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Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
21.01.2026
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Rubrique N°67 "Nature et impasses philosophiques". Suite du billet N°3653.
Extrait de "Philosophie pour tous, Tome V," A.Mendiri, Amazon, 09 €
Prochain billet demain 02 avril.
La notion de nature comporte de nombreuses ambiguïtés. D’un point de vue rigoureux, la nature renvoie à toutes les réalités non inventées ou produites par l’homme et son action historique, si, précisément, nous désignons par histoire, ce déploiement du temps spécifique à l’homme et qui voit celui-ci être l’auteur des changements naturels et sociaux qu’il connaît au cours des millénaires de sa présence sur cette planète. A ce titre, l’homme est à la source d’un monde distinct du monde naturel et qu’on appelle le monde artificiel ou de manière plus parlante, le monde culturel.
Certes, l’homme ne se réduit pas à sa condition originale d’être artificiel ou culturel. Il est d’abord un être issu et produit par la nature, aboutissement, peut-être provisoire, d’une longue chaîne d’évolution et de complexité des êtres vivants. Car s’il demeure vrai qu’il est sans doute le seul à posséder la conscience, tout au moins ce degré de conscience qui le conduit à la conscience de soi et du monde, mais également ces facultés que l’on appelle la pensée et la raison, les facultés en question sont d’origine naturelles, permises par l’extraordinaire complexité de son cerveau.
Il en va de même concernant ses autres caractéristiques physiques, en particulier la possession d’une véritable main, c’est-à-dire possédant un pouce pouvant rejoindre les autres doigts, sans compter le système hormonal qui est amené à jouer un grand rôle au niveau de ses comportements.
Pourtant, il est possible et même légitime de nier à l’homme la possession d’une véritable nature concernant précisément ses comportements. Car l’extraordinaire complexité de son cerveau lui donne la possibilité de tout apprendre et en conséquence l’homme se voit dépourvu d’instincts, autrement dit de savoirs innés lui permettant de s’adapter de manière spécifique et non évolutive à son environnement, à l’image de toutes les autres espèces animales.
L’absence d’instincts engendre chez l’homme des possibilités de comportements originaux, puisqu’il est le seul en capacité, pour des causes nobles, de surmonter librement le besoin le plus impérieux, à savoir le besoin de se conserver, mais il est également le seul à pouvoir commettre des excès non limités par des canalisations naturelles. C’est en ce sens que l’homme peut choisir ses comportements même si ces choix sont largement modelés par une éducation et des habitudes culturelles.
Il est dès lors difficile d’évoquer une nature humaine sur le plan des comportements puisque, en la matière, la nature ne lui impose aucune voie particulière, comme c’est le cas pour toutes les autres espèces animales. C’est donc selon une erreur de se référer à la notion de nature pour légitimer des normes comportementales, morales en particulier. Mais c’est également une erreur d’ignorer les caractéristiques originales de la nature chez l’homme afin d’éclairer son comportement social notamment.
Nous avons eu l’occasion d’analyser en quoi ces deux erreurs d’appréciation sont d’une part le fait d’une certaine forme de théologie au sein du christianisme, en particulier la théologie catholique qui s’appuie sur St Thomas d’Aquin, lui-même inspiré par Aristote, pour élaborer sa doctrine morale et d’autre part et à l’opposé l’erreur historique du marxisme d’ignorer complètement les composantes de la nature chez l’homme, notamment le besoin de satisfaire des intérêts individuels, et ce en vue de concevoir un projet politique fondé exclusivement sur le collectivisme et le service de l’intérêt général.
Ces erreurs d’interprétation de ces deux courants de pensée concernant la notion de nature chez l’être humain ne font que rejoindre la cohorte des grands penseurs qui ont se sont égarés dans des considérations erronées en la matière. C’est le cas, comme nous venons de le rappeler des grands philosophes Grecs, en particulier Aristote, qui attribuent à l’homme une essence ou une nature sans le respect de laquelle l’homme ne serait plus digne d’être considéré comme un homme.
