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28.01.2026
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Rubrique "La question du sens". Suite du billet N°4470.
Extrait de Philosophie pour tous, Tome VIII (en cours de rédaction).
Prochain billet demain mardi 11 juillet.
La question de l'existence du sens est sans doute la question fondamentale de la philosophie. Deux éléments semblent avaliser l'hypothèse métaphysique du sens. En premier lieu une réalité quelconque se manifeste comme constituée de formes et d'enchevêtrements de formes. Or toute forme possède des propriétés mathématiques et donc des propriétés transparentes à la raison. Par nature une propriété mathématique quelconque répond aux exigences de la raison, renvoie à la question "pourquoi" dans l'acception "pour quelles raisons".
Certes, il s'agit là d'un sens impersonnel qui parle à la raison dans ce qu'elle a d'universel et non à l'intelligence et à la sensibilité d'un être singulier conscient s'interrogeant pour savoir si la nature, ses lois, ses structures, son devenir possèdent ou non un sens. Pourtant la cosmologie contemporaine relance le débat. Elle ne se contente pas d'énoncer des lois expérimentalement vérifiables, elle renoue avec le questionnement métaphysique le plus ancien, celui qui caractérise la pensée grecque du V° siècle a.v. J. C..
C'est ainsi que la cosmologie du XX° siècle nous apprend que non seulement l'Univers dans son ensemble possède en tant qu'unité des lois spécifiques, constitue un objet physique à part entière mais que conformément aux intuitions millénaires des différentes civilisations, il possède une histoire. Cette découverte rejoint donc les cosmogonies les plus anciennes qui, chacune à leur manière, rendent compte de manière mythique de l'origine et du développement de l'Univers.
Le cosmologiste Trinh Xuan Thuan, dans "La mélodie secrète" met bien en évidence que le déploiement des phénomènes physiques n'est pas quelconque mais obéit à un principe de complexité croissante. Ce processus réglé par l'harmonie d'une dizaine de paramètres physiques permettrait l'apparition de la vie et plus tard de l'intelligence consciente. Les paramètres physiques en question ne souffrent aucune modification numérique, même fort ténue, sinon ni la vie ni l'intelligence n'auraient pu surgir.
C'est ainsi que les différentes forces qui régissent l'Univers observable, que ce soit la force nucléaire, qui assure les liens à l'intérieur des noyaux de la matière, la force électromagnétique qui commandent les réactions chimiques, la gravité qui rend compte des phénomènes macroscopiques, la densité de matière initiale qui n'est ni trop élevée ni trop faible, doivent être tels qu'ils sont pour que l'évolution cosmique trace son cours comme celui que nous observons. Les réglages de ces différents paramètres peuvent être comparés selon Trinh Xuan Thuan" à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 centimètre de côté, éloignée de 5 milliards d’années lumières, la taille supposée de l’univers.
Apparemment, la cause semble entendue. L'Univers possède un sens puisqu'il manifeste une direction précise et que cette direction présente un intérêt puisque plus les réalités qui émergent s'avèrent complexes plus elles incarnent un nombre croissant de possibilités ontologiques.
Mais ce n'est pas si simple. Il est toujours possible de s'interroger de manière critique sur ces manifestations apparentes du sens. En premier lieu les réalités mathématiques ne sont peut-être que des inventions humaines, des productions du cerveau de l'homme moderne, résultat de millions d'année d'évolution régies par le hasard et non des témoignages universels et s'imposant à toutes les formes d'intelligence consciente hypothétiques au sein du vaste Univers. Telle est la position du neurologue matérialiste J.P. Changeux.
En second lieu, il est envisageable de relativiser le sens que semblent manifester les phénomènes cosmiques et leur devenir. Certes cette hypothèse n'est ni naïve ni anthropomorphique. Trinh Xuan Thuan précise bien qu'il évoque un principe de complexité et non un principe anthropique. Il ne dit pas que la direction que prennent les phénomènes cosmiques mène à l'humanité mais seulement à des formes sans doute multiples et variées d'intelligence consciente, dont l'homme est une des manifestations possibles.
Mais il reste envisageable de remettre en cause cette dernière conclusion. C'est ce qu'entreprend par exemple le cosmologiste Alain Barrau. Quelle est son argumentation? Toutes les théories physiques actuelles, qu'elles soient vérifiées comme la théorie de la relativité générale ou la théorie des quantas ou bien les théories spéculatives tentant de synthétiser les deux théories précédentes en une seule théorie comme la théorie des cordes ou la théorie de la gravité quantique à boucles élargissent considérablement les frontières de l'Univers observable en faisant de celui-ci un exemplaire parmi une infinité probable d'Univers différents, régis par des lois différentes. C'est ce qu'on appelle l'hypothèse du multivers.
Or, dit Alain Barrau, s'il y a, comme c'est sans doute probable, une infinité d'Univers différents, rien d'étonnant à ce qu'il y en ait un qui manifeste par hasard l'ordre que nous connaissons au sein de notre Univers. Ce n'est pas le résultat d'un réglage extrêmement précis et voulu par une intelligence universelle, mais la résultante nécessaire du déploiement d'une infinité de combinaisons possibles entre les paramètres physiques. En conséquence, l'ordre que nous connaissons se présente comme une possibilité nécessaire parmi une infinité de possibilités. C'est une chance que nous habitions cet Univers, qui reste le résultat d'un heureux hasard.
