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4021 VIOLENCE ET NATURE DE L'HOMME

Publié le 31/03/2022 à 06:07 par cafenetphilosophie Tags : image center prix sur bonne vie monde animaux soi animal chez homme fond travail société mort heureux demain nature pouvoir

Rubrique "La violence". Suite du billet N°4014.

 

Extrait de Philosophie pour tous , Tome vII (en cours de rédaction)

 

Prochain billet demain vendredi 01 avril

 

 

La violence est un comportement qui caractérise par excellence la condition humaine. Pour en analyser les causes profondes, il faut donc commencer par s’interroger sur les singularités de l’espèce humaine ou si l’on préfère sur les facteurs anthropologiques qui rendent compte de ses manifestations, l’anthropologie étant l’ensemble des sciences se donnant l’homme pour objet d’étude.

En premier lieu, l’homme se caractérise par l’absence d’instincts, c’est-à-dire de comportements innés, communs à tous les membres de l’espèce et permettant son adaptation au milieu naturel. Certes, l’homme hérite de l’agression animale, qui assure les comportements de prédateur ou de défense d’un territoire afin de se nourrir et régule les rapports sexuels en vue de la reproduction. Les instincts animaux régulent donc les comportements adaptatifs en vue de la survie des individus et de l’espèce et les combats entre mâles en vue de dégager celui qui sera dominant, qui sera seul habilité à se reproduire, n’aboutit que rarement et seulement par accident à la mort d’un des protagonistes de ces combats.

Dès lors, l’absence d’instincts chez l’homme s’accompagne de l’absence de canalisations naturelles en vue de contrôler son agression et d’uniformiser ses comportements. De plus, ce facteur naturel original se voit aggravé par le fait que l’agression humaine non canalisée est de surcroît alimentée par des facteurs culturels, autrement dit par des idéologies, des ambitions, des désirs toujours nouveaux et incessants.

Mieux, l’homme étant un être conscient, il prend conscience non seulement de l’existence du monde mais également de lui-même. Cette prise de conscience entraîne un besoin nouveau, fondamental, irrépressible, à savoir le besoin d’être reconnu par autrui. Le psychanalyste Bettelheim affirme que lorsqu’un individu entretient de mauvaises relations avec lui-même, autrement dit lorsqu’il croit qu’il n’a aucune valeur ou une valeur très insuffisante, il entretient corollairement de mauvaises relations avec autrui. Inversement s’il entretient de bonnes relations avec lui-même, s’il développe une image positive de lui-même il entretiendra de bonnes relations avec autrui. Or, cette image positive ou négative de soi est tributaire du regard qu’autrui porte sur lui.

Ainsi se dégagent trois causes de violences propres à l’espèce humaine : l’absence d’instincts, les facteurs culturels, le besoin de reconnaissance. L’espèce humaine ainsi comprise peut donc commettre les excès les plus inimaginables en matière de violence, mettant en danger la survie individuelle de ses membres mais également la survie des sociétés au sein de laquelle ils se voient insérés. Symétriquement, l’homme est capable d’assumer des comportements héroïques au prix du sacrifice volontaire de sa propre vie en vue de servir les intérêts d’une cause morale, politique, idéologique. L’homme n’est donc pas une espèce animale parmi d’autres mais une espèce radicalement originale.

Les trois causes que nous venons de rappeler n’épuisent pas les origines de la violence humaine. Freud, le fondateur de la psychanalyse, met en avant un autre facteur qu’il juge pour sa part déterminant, à savoir ce qu’il appelle la pulsion de mort. Une pulsion ne doit pas être confondue avec un instinct. Il s’agit d’un besoin indéterminé quant à son objet de satisfaction. Tout homme est traversé à cet égard par une pulsion de vie, de recherche effrénée de satisfactions. Mais selon Freud, à côté de la pulsion de vie cohabiterait une pulsion de mort, autrement dit une pulsion visant à faire du mal à soi-même et à autrui, étant entendu que paradoxalement ce besoin négatif apporte également son lot de satisfactions. Peu importe si les successeurs de Freud, hormis Mélanie Klein, ont considéré que cette pulsion de mort était d’origine culturelle et non naturelle. En tout état de cause, elle doit être prise en compte pour éclairer les comportements humains.

Voici ce qu’écrit Freud à ce propos dans « Malaise dans la civilisation » : « L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données pulsionnelles une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer… ».

Ces constats accablants conduisent Freud à dresser les moyens et les contraintes que la civilisation se voit condamnée à instaurer afin de pouvoir subsister : « Cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l’existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain ; c’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts.Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine. L’intérêt du travail solidaire ne suffirait pas à la maintenir : les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels. La civilisation doit tout mettre en œuvrepour limiter l’agressivité humaine et pour en réduire les manifestations à l’aide de réactions psychiques d’ordre éthique. De là, cette mobilisation de méthodes incitant les hommes à des identifications et à des relations d’amour inhibées quant au but ; de là cette restriction de la vie sexuelle ; de là aussi cet idéal imposé d’aimer son prochain comme soi-même, idéal dont la justification véritable est précisément que rien n’est plus contraire à la nature humaine primitive ».

