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4444 THEOLOGIE CATHOLIQUE ET INFLUENCE DE LA GRECE

Publié le 07/06/2023 à 05:58 par cafenetphilosophie Tags : gratuit center sur vie amour monde chez homme mode femme travail mort histoire demain dieu nature annonce cadre message pouvoir

Rubrique "Nature et impasses philosophiques". Suite du billet N°4437.

Extrait de Philosophie pour tous, Tome VI, A.MENDIRI, Amazon.

 

Prochain billet demain jeudi 08 juin.

 

 

 

La notion de nature est vraiment au cœur des débats qui agitent le marxisme-léninisme et le christianisme, ou plus précisément la théologie catholique en particulier. Nous avons vu précédemment en quoi le refus des marxistes -léninistes de prendre en compte les éléments permanents de l’humaine condition et donc les caractéristiques de l’anthropologie avait conduit ceux-ci à s’enfermer dans un mode d’explication réducteur où seules les conditions matérielles d’existence se voyaient prises en compte, ce type d’analyse éclairant leur échec historique au sein des sociétés dont la gouvernance était inspirée par de telles considérations.

Les erreurs d’analyse concernant la notion de nature se voient également au cœur des difficultés que le christianisme rencontre de nos jours et qui expliquent les incompréhensions qu’elles suscitent chez nos contemporains. Le message évangélique est pourtant limpide, et ses idées clefs s’avèrent faciles à énoncer. Dieu est Amour et comme tel, par son Incarnation au sein de la finitude, offre aux êtres qui font bon accueil à son message et qui se comportent selon les exigences ontologiques qui lui sont propres, à savoir celles de l’Amour, la possibilité de partager la condition divine elle-même. Cet horizon ontologique ne relève donc pas d’exigences platement morales, mais d’une nécessité ontologique. Les êtres de finitude qui désirent accéder à cette condition divine doivent en respecter les exigences ontologiques qui la caractérisent.

L’Eglise a voulu traduire le cœur de ce message, dont les racines plongent dans la tradition biblique et la culture hébraïque, en termes Grecs, c’est-à-dire selon les exigences de la philosophie rationaliste grecque, afin de pouvoir mieux transmettre ce message aux élites intellectuelles de l’Occident. Pour effectuer ce difficile travail d’acculturation, St Thomas d’Aquin a eu recours à la pensée d’Aristote, sans pour autant abandonner complètement les influences néo-platoniciennes assez prégnantes lors des premiers siècles de l’Eglise.

Cette double filiation est à l’origine, à nos yeux, d’une première confusion. Les néo-platoniciens séparent radicalement l’âme du corps et considèrent que l’âme est immortelle, sa véritable patrie s’inscrivant dans un monde céleste. Or l’originalité de la pensée biblique par rapport à la pensée grecque consiste précisément en une représentation de l’homme ignorant cette distinction entre l’âme et le corps. A cette opposition de l’âme et du corps elle substitue l’opposition de ce qu’elle appelle la chair et l’Esprit.

Au premier abord il s’agit simplement d’arguties de langage. Pourtant ce n’est pas le cas. La chair ne renvoie pas au corps. La chair c’est l’homme total, âme et corps indissociables, mais coupé de Dieu ou replié sur la seule condition de la finitude. L’Esprit c’est le même homme mais relié à Dieu par un lien intérieur où il se dévoile en lui la présence de la transcendance. C’est en quelque sorte l’homme religieux par excellence si on entend par religion ce lien qui nous relie à la transcendance.

Comme nous pouvons le constater, cette distinction entre la chair et l’Esprit est complètement étrangère au monde Grec. Certes la chair n’est pas nécessairement coupée de Dieu. La chair incarne l’homme lui-même, celui qui est appelé à ressusciter. D’ailleurs le Credo chrétien évoque la résurrection de la chair et non la résurrection des morts, entendue comme immortalité de ce qui serait permanent en l’homme, à savoir l’âme. Le corps est constitutif de l’homme et un corps sans âme n’est plus un corps mais un simple cadavre. L’homme est chair, c’est-à-dire unité indissociable d’un corps et d’une âme. D’ailleurs la langue hébreu ne possède aucun mot spécifique pour désigner le corps et l’âme comme le souligne Claude Tresmontant. Elle attribue des qualités relevant de l’âme à ce que nous appelons le corps et inversement des qualités relevant du corps à l’âme. Aux yeux des penseurs bibliques, ce qui est condamnable ce n’est pas la chair en elle-même, mais la chair c’est-à-dire l’homme, repliée sur elle-même, repliée sur les seuls horizons de la finitude et ignorant la présence divine.

Dès lors l’influence néo-platonicienne entraîne une première difficulté théologique. Qu’advient-il lorsqu’un homme meurt ? Son âme continue-t-elle à vivre dans un autre monde ? Mais cette croyance ou cette formulation présuppose une distinction entre un corps et une âme. Or la pensée biblique se refuse à envisager un corps sans âme et une âme sans corps. La cohérence avec la culture biblique devrait conduire à supposer, s’il y a survie, que c’est la chair qui continue à vivre mais, à l’image du Christ, sous une autre forme. Car la pensée biblique, contrairement à la pensée grecque conçoit le temps, non de manière cyclique, à l’image de la succession des saisons, mais de manière linéaire, comme une flèche orientée qui va vers le futur sans jamais de retour en arrière, ce qui a pour conséquence ontologique fondamentale qu’émergent au sein de l’Etre des réalités toujours nouvelles et ontologiquement toujours supérieures, car exprimant un dépassement de ce qui précède.