Il s'agit là d'un raisonnement métaphysique qui ne va pas jusqu'au bout du chemin. Il semble qu'il soit entaché par le présupposé matérialiste qui conduit à ne jamais s'interroger sur la possibilité du possible, autrement dit sur l'existence d'un ordre tel que nous le connaissons. Car ce qui pose problème, ce n'est pas tant qu'il y ait une infinité d'Univers différents envisageables, mais que parmi cette infinité, il en existe un qui corresponde à un ordre précis. En fait, Alain Barrau pense l'infini sur le mode du fini, autrement dit comme un ensemble de réalités qui n'est pas susceptible de s'accroître, la notion d'infini épuisant les possibilités envisageables. Or cette conception de l'infini semble contradictoire dans la mesure où, par nature, la notion d'infini exclut toute limite et donc présuppose un accroissement sans fin.
Dès lors, comme on le voit la remise en cause de l'idée de sens par Alain Barrau se heurte à des difficultés conceptuelles. Il en va de même par ailleurs concernant les conceptions purement relativistes de J.P. Changeux à propos de la nature des mathématiques. Car si c'était le cas, l'efficacité du langage mathématique structurant les théories physiques ne se comprendrait pas. Faut-il encore que ces réalités mathématiques correspondent à des invariants au sein du réel et donc à ce que nous désignons comme étant un ordre.
Ainsi, la question du sens reste toujours un débat ouvert. Mais à vrai dire les conceptions précédentes du sens, à supposer qu'elles soient retenues, sont incomplètes d'un point de vue ontologique. Car même si nous retenons l'hypothèse que l'Univers dans son ensemble, voire l'histoire humaine en particulier poursuivent une direction et que celle-ci présente un intérêt ontologique, qu'en est-il pour les êtres particuliers et singuliers que nous sommes? En effet, ceux-ci sont mortels et leur existence se heurte à un horizon apparemment insurmontable.
En d'autres termes, se voit soulevée ici la question de la contingence. La contingence renvoie à l'absence de nécessité. Les êtres particuliers que nous sommes peuvent être envisagés comme les incarnations provisoires, éphémères de réalités universelles. En elles-mêmes ces réalités contingentes n'incarnent aucun sens. A certains égards cela correspond à la conception du sens ou du "Logos" telle que la développe Platon et la philosophie rationaliste grecque. De telles conceptions laissent donc en friche la question d'un sens intégral, autrement dit d'un sens auquel les individualités particulières seraient partie prenante. C'est très exactement ce que promet la démarche religieuse en général et plus particulièrement toutes les religions monothéistes en proclamant l'immortalité de l'homme particulier et si l'on en croit St Paul, peut-être l'ensemble de la création, appelée à se dépasser au sein d'une nouvelle création.
Or, il se trouve que les sciences médicales contemporaines semblent ouvrir de nouvelles perspectives en la matière. De quoi s'agit-il? Depuis que nous possédons des témoignages écrits sur l'histoire des hommes sont rapportées des expériences étranges où les acteurs ont l'impression de sortir de leur corps et ensuite d'accéder à un autre monde où ils rencontrent des êtres décédés. C'est le cas notamment dans le mythe d'Er chez Platon mais les témoignages en la matière sont nombreux et divers. La célèbre peinture de Jérôme Bosch "L'Empyrée" au XV° siècle semble rapporter très fidèlement ce type d'expériences.
Les témoignages se sont multiplié depuis les progrès de la réanimation et la publication de l'ouvrage du médecin et philosophe Raymond Moody en 1975 "La vie après la vie". Ces phénomènes étranges surviennent lors d'arrêts cardiaques mais également au cours de méditations profondes ou ce chocs émotionnels notamment. Ce qu'on appelle, peut-être improprement, des sorties du corps où le sujet a l'impression de voir son corps de l'extérieur, d'avoir une vision à 360°, de pouvoir se déplacer à travers l'espace sans ne plus être prisonnier de la pièce où il se trouve, de pouvoir lire dans les pensées des personnes présentes, soulève un problème incontestable puisque les dires des acteurs de ces phénomènes peuvent faire l'objet de vérifications précises; Il ne s'agit donc pas du contenu d'une imagination onirique arbitraire.
Le plus surprenant réside dans la seconde phase de ces phénomènes où les acteurs pénètrent, semble-t-il,dans un autre monde où ils prétendent rencontrer des personnes décédées connue ou inconnues d'eux ainsi qu'une entité lumineuse incarnant "un amour inconditionnel". S'agit-il d'un type nouveau d'hallucinations? Est-il possible d'en retrouver les sources en excitant certaines zones du cerveau? Pour l'heure, de tels phénomènes ne trouvent pas d'explication rationnelle. Ils se heurtent à de fortes résistances de la plupart des médecins et au-delà des autorités religieuses, méfiantes quant aux possibilités d'apporter des preuves à ce qui relève de la foi et non d'un savoir. Il faut dire que ces phénomènes sont rapportés à l'aide d' un langage frisant le merveilleux voire l'infantilisme. Cependant les acteurs eux-mêmes avouent que leur langage est inapte à traduire fidèlement leur vécu.
Toujours est-il que nous sommes là certainement à la veille d'une révolution scientifique concernant le fonctionnement et les capacités de l'activité cérébrale. Car tous ces phénomènes surviennent alors même que le cerveau se caractérise par un électroencéphalogramme plat. A supposer qu'une forme inconnue d'activité cérébrale perdure au-delà de nos capacités à la mesurer, comment rendre compte qu'un cerveau affaibli semble posséder des capacités supérieures à son fonctionnement normal?
Dès lors, il conviendra de répondre à deux questions: sur le plan scientifique, le cerveau est-il le producteur de la conscience ou simplement l'organe qui permet de l'intercepter? Sur le plan spirituel, la survivance de la conscience par rapport au corps deviendra-t-elle l'hypothèse la plus vraisemblable? Si tel était le cas, nous toucherions du doigt l'intégralité du sens. Mais nous n'en sommes pas là. Vivement demain.