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315 ART ET GRATUITE.

Publié le 22/06/2012 à 08:26 par cafenetphilosophie Tags : homme vie monde chez création gratuit art animal artiste

 Réédition du billet N° 4 de la rubrique "Art et métaphysique"  

 

   Nous revenons sur ce sujet, tant il nous semble que l'affirmation de la gratuité de l'art peut susciter étonnement, trouble, incompréhension. Chacun sait en effet que nombre de personnes vivent des oeuvres produites, avec d'ailleurs plus ou moins de bonheur, les grands  créateurs prestigieux du passé ayant souvent connu un quotidien difficile pour ne pas dire plus. Chacun connaît également le montant qui peut apparaître extravagant des estimations de grandes toiles de peintres consacrés par le temps. Bref, la notion de gratuité d'un point de vue économique paraît vraiment sans objet et déplacée.

   Bien entendu, nous ne nous plaçons pas sur ce plan lorsque nous affirmons la gratuité de l'art. Est gratuite une activité qui n'est pas strictement nécessaire sur un plan vital. Certes, nous avons ajouté dans les précédents billets que l'art était gratuit dans la mesure où il n'avait aucune utilité pratique. Cette dernière observation peut susciter des réserves ou des objections dans la mesure où il est possible de faire observer qu'une activité permettant éventuellement de gagner sa vie revêt une utilité pratique.

   Allons plus loin: les créateurs trouvent une évidente satisfaction à créer. Réaliser une oeuvre participe à la valorisation du créateur à ses propres yeux sans compter la satisfaction de pouvoir bénéficier de la reconnaissance éventuelle d'un public. De même, pour le contemplateur, tant il est vrai que le plaisir esthétique est sans doute un plaisir à la fois sensible et spirituel des plus raffinés que l'humanité puisse connaître et que l'on peut regretter que l'absence d'éducation aidant, de nombreuses personnes soient victimes d'une inégalité en la matière, l'impossibilité d'accès à l'art étant incontestablement une forme de pauvreté imposée par les circonstances. 

  Dès lors, l'art, que ce soit pour le créateur ou le contemplateur, présentant autant d'intérêts objectifs ou subjectifs, répondant à autant de besoins psychologiques, matériels, spirituels, semble bien éloigné de la gratuité si on entend par là une activité non liée à des   nécessités ou des intérêts vitaux ou à plus forte raison simplement d'ordre pratique.

  L'origine de la confusion tient d'abord à la perspective où on se place afin de juger de cette question. Nous ne nous plaçons pas d'abord, afin de proclamer le caractère non vital ou étranger aux intérêts pratiques, du point de vue d'un individu particulier mais du point de vue de l'espèce, du point de vue de la comparaison qu'il est possible d'établir entre l'homme et les autres espèces animales. L'animal est étranger à l'art. D'abord parce qu'il ne conduit aucune activité créatrice. Ensuite parce que ses seules activités ne font que répondre instinctivement à des besoins strictement vitaux (protection de son territoire, recherche de nourriture, reproduction de l'espèce, défense par rapport à ses prédateurs etc.). Enfin, parce que s'il n'est pas insensible à ce que l'homme considère comme de belles formes lors des parades sexuelles notamment, il s'agit de stimuli commandés par le génie de l'espèce en vue de perpétuer celle-ci et non une émotion esthétique qui précisément a pour caractéristique de nous élever au-dessus des intérêts sensibles ou égoïstes.

   En somme, si l'animal ne cultive pas la recherche, la rencontre,  mieux encore la création de formes dites belles c'est précisément parce qu'il demeure confiné dans l'action et l'action en vue d'intérêts vitaux et  qu'il demeure étranger à la contemplation, à la "théorie" si on prend ce dernier terme dans son sens étymologique et qui signifie précisément "contemplation". L'homme est donc la seule espèce qui peut briser les frontières du vital, du pratique afin de s'élever à un type d'activité qui  est par essence étranger à de telles considérations. C'est en ce sens que l'art est une activité gratuite.

  L'art partage d'ailleurs cette caractéristique propre à l'homme avec la connaissance pure, la recherche scientifique et avec le comportement moral. Certes, il est possible de remarquer que l'activité scientifique débouche à plus ou moins long terme sur des applications pratiques souvent inattendues. Mais telle n'est pas la finalité de cette recherche. Ce sont des conséquences totalement indépendantes de sa finalité première, à savoir connaître pour le plaisir de connaître. D'ailleurs, cela conduit l'opinion publique à douter de l'"utilité" de la recherche sur le comportement de telle ou telle particule élémentaire par exemple quand ce n'est pas également le cas de responsables politiques, par ignorance ou par opportunité.

   De même, l'authentique acte moral reste étranger à tout intérêt bien compris, à toute contrepartie attendue de notre comportement. Certes, des disciples zélés du célèbre La Rochefoucauld (XVII° siècle) laisseront entendre que nous éprouvons une secrète satisfaction à nous comporter de manière vertueuse, oubliant au passage les sacrifice consentis et les facilités volontairement écartées.

  Ainsi, la gratuité, autrement dit la capacité et la possibilité même de s'élever au-dessus des seules considérations immédiates, pratiques, vitales demeurent-elles une marque d'identité de l'humanité. D'ailleurs, si nous revenons à l'art, cette activité en témoigne doublement. D'abord sur le plan de l'acte créateur. Contrairement à l'artisan par exemple, l'artiste n'a pas à se soucier de l'utilité pratique de sa réalisation. L'artisan réalisant une commode, doit certes, s'il s'agit d'un meuble de qualité, observer un certain style et être attentif à la beauté éventuelle du meuble en question. Mais il s'agit là d'une préoccupation non pas secondaire mais seconde. En premier lieu la commode devra être telle que l'on puisse y ranger du linge. Même chose à propos de réalisations industrielles, dans l"automobile ou l'aviation par exemple, sensibles à la qualité esthétique des formes proposées. Celles-ci seront subordonnées à des impératifs pratiques. La forme de l'automobile devra être telle qu'elle est certes séduisante mais surtout qu'elle permette une meilleure pénétration dans l'air afin d'économiser du carburant. De même pour l'art du "design".

  En revanche l'artiste se voit complètement affranchi par rapport à de telles préoccupations. En ce sens, il crée un monde imaginaire totalement libéré de telles contraintes pratiques ou vitales. Son acte créateur en est imprégné puisqu' il ne crée pas en fonction d'exigences préétablies mais les idées lui viennent librement au fur et à mesure qu' il crée. La gratuité de l'oeuvre à entreprendre conduit à caractériser ainsi la spécificité de l'acte créateur.

   De même pour le contemplateur. Celui-ci, face à une oeuvre qui le fascine, qui éveille en lui une émotion esthétique, s'élève au-dessus des ses préoccupations sensibles et pratiques habituelles. Il pénètre au sein d'un monde spirituel, un monde qui plus précisément se caractérise par l 'alliance indissociable de la sensibilité et de la spiritualité, du corps et de l'esprit. Il s'arrache au monde habituel centré entièrement sur les nécessités vitales ou les besoins purement sensibles. Un nu pictural de qualité n'éveillera plus chez lui des désirs sensibles mais des émotions qui s'adressent d'abord à l'esprit, qui sollicitent sa capacité d"émotion esthétique, sa capacité à pénétrer au sein d'un monde inconnu de l'animal. L'art est bien une activité gratuite