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28.01.2026
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LE SENS ONTOLOGIQUE DU PARDON
TEXTES :
Livre de Ben Sira le Sage (Si 27, 30 – 28, 7)
Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 14, 7-9)
Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.
Évangile selon saint Matthieu (Mt 18, 21-35)
En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
COMMENTAIRES :
Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis (Ben Sira le sage) ; si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants (St Paul) ; « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi combien de fois dois-je lui pardonner… Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (St Mathieu).
Pardonner les péchés est au cœur de la pensée chrétienne et de la pensée évangélique. Même les personnes les plus étrangères au christianisme connaissent cette formule et parfois s’en gaussent, la trouvant excessive et parfois même injuste.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qu’entend-on tout d’abord par le péché ? Le péché n’a pas d’abord et encore moins essentiellement une connotation morale, assez mièvre à vrai dire. Il ne s’agit pas d’infantiliser les hommes, de les menacer de punition s’ils ne se tiennent pas bien, s’ils désobéissent à un père céleste jaloux de son autorité comme peuvent le faire parfois des parents face à des enfants turbulents et désobéissants.
Le péché consiste tout d’abord à ne pas accorder crédit à la promesse divine d’accéder à une vie divine dès lors que l’on ne se replie pas uniquement sur les frontières de la seule finitude et des satisfactions ou des possibilités que celle-ci offre. Le péché consiste donc à refuser l’Alliance avec Dieu et les perspectives qu’elle offre. Le péché revient à renoncer à son statut de « créature à l’image de Dieu » ou plus précisément d’être convaincu que ce statut est un mirage, une illusion, une impasse, une croyance sans fondement que seuls les plus naïfs peuvent prendre en compte.
En d’autres termes le péché n’a pas un sens moral mais ontologique. La finitude est-elle indépassable ou bien est-on appelé à la surmonter, à accéder à un monde où le Mal, c’est-à-dire les limites et les imperfections de la finitude, se voient éradiqués ? Car tel est le mystère de l’Incarnation, du mystère de Dieu qui se fait homme, qui se fait finitude tout en conservant sa plénitude afin que les créatures et les hommes puissent accéder, s’ils en décident ainsi à la nouvelle forme de plénitude ainsi introduite au sein de l’Être, ce qui est vraiment au-delà des apparences, à savoir la finitude sur le mode de la plénitude.
Pour ce faire, il convient d’abord d’accorder crédit à cette promesse et donc de se convertir, d’avoir cette foi. Mais la foi ne suffit pas. Faut-il encore vivre en étant fidèle à la nature profonde de Dieu, qui est Amour selon St Jean, Amour agapè, Amour gratuit, Amour qui veut du bien à des êtres distincts de lui, qui veut du bien à autrui, qui veut du bien à tous ceux qui partagent la condition « d’enfants de Dieu », et ce, sans attendre aucune contrepartie. Il ne s’agit pas ici d’une exigence morale, mais d’une exigence ontologique. Comment pourrions-nous accéder à une forme de plénitude divine si nous nous ne choisissons pas de nous identifier à la nature profonde de cette nature divine ?
Or, le pardon constitue précisément la forme peut-être la plus haute de l’Amour agapè. Pardonner, c’est prendre en compte les limites et les fragilités de toute forme de finitude et de prendre conscience de nos propres limites et fragilités. Pardonner c’est vouloir effacer ce qui a constitué un obstacle, un empêchement parfois dramatique sur le chemin de la libération de ce qui nous entrave dans notre cheminement à la recherche du bonheur, d’une vie qu’on est appelé à recevoir en abondance. C’est vraiment vouloir du bien pour autrui. C’est vraiment être à l’image de Dieu. C’est aimer par excellence.