à cette exigence évangélique choisissent d'être à "l'image de Dieu". Il ne s'agit pas ici d'une nature comme chez les Grecs. Car, nous le reverrons prochainement, l'idée de nature, qu'elle soit d'ordre biologique ou moral, suppose qu'il n'y a pas de choix possible afin d'être véritablement homme.
Or, dans le cadre de lapenséebiblique et plus particulièrement évangélique, l'homme peut choisir non pas sa nature mais sa condition. Il peut librement choisir d'être un homme replié sur sa seule humanité, sans relation avec Dieu, absent ou nié, bref de se réduire à la chair (homme total corps et âme) ou bien choisir d'être homme "à l'image de Dieu", c'est-à-dire chair traversée par l'Esprit, par la présence de ce Dieu, en communion avec lui. Il n'y a donc pas une nature humaine mais une condition humaine, c'est-à-dire un choix ontologique à effectuer quant à son statut au sein de lacréation.
Il va de soi que ce choix n'a strictement rien à voir avec une quelconque orientation sexuelle. Quelle que soit cette dernière, la question est de savoir si elle est vécue en accord ou en rupture avec l'"Esprit d'Amour" tel que nous l'avons analysé.
D'ailleurs, qui peut raisonnablement penser que seule l'union d'un homme et d'une femme soit le fondement possible d'un cadre épanouissant pour des enfants éventuels ? Un enfant vivant au sein d'une famille recomposée fondée sur le rejet violent de l'ancien couple ou pire au sein d'une famille parasitée par une mésentente profonde, ou bien encore au sein d'une famille où sévit un père alcoolique, ou bien encore au sein d'une famille monoparentale relativement déséquilibrée et souvent victime de conditions sociales précaires, bénéficie-t-il d'un cadre épanouissant ?
L'Eglise catholique fait donc l'apologie d'une institution et non d'une valeur ou de vertus éminentes. Elle fait l'apologie du couple harmonieux, hétérosexuel, fidèle aux valeurs et aux croyances de l'Eglise. Cela restreint pour le moins l'étendue possible de ce type de couple. Comment pourrait-il servir de norme pour l'ensemble du corps social ?
Ou alors, sa position n'est plus religieuse et normative au nom d'une Tradition et non au nom du message évangélique mais de nature purement anthropologique (l'anthropologie étant cette science qui tente de définir ce qu'est un homme), auquel cas elle réduit le mariage à un ordre strictement biologique (l'hétérosexualité) soumis lui-même à un ordre de valeurs (l'amour évangélique).
De ce fait, des considérations biologiques deviennent la condition nécessaire ou le passage obligé vers l'accès aux valeurs évangéliques. Cela nous semble en contradiction avec le message contenu dans le premier livre de la Genèse où l'homme est invité par Dieu à dominer l'ensemble de la nature, à poursuivre l'œuvre decréation, bref à s'arracher à un ordre purement animal et biologique afin d'édifier un monde spécifiquement humain, étant entendu que ce monde humain trouvera son plein accomplissement dès lors qu'il s'effectuera "à l'image de Dieu".