Le passage de la mort à une nouvelle forme de vie, la résurrection en un mot, constitue donc une transfiguration, un dépassement, impensable, inimaginable, inconnu et inconnaissable. Ce dépassement n’aurait pas lieu « à la fin des temps » mais le jour même de la mort. D’ailleurs, sur la croix, le Christ annonce bien au bon larron qu’il sera ce jour même en sa compagnie au paradis.

Or, la théologie chrétienne en général distingue en quelque sorte trois phases : la vie terrestre ; la survie de l’âme après la mort ; la résurrection de la chair à la fin des temps à l’issue du Jugement dernier. Il y a là une source de confusions et nous pouvons affirmer, nous semble-t-il, que le passage de notre monde à un hypothétique au-delà reste un point aveugle de cette pensée théologique. Qu’entendre par l’idée de « fin des temps » ? Est-ce un temps collectif ou individuel ? Comment concevoir la « fin du temps » alors même que nous ignorons métaphysiquement ce qu’est le temps ? Comment concevoir une séparation d’un corps et d’une âme alors même que nous avons affaire à une pensée qui ignore cette distinction ? Selon nous, l’influence néo-platonicienne est à l’origine de ces difficultés conceptuelles.

Cela est d’autant plus étonnant que l’Eglise a choisi Aristote par ailleurs afin de mieux transposer en termes grecs la pensée biblique. Car Aristote ne sépare pas pour sa part le corps et l’âme, même s’il fait une concession à la pensée platonicienne, en réservant à la partie la plus haute et la plus impersonnelle des activités intellectuelles, le privilège exclusif de l’immortalité. Cette non distinction entre le corps et l’âme s’accorde donc avec la pensée biblique.

Cependant les difficultés conceptuelles concernant les emprunts à Aristote se situent sur un autre plan. Aristote fait de la notion de nature un axe central de sa pensée. La nature est ici synonyme d’essence ou de caractéristiques qui définissent et constituent une réalité quelconque et qui, de ce fait, sont immuables et non modifiables. Il existe donc une nature humaine. Les caractéristiques aristotéliciennes de cette nature humaine sont conservées telles quelles dans le cadre de la théologie catholique, celle-ci donnant un statut ou une origine divine aux caractéristiques en question.

Or les caractéristiques de la nature humaine selon Aristote concernent les aspects rationnels et intellectuels mais également les caractéristiques corporelles ou strictement de nature biologique. Œuvre divine au sein de la théologie catholique, ces caractéristiques acquièrent en quelque sorte un statut sacré, si on entend par le terme de « sacré » ce qui est signe de Dieu. En conséquence, il est interdit religieusement d’y toucher, de vouloir les dépasser, les maîtriser, les modifier dans le sens que l’homme, au cours de son histoire et de son entreprise de domination de la nature, souhaitera.

Nous comprenons dès lors qu’une famille ne puisse être conçue, par essence divine, que comme l’union d’un homme et d’une femme ; que le contrôle des naissances ne puisse s’effectuer que dans le cadre de moyens naturels et non par des procédés mécaniques ou chimiques ; que la définition d’un homme possède des fondements étroitement biologiques et que son origine soit actée le jour de la fécondation ; que le processus naturel conduisant à la mort soit respecté jusqu’à sa limite ultime et que les hommes ne puissent décider des conditions de leur fin de vie etc…

Or, cette anthropologie n’a rien, nous semble-t-il, de biblique. Les Evangiles restent muets concernant l’ensemble de ces questions. Mieux, dès la Genèse, l’homme est appelé à conquérir la nature et à exercer son intelligence créatrice naturelle sur elle. La notion de nature immuable est absente des textes fondateurs. Ce qui ressort de ces textes, c’est que l’homme, créé à l’image de Dieu, doit, comme tel, choisir d’être à l’image de la vie divine, c’est-à-dire Amour, Amour agapè, Amour gratuit. Telle est sa vocation.

Qui plus est, face à cette vocation, il possède le choix de choisir d’être replié sur les seuls horizons de la finitude ou bien de faire bon accueil à la proposition d’Alliance avec Dieu ainsi entendu. Son choix montre, s’il en était besoin, que l’homme est dépourvu d’une véritable nature, qui exclut tout choix. Encore une fois, la bactérie, la fourmi, l’éléphant ne choisissent pas d’être bactérie, fourmi, éléphant. En revanche l’homme peut choisir le type d’homme qu’il désire être. En ce sens, il serait plus judicieux d’évoquer une condition humaine plutôt qu’une nature humaine.

Suivre cette voie, renouer avec la pensée biblique et plus particulièrement évangélique, ne constituerait pas un renoncement, une trahison mais tout au contraire serait la marque d’une fidélité salvatrice et qui affronterait les interdits actuels de toutes sortes avec la hauteur de vue, le souffle, la grandeur d’âme, qui seuls honoreraient comme il convient le message libérateur lancé à la face du monde voici plus de deux millénaires.