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Par Anonyme, le 23.02.2026
Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
23.02.2026
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Rubrique "Nature et impasses philosophiques". Suite du billet N°4493.
Extrait de Philosophie pour tous, Tome VI, A.MENDIRI, Amazon.
Prochain billet demain jeudi 03 août
IDEE DE NATURE ET AVENIR DU CHRISTIANISME
Le transhumanisme, entendu comme volonté de transformer la nature biologique originelle de l’espèce humaine afin de lui faire profiter des apports du savoir scientifique et des progrès techniques ne nous est pas apparu comme un projet sacrilège, scandaleux, forcément dangereux. Certes il peut le devenir. Mais cela relève de la question classique et constante face à toutes les innovations culturelles, de l’usage que l’on en fait et non des innovations en question considérées en elles-mêmes.
Rappelons les raisons et les fondements, c’est-à-dire les justifications ultimes, de cette prise de position. Il ne s’agit pas ici de mettre en avant la constatation fataliste selon laquelle il n’y a pas d’exemples à travers la longue histoire de l’humanité où celle-ci ne s’est pas emparée des possibilités nouvelles qui lui étaient offertes, faisant éclater tous les garde-fous qui leur étaient opposés. Notre position s’appuie sur l’analyse de la nature humaine telle que nous l’avons décrite et qui consiste précisément à être dépourvue de nature sur le plan comportemental, c’est-à-dire dépourvue de nécessités qui s’imposeraient à tous les membres de l’espèce humaine dans l’espace et le temps.
Par ailleurs, cette nature humaine originale ainsi comprise offre à l’homme une intelligence, une capacité créatrice, des possibilités de maîtrise et de transformation du donné naturel sans égales au sein du monde vivant. Autrement dit, l’homme a naturellement vocation à utiliser ces possibilités extraordinaires afin de s’arracher toujours mieux à sa condition d’origine et à exploiter tout le potentiel naturel de son espèce. Telle est ce qu’il convient d’appeler la situation radicalement originale de la condition humaine.
Ainsi l’homme est-il condamné à « inventer l’homme », pour parodier l’expression célèbre de J.P. Sartre, puisque sa nature originelle, contrairement à toutes les autres espèces animales, reste muette en la matière. Dès lors, l’idée que nous nous faisons de l’homme, des valeurs qu’il se doit d’observer, des normes qu’il doit respecter afin d’être véritablement un homme, tel que nous l’entendons, relève de jugements de valeur, de croyances argumentables et non d’un simple constat objectif qui nous obligerait.
A cet égard, nul n’ignore que nous sommes les héritiers culturels du rationalisme Grec du grand siècle et de deux millénaires de christianisme. Ces deux racines historiques ont connu leur prolongement ou plus précisément leur laïcisation au cours du XVIII° siècle, le siècle dit des Lumières et leurs premières applications politiques lors de la Révolution française.
De quoi s’agit-il en l’occurrence ? Les fondateurs de la philosophie au V° siècle av J.C. ont pour la première fois sans doute de l’histoire humaine proclamé l’idée d’humanité, d’universalité de l’homme par-delà toute la diversité des différences culturelles, en faisant de la raison éthique celle qui fixe les fins de l’action humaine, qui contrôle le bien-fondé des désirs et des passions en vue de la réalisation par l’homme de son bien, et ce, en l’absence de tout savoir naturel sur ce sujet. La raison ainsi comprise est commune à tous les hommes et présente, aux yeux de ces penseurs, l’immense avantage de libérer l’homme de la tyrannie de la tradition ou de son caractère purement empirique et devenant parfois injustifié, lui permettant ainsi de déterminer sa conduite par lui-même et non sous l’influence ou l’autorité de quelqu’un d’autre, parents, maîtres d’école, faiseurs d’opinion, religieux de tout poil. Non seulement la raison éthique permettrait d’aboutir à une vérité mais en respectant la pleine liberté de l’homme. Vérité et liberté partageaient désormais une communauté de destin.
Pour sa part, la pensée juive et plus particulièrement la pensée chrétienne, accomplissement de la première selon certains, amenaient l’idée très noble que l’homme avait été « créé à l’image et à la ressemblance de Dieu », ce qui en faisait non seulement un être universel face à Dieu, mais un être sacré si on entend par le terme de «sacré » le fait d’être un « signe » de Dieu. Le christianisme dépassait par- là la simple universalité grecque de l’homme, universalité qui lui conférait sa valeur, en accordant à chaque être singulier le statut d’être pourvu d’une valeur indépassable et donnant ainsi naissance à l’idée de personne humaine telle que nous l’entendons encore de nos jours, c’est-à-dire d’un être incarnant la valeur la plus haute, incarnant une « fin en soi » et pour parodier Kant, un être ne pouvant en aucune façon être représenté comme pouvant se réduire à devenir un « simple moyen » au service d’une cause ou d’autrui.
Ces deux engagements d’ordre philosophique et religieux renvoient bien entendu à des choix délibérés de notre civilisation et en aucune façon à des valeurs objectives dont la vérité s’imposerait à tous les esprits au même titre qu’une démonstration mathématique.
