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305. L'ETRE ET LE TEMPS.

Publié le 12/06/2012 à 09:04 par cafenetphilosophie Tags : automne image vie moi monde homme chez histoire dieu nature mort cadre pensée hiver cadres

Suite du billet N° 302.

 

   Aussi étonnant que cela puisse apparaître, le temps est une énigme. Il est pourtant clair que le temps renvoie à une réalité banale, commune et apparemment fort claire. Le temps vécu comporte trois dimensions, le présent, le passé, le futur. Le temps indiqué par nos montres semble mesurer  et structurer les évènements vécus quotidiennement. Il est le lieu des naissances, des attentes, des projets, du vieillissement, de la mort enfin. Bref le temps semble une réalité bien connue et sur la nature de laquelle peu d'hommes sans doute s'interrogent, notre souci portant ordinairement sur la fuite du temps, c'est-à-dire davantage sur notre destin et notre finitude que sur le temps par lui-même.

   Le libellé du présent billet "L'Etre et le temps" évoquera sans doute chez certains lecteurs  initiés à l'histoire de la pensée philosophique le célèbre ouvrage d'Heidegger (XX° siècle). Précisons tout de suite qu'il ne s'agit pas ici de commenter cette oeuvre même si nos interrogations sur le temps et ses rapports avec ce que nous appelons l'Etre, c'est-à-dire ce qui est vraiment au-delà des apparences, ne seront pas étrangères au questionnement du philosophe allemand.

   Qu'est-ce que le temps? Lorsqu'on ne me le demande pas, je le sais , dit St Augustin; lorsqu'on me le demande, je ne sais plus. Autrement dit, la "connaissance " du temps est plus intuitive que rationalisable. Ou plus précisément, le temps que je crois connaître est un temps pratique, un temps conventionnel, celui de nos montres d'une part, celui qui est vécu de manière fort diverse en fonction de nos désirs, de nos craintes, de nos joies, de nos peines etc. Le philosophe français Jankélévitch disait plaisamment à ce propos: "Comment est-il dieu possible que l'on puisse faire des années si courtes avec des journées si longues!" Car, comme nous le vivons tous, le temps de notre univers intérieur est structuré par nos affects. Le temps de nos joies passe très vite; celui de nos attentes, de nos angoisses, de nos peurs n'en finit plus de s'écouler. A vrai dire ce temps de nos affects correspond davantage à ce que nous désignons par la notion de "devenir", cet écoulement continu qui faisait dire à Héraclite, ce philosophe grec du VI° siècle av. JC "qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", précisément parce que l'eau court, se renouvelle, n'est jamais la même.

  Certes, ce temps vécu, ce temps subjectif n'a pas le caractère rythmé, rigoureux, immuable de nos montres. Pour la vie sociale, seul ce temps compte et structure nos activités, loin des fantaisies et des variations de nos vécus subjectifs. Pourtant, une réflexion sur ce temps de nos montres souligne déjà son caractère énigmatique. Et ce, pour deux raisons: la première, c'est que nos mesures du temps sont purement conventionnelles; c'est ainsi q'une année correspond à la rotation de la Terre autour du Soleil; une journée à la rotation de la Terre sur elle-même; en second lieu et corollairement, il n'y a pas à vrai dire d'unités spécifiques au temps puisque celui-ci ne se mesure que par rapport à des unités d'espaces parcourus.

  Enfin, pour revenir à la remarque initiale de St Augustin, le temps échappe aux emprises de la raison, à ses tentatives de définition claire. En effet, dois-je dire que le temps c'est l'ensemble de ce qui est passé, de ce qui est ici et maintenant et de ce qui sera ou qui commence d'ores et déjà à être? Rigoureusement, le passé n'est plus; le futur n'est pas encore. Seul le présent semble exister. Mais qu'est-ce que le présent? Est-ce l'instant? Mais combien dure un instant? est-il possible d'en délimiter les contours ne serait-ce que par rapport à notre structure biologique, à la capacité de réception de nos organes sensoriels? Cela semble difficile pour ne pas dire artificiel. A vrai dire l'instant est une réalité abstraite, l'équivalent du point dans l'espace. C'est un mot, pratique pour nous faire comprendre dans la vie courante ou un concept sans contenu concret. Si tel est le cas, si l'instant est une abstraction et si le présent se définit par l'instant, alors il semble que le présent n'ait aucune véritable réalité.

