2263 LA VALEUR DES VALEURS

Publié le 23/12/2017 à 05:59 par cafenetphilosophie Tags : monde roman homme nature sur extrait vie

 

 

 

Rubrique "Cours: la question morale". Suite du billet N°1256.

 

Extrait de Cours de philosophie, A.Mendiri, Connaissances et Savoirs.

 

Prochain billet demain dimanche 24 décembre (Libres commentaires liturgiques)

 

 

 

 

 

En définitive, même si cela est accueilli avec beaucoup de distance par les disciples contemporains de Nietzsche, les analyses de ce dernier concernant la morale ne diffèrent guère de celles développées par Calliclès. La nature mais également l’histoire humaine, avec son cortège d’ambitions, de massacres, de violences de toutes sortes sont amorales, étrangères aux préoccupations morales. Elles sont en particulier étrangères à l’idée d’égalité qui est au fondement de toute morale et en particulier du christianisme. La morale est une invention de ceux qui possèdent une « volonté de puissance » faible, c’est-à-dire une incapacité à vivre sans être commandé, sans se référer à des valeurs, à des vérités qui les rassurent, qui donnent sens à leur vie, que ces vérités soit d’ordre moral, politique, religieux, ou même que ce besoin de vérité se manifeste par la confiance qui font à la science en vue de se substituer à la métaphysique.

 

 

 

De ce fait les moralistes font preuve d’un déni de la réalité. Ordinairement, on appelle nihilistes ceux qui ne croient en rien, qui foulent aux pieds toutes les valeurs. Mais à vrai dire les nihilistes ne sont pas ceux qu’on croit, selon Nietzsche. Les authentiques nihilistes sont les moralistes, ceux qui proclament un monde imaginaire, celui de valeurs à révérer et fondé sur l’idée d’égalité, cette idée qui donne naissance au concept d’humanité au-delà de la diversité de cultures, à l’idée artificielle d’universalité au-delà des différences et qui a l’outrecuidance de juger, d’apprécier, de soupeser le monde réel.

 

 

 

    A cette anémie de la volonté des moralistes s’oppose la « volonté de puissance » des forts, ceux pour qui l’absence de valeurs égalitaires, l’absence de vérité de toutes sortes sont « un gai savoir », la caractéristique du « surhomme », cette dénomination ne devant pas s’entendre en un sens biologique mais par rapport à une capacité de vie sans tabou, sans frontière, sans vérité. Les propos de Nietzsche dans la préface de la « Généalogie de la morale » corroborent ces analyses : 

 

  

 

« Enonçons-la, cette exigence nouvelle : nous avons besoin d’une critique des valeurs morales et la valeur de ces valeurs doit tout d’abord être mise en question – et, pour cela, il est de toute nécessité de connaître les conditions et les circonstances de leur naissance, ce dans quoi elles se sont développées et déformées (la morale en tant que conséquence, symptôme, masque, tartuferie, maladie ou malentendu ; mais aussi la morale en tant que cause, remède , stimulant, entrave ou poison), connaissance telle qu’il n’y a pas encore eu de pareille jusqu’à présent, telle qu’on ne la recherchait même pas. On tenait la valeur de ces «  valeurs » pour donnée, réelle, au-delà de toute mise en question ; et c’est sans le moindre doute et la moindre hésitation que l’on a, jusqu’à présent, attribué au « bon » une valeur supérieure à celle du « méchant », supérieure au sens du progrès, de l’utilité », de la prospérité pour ce qui regarde le développement de l’homme en général (sans oublier l’avenir de l’homme). Comment ? Que serait-ce si le contraire était vrai ? Si, dans l’homme « bon », il y avait un symptôme de régression, quelque chose comme un danger, une séduction, un poison, un narcotique qui ferait peut-être vivre le présent aux dépens de l’avenir, d’une façon plus agréable, plus inoffensive, peut-être, mais aussi dans un style plus mesquin, plus bas ? En sorte que, si le plus haut degré de puissance et de splendeur du type homme, possible en lui-même, n’a jamais été atteint, la faute en serait précisément à la morale ! En sorte que, entre tous les dangers, la morale serait le danger par excellence ».

 

  

 

Telle est la conclusion de Nietzsche. Telle était la conviction de Calliclès. La morale n’est jamais que l’expression du besoin des faibles, le symptôme d’une vie anémiée, qui voit dans l’égalité artificielle la raison d’être illusoire de toute existence humaine. Il s’agit là du plus beau fleuron, car le plus radical, de la philosophie du soupçon.

A.Mendiri