C’est ainsi que pour Platon et Aristote, la possession de la raison caractérise l’homme. Certes, formulée de la sorte, cette affirmation est rigoureusement exacte et ne peut être raisonnablement contestée. Cependant la raison dont parle ces deux grands penseurs n’est pas n’importe quelle raison. Car la raison possède deux sens et en conséquence deux fonctions distinctes. Elle peut être simplement le fait de conduire avec ordre et logique sa conduite afin de mieux parvenir à ses fins, en mettant par conséquent la raison au service de ses passions ou de ses désirs, bref d’adopter une conduite dite rationnelle, conduite qui peut servir les causes les plus monstrueuses et les excès les plus inimaginables. Ce n’est pas de cette raison là qu’évoquent les Grecs du grand siècle.
Car pour eux, la raison qui fait qu’un homme est vraiment un homme est la raison qui fixe les fins de l’action, qui contrôle passions et désirs, qui se tient à l’écart de tout excès ou de tout « hubris ». Bref c’est la raison qui caractérise un être raisonnable et non pas purement rationnel. Cette raison est donc normative en ce sens qu’elle délimite des comportements précis, tant individuels que collectifs, qu’elle engendre des valeurs, qu’elle fixe des limites sur lesquelles la nature purement biologique reste muette.
Il est tout à fait possible d’acquiescer à cette vision de l’homme. Mais force est de constater que cette conception n’est pas la seule qui soit possible, et que d’autres choix de vie sont envisageables. La nature purement biologique n’impose rien en la matière. De multiples possibles restent ouverts à l’homme en matière de comportements, de normes à révérer ou même de toute idée de norme à exclure.
C’est en ce sens que JP Sartre pouvait légitimement proclamer qu’il n’y a pas de nature humaine, que l’homme doit inventer l’homme, que l’homme doit choisir librement ce qu’il doit être. Ce constat définit ce qu’il appelle la condition humaine dont les trois points communs consistent à naître sans l’avoir demandé, à vivre avec autrui, et enfin à mourir. Bien entendu, ces choix libres, cette nécessité de choisir le visage qui sera celui de la commune humanité ne traduiront pas un libre-arbitre radical et éthéré mais consistera à adopter une certaine manière d’assumer des déterminismes pour lesquels l’homme n’y est pour rien, comme par exemple les caractéristiques originales héritées de la nature dont nous avons fait état.
Même si l’on peut exprimer des réserves à propos des analyses de JP Sartre, on doit bien s’incliner devant le fait que la nature biologique ou purement héritée de la nature n’impose aucun comportement, aucune image normative de celui-ci. Faire de la raison raisonnable l’essence de l’homme, sa nature même, relève d’un engagement philosophique et non d’une évidence face à laquelle il faudrait s’incliner comme le mathématicien qui est bien contraint de reconnaître la vérité d’un théorème quelconque, suite à sa démonstration, conséquence des raisons, de l’ordre de la raison logique, qu’il avance.
Ainsi, proclamer, comme le font les Grecs du grand siècle, que la raison entendue comme raison au service de fins raisonnables, constitue une norme incontestable, définit l’homme par excellence, est sans doute une vision très noble de l’humanité, mais ce n’est en aucune sorte une vérité devant laquelle tout esprit devrait s’incliner car relevant de faits évidents et incontournables. Il s’agit d’une conception possible de l’homme parmi d’autres.
Cela ne signifie pas pour autant que des caractéristiques naturelles ne doivent pas être prises en compte et que l’homme soit entièrement façonné par son milieu social et sa culture. Une telle conception est aussi dépourvue de légitimité que celle proclamant l’objectivité d’une nature humaine. Dans les deux cas, nous trouvons une forme de déni de la réalité fondée sur des considérations purement idéologiques et non sur une analyse dépassionnée et rationnelle de la réalité humaine.
Nous avons eu l’occasion de montrer combien cette erreur grecque, erreur consistant à affirmer comme savoir ce qui n’est qu’une croyance ou une conception du monde et de l’homme, a pu avoir des impacts négatifs sur d’autres courants de pensée pourtant initialement étrangers à cette culture. C’est particulièrement le cas concernant la théologie chrétienne.
Les confusions induites par la notion de nature ne sont pas l’apanage des grands penseurs grecs, idée de nature rattachée chez eux à la conviction de l’existence d’une transcendance et d’un « logos » ou du sens de l’Etre, entendu comme ce qui est vraiment au-delà des apparences. Elles sont également le fait de pensées contemptrices de cette même transcendance et de l’idée de vérité. C’est ce que nous nous proposons d’analyser lors d’un prochain billet.
A.Mendiri