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4502 RETABLIR, AMELIORER, AUGMENTER LA NATURE HUMAINE

Publié le 04/08/2023 à 05:58 par cafenetphilosophie Tags : bonne sur nature femmes création animal monde demain enfant center vie

Rubrique "Le transhumanisme". Suite du billet N°4495.

 

Extrait de Philosophie pour tous, Tome VII, A.MENDIRI, Amazon

 

Prochain billet demain samedi 05 août.

 

 

Le transhumanisme est un courant philosophique contemporain qui met tous ses espoirs dans les progrès de la science et de la technique afin d’améliorer voire d’augmenter les capacités naturelles et mentales de l’homme. A vrai dire, même si le mot n’est apparu que très tardivement, à savoir au cours des années 1930, l’idée et l ‘ambition transhumanistes semblent aussi vieilles que la civilisation humaine, si on en croit les premiers écrits de l’humanité et les prolongements qu’ils ont eu tout au long de l’histoire humaine.

Que le mot soit apparu si tardivement ne doit rien au hasard. Les progrès spectaculaires des sciences et de la technique au cours du XX° siècle ouvrent des horizons nouveaux et inimaginables voici peu à l’espèce humaine. Songeons que 99 % des savants que l’humanité a connus appartiennent au XX° siècle. Ces bouleversements se sont particulièrement accentués avec l’invention de l’écriture informatique, donnant naissance à des disciplines nouvelles comme la robotique, les biotechnologies, les nanotechnologies, et surtout l’intelligence artificielle à telle enseigne que nous nous croyons en droit d’affirmer qu’il s’agit là du début d’une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité comme le furent précédemment l’invention de l’agriculture et de l’écriture il y a 7000 ans et la naissance de la science contemporaine et ses conséquences techniques, économiques et philosophiques à partir du XVII° siècle.

Les nouvelles possibilités ainsi offertes à l’humanité conduisent celle-ci à devoir répondre à la question suivante, qui touche à l’identité même de son espèce : peut-elle modifier les caractéristiques de sa nature biologique et les capacités mentales permises par son cerveau naturel au même titre que depuis les origines l’espèce humaine modifie et transforme le milieu naturel extérieur ? Telle est la question centrale et à vrai dire constitutive du transhumanisme contemporain, c’est-à-dire du transhumanisme proprement dit.

Cette question nous amène à distinguer et à analyser trois notions distinctes correspondant à trois verbes différents : rétablir, améliorer, augmenter. Rétablir renvoie à des actes médicaux. Améliorer suppose des dispositions qui accroissent les simples possibilités naturelles de l’espèce. Augmenter conduit à la création artificielle d’une espèce nouvelle et supérieure à la nôtre. Examinons dans le détail ces trois directions ainsi indiquées.

Rétablir correspond, avons-nous dit, à l’activité de la médecine. Il s’agit de rétablir nos facultés naturelles réduites ou suspendues provisoirement à la suite de pathologies particulières. Une telle notion de rétablissement soulève la question de la distinction entre le « normal » et le « pathologique ». Cette distinction très usitée est pourtant contestable. Canguilhem dans son ouvrage « Le normal et le pathologique » en 1951 et le neurologiste allemand Goldstein soulignent que l’opposé de l’état pathologique n’est pas l’état normal mais est constitué par la santé physique ou mentale.

Voici ce qu’écrit à ce propos Canguilhem : « Nous ne pouvons pas dire que le concept de « pathologique » soit le contradictoire logique du concept de « normal », car la vie à l’état pathologique n’est pas absence de normes mais présence d’autres normes. En toute rigueur, « pathologique » est le contraire vital de « sain » et non le contradictoire logique de normal… La maladie, l’état pathologique, ne sont pas perte d’une norme mais allure de la vie réglée par des normes vitalement inférieures ou dépréciées…

Goldstein , pour sa part et à la même époque, va dans le même sens : « Les normes de vie pathologique sont celles qui obligent désormais l’organisme à vivre dans un milieu »rétréci », différant qualitativement, dans sa structure, du milieu antérieur de vie, et dans ce milieu rétréci exclusivement, par l’impossibilité où l’organisme se trouve d’affronter les exigences de nouveaux milieux, sous forme de réactions ou d’entreprises dictées par des situations nouvelles. Or, vivre pour un animal déjà, et à plus forte raison pour l’homme, ce n’est pas seulement végéter et se conserver, c’est affronter des risques et en triompher ».

L’idée de « milieu rétréci » est particulièrement éclairante. C’est ainsi qu’un sujet atteint de troubles mentaux comme une névrose par exemple se voit incapable d’affronter des situations facilement surmontables par un sujet disposant de tous ses moyens. Songeons notamment à la panique incoercible d’ un claustrophobe dans le cas d’une panne d’ascenseur. Notons néanmoins que la notion de santé mentale est encore assez loin de faire consensus parmi les spécialistes de ces questions. C’est ainsi qu’avec la définition de l’OMS (organisation mondiale de la santé) depuis 1946, la santé n’est plus considérée comme l’absence de la maladie mais comme un simple sentiment de bien être, individuel ou collectif.