   Dans ce cas, seuls doivent être pris en compte pour évoquer le temps, ce qui vient juste de se terminer et ce qui vient juste de commencer à advenir. Mais à quoi correspond l'expression "ce qui vient juste de"? N'évoque-t-on pas deux dimensions, l'une passée qui n'existe plus et l'autre qui n'est pas vraiment encore? Bref, impossible, apparemment, de rationaliser le temps. Bergson (XX° siècle) préférait parler de "durée" que de temps, cette notion de durée renvoyant à un écoulement qu'on ne peut diviser, séparer, délimiter que de manière arbitraire et artificielle. Le temps ainsi conçu est donc une notion irrationnelle, entendue comme une notion non pas contraire à la raison (c'est le cas par exemple d'une superstition, qui est contraire à ce que nous dit la raison, mais dont on peut donner les raisons de son existence) mai une notion étrangère à la raison, comme peut l'être une qualité sensible comme une couleur. Car aucun mot, aucun concept ne permettront à un aveugle de naissance de se représenter ce qu'est une couleur.

  Si le temps est un constat qui échappe à la raison et ses tentatives de définition, remarquons qu'il en va de même de l'Etre en général et de sa présence. Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien, demandait Leibniz (XVII° siècle)? La raison reste muette. Cela lui échappe. Il semble en aller de même concernant le temps. Le temps s'éprouve, il ne se prouve pas.

   Pourtant, nous vivons dans le temps. Le temps nous affecte. Il affecte tous les phénomènes qui se manifestent à un sujet conscient. Il n'est pas une simple invention de l'imagination, cette "folle du logis" disait Malebranche (XVII° siècle). Ce que nous n'arrivons pas à concevoir clairement, c'est plutôt le devenir ou la durée, c'est-à-dire la chair du temps, son vécu, ses aspects qualitatifs. Mais nous pouvons tenter de nous représenter le temps comme réalité structurante des phénomènes qui se produisent dans le monde, comme réalité qui peut se mesurer, se quantifier.

  De ce point de vue, le temps quantifiable intéresse au premier chef l'activité scientifique. Ce cadre général des phénomènes a fait l'objet de plusieurs conceptions très différentes. La plus commune, celle correspondant à la fois à la physique clasique de Newton, celle qui prévalait au XIX° siècle et au bon sens, consistait à faire du temps et de l'espace les contenants vides  de la matière. Si par un coup de baguette magique, je supprime toute la matière de l'univers, il reste le temps et l'espace, c'est-à-dire deux réalités distinctes de la matière. Ou bien, j'affirme comme Leibniz qu'espace et temps ne sont jamais que les relations existant entre les phénomènes ici et maintenant concernant l'espace et leurs relations de succession concernant le temps. Espace et temps n'ont aucune existence autonome. Si un magicien fait disparaître la matière, il fait disparaître par la même occasion les relations spatiales et temporelles entre les phénomènes et il ne reste plus rien.

  Plus originale est la conception de Kant. L'espace à trois dimensions et le temps comme processus irréversible allant du passé vers le futur ne correspond pas à des réalités objectives mais simplement à une structure subjective propre à la perception humaine. Cela ne signifie pas qu'espace et temps n'existent pas à l'extérieur de moi cela signifie qu'ils m'apparaissent  tels que la structure propre au sujet humain l'autorise. Ce sont des cadres innés ou a priori (avant tout contact avec un  réel quelconque) qui structurent la perception humaine et me fait apparaître le monde d'une certaine façon, d'une façon humaine. En-dehors de cette manière de percevoir propre à l'espèce humaine, le sujet ignore ce qu'il en est de la réalité telle qu'elle est dans l'absolu. Cette réalité "en soi" est inconnaissable. Dans ce contexte, espace et temps tels que je les connais ne sont plus des réalités objectives extérieures à moi, mais des réalités seulement subjectives structurant le réel de manière humaine.

   Mais au-delà de ces conceptions générales à propos de la nature exacte du temps, se pose également la question du sens éventuel de son écoulement. La plupart des civilisations considèrent que le temps est cyclique, c'est-à-dire qu'il s'écoule à l'image de la succession des saisons naturelles: il y a le printemps, l'été, l'automne , l'hiver puis à nouveau le printemps. De même concernant le monde dans sa globalité: il a un commencement, se développe, meurt puis renaît, de manière sinon identique tout au moins de manière semblable. Telle est la conception notamment de l'Hindouisme et du Bouddhisme.

  Or, notre conception du temps en Occident est l'héritière de celle des Juifs qui les premiers, semble-t-il, ont inventé le temps linéaire, celui qui s 'écoule de manière irréversible du passé vers l'avenir en apportant toujours du nouveau, sans jamais revenir à un point de départ. Ce temps linéaire a donné naissance ultérieurement à l'idée de progrès, à l'idée d'une histoire, c'est-à-dire de changements dont l'homme est l'auteur, et ce sans véritable terme.

  Il nous faudra donc approfondir les conséquences à tirer de cette première approche du temps et revenir sur ce que semble nous apprendre la science contemporaine (billet N° 302) afin de réfléchir de manière encore plus rigoureuse sur les relations que peuvent entretenir ces deux notions d'Etre et de Temps.