C’est en ce sens que nous pouvons évoquer à bon droit l’idée d’une laïcisation de ces représentations de l’homme au siècle des Lumières, si nous entendons par laïcisation le fait de se situer en-dehors de tout courant religieux particulier en vue de justifier l’action menée. A vrai dire, il ne s’agit en l’occurrence que d’une demie laïcisation, puisque le siècle des Lumières défendait l’idée de « droit naturel », de droit fondé sur une supposée nature humaine, ce qui relève, comme nous l’avons vu, d’un engagement philosophique et non d’une vérité objective. D’ailleurs, à notre époque encore, cette ambiguïté subsiste, notamment dans les présupposés implicites de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Celle-ci ne fait en effet que prolonger et élargir les droits universels proclamés par la Déclaration de 1789 qui faisait état ouvertement des droits naturels de tout être humain.
Ces deux Déclarations consacrent l’idée du caractère inviolable et sacré de toute personne humaine, même si le terme de sacré est pris dans un sens analogique et non dans son acception religieuse. Néanmoins, n’en déplaise à ceux qui veulent fermer les yeux sur les origines lointaines de la valeur suprême de toute personne humaine, celle-ci plonge ses racines dans deux millénaires de christianisme.
Pour saisir pleinement le sens du message chrétien, il convient selon nous de renouer avec le contenu des textes évangéliques plutôt que de s’en tenir aux seules interprétations théologiques qui en ont été faites au fil des conciles qui ont marqué l’histoire de l’Église. Certes, le fait que St Thomas d’Aquin, inspirateur involontaire mais essentiel de la théologie catholique, se fonde sur la pensée d’Aristote, nous semble pertinent mais seulement sur certains aspects. En effet, Aristote ne séparait pas l’âme du corps, âme et corps étant isolément deux abstractions. A ses yeux, il n’y avait pas d’âme sans corps ni corps sans âme, sinon le corps devenait un cadavre, c’est-à-dire un conglomérat provisoire de cellules destiné à devenir progressivement simple poussière. Il n’acceptait le statut d’âme sans corps que pour la la partie supérieure de l’âme qu’il désignait comme étant l’intelligence universelle et impersonnelle, ultime concession faite à la pensée de son maître Platon.
Ce faisant, Aristote rejoignait la pensée hébraïque qui ne distinguait pas non plus l’âme et le corps mais qui introduisait une distinction inconnue des Grecs, à savoir celle de la chair et de l’Esprit, la chair renvoyant à l’homme réduit à lui-même, sans relation avec la transcendance et l’Esprit l’homme religieux, relié à Dieu au sein de son Temple intérieur. Nous comprenons donc les apports d’Aristote à la pensée théologique.
Mais l’essentiel du message évangélique ne se situe pas autour de ces considérations. L’homme est bien une créature à « l’image et à la ressemblance de Dieu » et invitée à ce titre à partager la condition divine telle que le Dieu incarné ou le Christ en est le prototype. Car, selon St Jean l’évangéliste, « Dieu est Amour », Amour agapè, Amour gratuit, amour qui n’attend aucune contrepartie. Si les hommes acceptent de faire Alliance avec Dieu, ils doivent également être « Amour », condition ontologique et non mièvrement morale en vue d’accéder à cette plénitude partagée avec Dieu où tout Mal se verra éradiqué.
En conséquence, faire Alliance avec Dieu compris en ce sens, revient à faire un choix fondamental concernant ce que doit être l’homme pour être pleinement homme appelé à partager la condition divine et à surmonter les limites et les imperfections essentielles de la condition de la finitude repliée sur elle-même, sur sa seule nature. Être habité par cet Amour agapè, par la charité, terme que St Paul utilise pour exprimer cette forme d’Amour (« Vous aurez beau avoir une foi qui soulève les montagnes, vous aurez beau distribuer tous vos biens aux pauvres, si vous n’avez pas la charité, vous n’êtes rien », sous-entendu simple finitude vouée à la mort) éclaire l’idée évangélique selon laquelle l’esprit de la loi, à savoir l’Amour agapè, doit prendre le pas sur l’application aveugle de la loi, autrement dit pour l’essentiel les dix commandements. Les Évangiles proclament de manière révolutionnaire et prophétique que ce n’est pas « l’homme qui est au service de la loi mais que c’est la loi qui est au service de l’homme ».
Dès lors, toutes les options éthiques et morales de l’homme doivent s’étayer non en se référant à une nature biologique divinisée, ni à une loi rigide inapte comme toute loi à prévoir tous les cas de figure, mais à l’Esprit de la loi, à l’Amour agapè : « Aime et fais ce que tu veux », proclame St Augustin dans un aphorisme résumant la bonne nouvelle, c’est-à-dire les Évangiles. Tel est l’avenir du christianisme renouant progressivement avec ses fondements historiques. Tous les interdits actuels de l’Église ne constituent que les scories d’une forme de pharisaïsme, c’est-à-dire de formalisme, destiné à s’effacer peu à peu.