Ceci explique les violentes polémiques qui peuvent agiter la thérapeutique psychanalytique qui prend pleinement en compte cette conception de la santé et la psychologie comportementaliste qui considère que les mauvais conditionnements affectant un individu doivent disparaître à l’issue du traitement. En somme, pour reprendre notre exemple initial, la claustrophobie n’est pas un simple symptôme d’une maladie psychologique plus profonde et invisible, ce que soutient la psychanalyse, mais la maladie elle-même, ce que défend la psychologie du comportement. Dès lors, les critères de guérison ne sont pas les mêmes pour ces deux écoles psychologiques, la définition de l’OMS de la santé convenant plus particulièrement à la seule psychanalyse.

Quoi qu’il en soit, le but de toute thérapeutique consiste à rétablir les capacités naturelles initiales d’un individu dans son rapport au monde et dans sa capacité d’adaptation à celui-ci. Tel est le cas des lunettes qui, depuis leur origine au XIII° siècle, rétablit la vue selon les normes de l’espèce ; de même les implants dentaires ou capillaires ; les prothèses de toutes sortes ; les greffes d’organes ; les transfusions sanguines ; des médicaments comme le Viagra qui maintient les capacités sexuelles faiblissant avec l’âge. C’est grâce aux progrès de la médecine et de ces diverses techniques thérapeutiques que la longévité humaine en bonne santé est passée de 62 ans en 1951 à 80 ans en 2020. Ce faisant, les progrès de la médecine ne visent qu’à atteindre progressivement toutes les potentialités de l’espèce humaine, potentialités dont on ne mesure pas encore les limites réelles.

De ce point de vue, l’objectif de la médecine, qui consiste à rétablir les capacités naturelles d’un individu ne se recoupe pas avec l’objectif transhumaniste qui vise à améliorer les capacités en question. D’ores et déjà, il existe nombre de pratiques qui vont en ce sens. C’est le cas des techniques de contrôle des naissances ou de la fécondité qui améliorent les capacités spontanées d’un corps ; c’est également le cas des vaccins qui renforcent les dispositions du système immunitaire ; c’est encore le cas de la thérapeutique immunitaire avec l’introduction de gènes en vue de traiter par exemple des cellules cancéreuses ; de manière plus anecdotique c’est enfin le cas de la chirurgie esthétique.

Mais il y a plus. Que dire de l’apparition de l’intelligence artificielle, capable dès aujourd’hui de traiter 97 millions de milliards d’opérations en une seconde, performance infiniment hors de portée des seules capacités naturelles de l’homme ? De manière plus surprenante, il est possible de ranger parmi ces facteurs d’amélioration des capacités de l’espèce humaine une technique désormais presque universellement répandue, à savoir le «smartphone » qui met à notre disposition les connaissances les plus étendues à portée de main et de manière quasi instantanée.

D’autres perspectives d’inspiration transhumaniste visant à « améliorer » l’espèce humaine sont prévisibles à relativement court terme. C’est ainsi que les pratiques eugénistes reviennent en force mais fondées cette fois sur des données ou des techniques scientifiques incontestables. L’eugénisme dit négatif, c’est-à-dire visant uniquement à neutraliser des gènes défectueux, est d’ores et déjà pratiqué pour partie. Il existe des « sécateurs » de gènes qui permettent de remplacer un gène abîmé par un sain. De manière plus systématique,les examens pré-nataux conduisent à des interruptions volontaires de grossesse concernant 97 % des trisomiques détectés.

De manière plus contestable sur un plan scientifique, le milieu jouant en la matière un rôle décisif, les Chinois ont réalisé le séquençage de génomes de personnes ayant un quotient intellectuel élevé afin d’améliorer éventuellement l’intelligence de l’espèce. Enfin, concernant les perspectives susceptibles de prendre corps, il y a tout lieu de supposer que la gestation d’un enfant pourra s’effectuer au sein d’utérus artificiels, épargnant aux jeunes femmes tous les inconvénients d’une grossesse.

Comme nous pouvons le constater, les objectifs d’amélioration de l’espèce poursuivis par les partisans du transhumanisme visent in fine à surmonter les inégalités naturelles et non plus seulement, comme ce fut le cas de l’État Providence après la seconde guerre mondiale en Occident pour l’essentiel, à réduire les inégalités sociales.

Mais les ambitions transhumanistes ne s’arrêtent pas là. De manière prométhéenne, elles visent à augmenter les capacités naturelles de l’homme, sans se contenter de seulement les améliorer. Cette augmentation des capacités naturelles acheminent l’homme vers la création d’une nouvelle espèce et d’une espèce pouvant réaliser les rêves les plus fous de l’humanité, à savoir une espèce immortelle et conservant les attributs d’un corps jeune. Il y a là un glissement du simple transhumanisme, qui se contente d’améliorer les capacités de l’espèce, vers le post humanisme, autrement dit l’émergence artificielle d’une nouvelle espèce. Le post humanisme ainsi entendu fera l’objet de notre prochaine analyse.