Les conclusions anthropologiques contemporaines viennent valider et renforcer les analyses philosophiques développées par le fondateur de la philosophie, Platon en l’occurrence. Celui-ci décrit la nature humaine en utilisant les métaphores suivantes : l’homme se compose de trois parties, à savoir le ventre sièges des désirs ; le cœur siège des passions ; la tête, siège de la raison ou de l’intelligence. Il part du principe que « tous tant que nous sommes, nous voulons être heureux » et donc que nous recherchons notre bien. Or, l’expérience de la vie témoigne avec force que les désirs et les passions livrés à eux-mêmes, nous conduisent à choisir des comportements irréfléchis et qui nous desservent. Cela ne signifie pas qu’il faille condamner sans autre forme de procès désirs et passions. Cela signifie que ceux-ci doivent être contrôlés par l’intelligence ou la raison qui a pour mission et fonction naturelle d’évaluer si les désirs et les passions qui nous habitent servent ou non notre bien. Bref, « l’intelligence, dit Platon » doit tenir le gouvernail ».

A ce titre, la raison peut être considérée comme étant l’essence de l’homme, ce qui en fait la spécificité. En somme, la raison humaine se substitue à l’instinct animal en vue de décider en quoi consiste son bien. Bien entendu, il s’agit pour Platon de la raison morale et non de la simple raison logique. Il s’agit de la raison qui commande l’action en vue de notre bien, la raison qui nous rend raisonnable, qui nous protège de tous les excès possibles, de la démesure et de l’hubris et non de la raison qui nous conduit à être simplement rationnel ou logique, en choisissant les meilleurs moyens en vue de réaliser nos désirs ou nos passions. Car l’homme devient véritablement homme lorsqu’il respecte cette hiérarchie naturelle qui consiste à subordonner les désirs du ventres aux passions du cœur et les passions du cœur au contrôle de la raison éthique. Sans le respect de cette hiérarchie naturelle, règne en nous les plus grands désordres. L’homme fait alors ce qu’il lui plaît mais il ne fait pas ce qu’il veut , à savoir servir son bien.

Bref, cette idée de l’homme suppose une grande maîtrise de soi, maîtrise que précisément Calliclès, cet interlocuteur et contradicteur de Socrate dans le « Gorgias », récuse absolument en en faisant la marque des faibles et des imbéciles. Voici un extrait du « Gorgias » illustrant cette dérive possible de l’action humaine. Calliclès : « Comment conçois-tu cette maîtrise de soi-même ? » Socrate : « D’une façon très simple et comme tout le monde : elle consiste à être sage et à se dominer, à commander en soi aux plaisirs et aux passions » ; Calliclès : Tu es plaisant, Socrate : ceux que tu appelles les sages, ce sont les imbéciles ! » Socrate : Comment cela ? Tout le monde peut voir que ce n’est pas d’eux que je parle » ; Calliclès : « Tu parles d’eux très expressément, Socrate. Qui donc, en effet, peut être heureux, s’il est esclave de qui que ce soit ? Non, le beau et le juste selon la nature, c’est ce que je suis en train de t’expliquer sans déguisement : à savoir, que pour bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au lieu de les réprimer, et qu’à ces passions, quelque fortes qu’elles soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son courage et son intelligence, en leur prodiguant tout ce qu’elles désirent ».

Calliclès poursuit en affirmant que ceux qui par moralité apparente s’y refusent, font preuve de ressentiment, attitude qui consiste à critiquer ce que l’on est incapable de réaliser mais dont on rêve au fond de soi : « Mais cela, sans doute, n’est pas à la portée du vulgaire : de là vient que la foule blâme ceux qu’elle rougit de ne pouvoir imiter, dans l’espoir de cacher par là sa propre faiblesse ; elle déclare que l’intempérance est honteuse, s’appliquant, comme je le disais précédemment, à asservir les hommes mieux doués par la nature, et, faute de pouvoir elle-même procurer à ses passions une satisfaction complète, elle vante la tempérance et la justice à cause de sa propre lâcheté… Quand on peut jouir de tous les biens sans que personne y fasse obstacle, on se donnerait pour maître à soi-même la loi de la foule, ses propos et son blâme ? ».

Et Calliclès de conclure : « La vérité, Socrate, que tu prétends chercher, la voici : la vie facile, l’intempérance, la licence, quand elles sont favorisées, font la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces fantasmagories qui reposent sur les conventions humaines contraires à la nature n’est que sottise et néant ».

Pourtant ce refus de la maîtrise de soi, de l’autorité éclairante de la raison en vue de faire son bien véritable est non seulement source d’illusions mais également d’absence de prise en compte de l’intérêt collectif puisque de tels excès peuvent remettre en cause l’harmonie nécessaire à une société et engendrer une forme de violence vis-à vis des autres hommes, comportement inconnu des sociétés animales.

Cette spécificité humaine se traduit par des conséquences politiques et éthiques sur lesquels il faudra nous interroger. Tel sera l’objet de notre prochaine analyse.

A.Mendiri