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20.01.2026
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Rubrique "Nature et impasses philosophiques". Suite du billet N°3414.
Extrait de Philosophie pourtous, Tome VI, A.Mendiri, Amazon 06 €
Prochain billet demain mardi 04 août
Nous avons vu lors des billets précédents combien la notion de nature a fait l’objet, selon nous, de mésusages au cours de l’histoire de la pensée occidentale. D’où proviennent ces mésusages ? L’idée de nature recouvre l’ensemble des réalités non créées par l’homme, autrement dit toutes les réalités minérales, végétales, animales, y compris l’homme puisque celui-ci est incontestablement un produit de la nature dans la mesure où ses caractéristiques physiques sont dues à un héritage chromosomique qui dessinent les propriétés de son espèce et pour lesquelles il n’est pour rien. Toutes ces considérations relèvent de ce que les logiciens appellent des jugements de faits.
Or, la première source de confusion à propos de cette notion vient du fait que les caractéristiques naturelles de l’homme s’avèrent originales et en rupture avec celles des autres espèces animales. Il est difficile de contester que le monde vivant possède des propriétés nouvelles par rapport au monde matériel et inanimé. Les éléments de la matière inerte ne possèdent pas d’espace propre unifiant de manière indissociable ses composants, ne possèdent pas la capacité de se reproduire ou d’assimiler des composantes du monde extérieur afin de les transformer en vue du maintien et du renouvellement de leur forme spécifique et des caractéristiques de leur être. Cela est le propre du vivant et ces propriétés nouvelles émergent à l’issue d’un degré suffisant de complexité dans l’organisation de la matière.
De même, les espèces vivantes végétales ne possèdent pas de système nerveux central leur procurant une forme de sensibilité vis-à-vis du monde extérieur et une capacité d’analyse des informations provenant de ce monde extérieur afin de mieux s’y mouvoir et s’y adapter. Cela est le propre des espèces animales.
Or, cette montée vers la complexité conduit à un moment donné à l’émergence de ce que l’on convient d’appeler la « conscience ». Certes, une telle formulation soulève au moins deux questions d’ordre métaphysique toujours à ce jour irrésolues : la conscience caractérise-t-elle seulement l’espèce humaine ou bien celle-ci ne se distingue-t-elle des autres espèces que par le degré de conscience qui l’habite ? En second lieu, la conscience n’est-elle que le produit du cerveau et de son organisation au même titre que les cellules hépatiques produisent la bile ou bien le cerveau n’est-il qu’un organe suffisamment complexe pour pouvoir capter la conscience, comme notre téléviseur est en capacité de capter des sons et des images ? A ces deux questions capitales sur le plan ontologique, ni la science, ni la philosophie n’apportent pour l’heure de réponses assurées. Nous quittons là les simples jugements de faits pour entrer dans la sphère des croyances et des engagements philosophiques particuliers.
Ainsi, s’il reste vrai que l’homme demeure inscrit dans la nature, les caractéristiques de cet héritage naturel soulèvent des problèmes philosophiques considérables. C’est là le premier écueil lorsque l’on veut aborder cette question de la nature chez l’homme.
Mais ce n’est pas le seul. En effet, quelle que soit la réalité ou non de la discontinuité entre les autres espèces animales et l’homme, il n’en demeure pas moins vrai que celui-ci est porteur de caractéristiques naturelles originales et uniques. C’est ainsi que la complexité de son cerveau est telle qu’il semble capable de tout apprendre et qu’en conséquence la sélection naturelle n’ait plus retenu pour lui des instincts, autrement dit un savoir inné lui permettant de s’adapter à son environnement et de s’intégrer harmonieusement au sein d’un écosystème.
Or, les instincts ainsi entendus commandent chez les autres espèces animales les comportements qui seront le propre de chaque espèce. Comme nous l’avons à plusieurs reprises souligné, la bactérie, la fourmi, l’éléphant ne choisissent pas d’être bactérie, fourmi, éléphant. Ce n’est pas le cas concernant l’homme. Son hérédité ne lui commande aucun comportement précis. Ses comportements, sa manière d’être homme seront l’expression d’une nécessaire éducation.
Certes, le système hormonal, et donc des caractéristiques physiques, continuent à jouer un rôle et même un rôle important. Cependant le champ d’influence de ce système hormonal se voit tributaire des limites fixées par l’éducation, ces limites étant bien entendu plus ou moins intériorisées. Il n’en reste pas moins que l’influence du corps est encadrée et façonnée par des habitudes culturelles, l’habitude, a-t-on coutume de dire, constituant une seconde nature.
Ainsi, les comportements humains ne proviennent-ils pas de la nature biologique de manière rigide, stéréotypée, uniforme mais de la culture, c’est-à-dire de ce monde artificiel qui constitue une civilisation, avec la diversité engendrée par les lieux et les époques que cela suppose. La nature de l’homme, en matière comportementale, se caractérise par le fait d’être dépourvue précisément de nature, autrement dit de caractéristiques nécessaires s’imposant à tous les membres d’une espèce.
Cette indétermination comportementale naturelle, c’est-à-dire autorisée par ses caractéristiques biologiques, peut conduire l’homme à des comportements extrêmes , que ce soit l’héroïsme consistant à surmonter son besoin le plus impérieux , à savoir celui de se conserver, lorsqu’une cause supérieure lui semble devoir y conduire, ou à l’opposé à des monstruosités sans limite pouvant mettre en danger son individualité mais également et surtout son espèce même ou le corps social au sein duquel il inscrit son action, toutes choses inconnues dans le monde animal où l’instinct et le besoin de conservation de l’espèce fixent des limites utiles en la matière.
La description de la situation originale de l’homme en matière de comportement relève des jugements de fait. Mais en même temps cette situation engendre des jugements de valeur concernant les comportements jugés dignes d’être appelés véritablement humains. C’est ainsi que les philosophes rationalistes Grecs du grand siècle, Platon et Aristote pour l’essentiel, ont avancé de manière tout à fait sensée, que faute de savoir naturel ou inné de nature biologique, l’homme disposait d’une faculté, la raison, lui permettant de dégager ce qu’il doit faire en vue de réaliser ce qui est son but ultime, à savoir faire son bien.
La raison en question, celle qui fixe les fins de l’action, qui soumet à son contrôle critique les désirs et les passions, peut se substituer à la tradition inculquée par le milieu social afin de déterminer les comportements humains. Cette conception très noble de l’homme possède le double avantage d’aboutir à des conclusions communes pour tous les hommes et surtout à se défaire de l’emprise parfois tyrannique et irrationnelle de la tradition, puisqu’ une bonne utilisation de la raison permet à un sujet quelconque de déterminer par lui-même ce qu’il doit faire afin d’être vraiment un homme et servir son bien.
De ce fait, se dégage une forme de vérité et d’universalité des comportements humains, ceux qui s’en écartent pouvant être qualifiés, a contrario, d’inhumains. Bref, la raison, qui est le propre de l’homme, serait la source et le fondement d’une conception universelle de l’homme et de sa nature profonde.
Cependant, force est de constater que cette fonction attribuée à la raison et des conclusions qui en découlent ne répondent à aucune nécessité, les nécessités qui précisément définissent la notion de nature en général. Il est loisible de considérer qu’être raisonnable, à l’abri de tout excès, quel que soit la nature de cet excès, n’est jamais qu’un libre choix d’un individu quelconque appartenant à la sphère de l’humanité. Car un tel choix n’est pas le seul possible de par la nature de l’homme qui ouvre tous les possibles, et qui se caractérise par l’absence de nécessités en matière de comportement et donc par l’absence de ce qui doit être considéré de manière exclusive comme ayant ou non de l’importance, donnant ou non, sens à l’existence humaine, bref par l’absence de valeurs s’imposant à tous.
C’est en ce sens, qu’il est difficile d’évoquer l’idée de nature humaine concernant l’homme et qu’il est sans doute plus pertinent d’évoquer la notion de condition humaine chère à Sartre. Il nous faudra examiner de plus près cette idée de condition humaine ainsi que la conception de l’homme telle qu’elle semble se dégager des écrits bibliques.
A.Mendiri