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10.01.2026
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Rubrique "Le dévoilement du sens". Suite du billet N°2135.
Extrait de l'ouvrage "Le dévoilement rationnel du sens", A. Mendiri, Ovadia
Prochain billet demain samedi 26 août.
Croire pour comprendre, comprendre pour croire
Pourtant, si l’Etre de finitude qui est le nôtre est promis au dépassement vers un ou d’autres mondes successifs, suite à la libre et gratuite décision de l’Etre infini de s’incarner au sein de la création, lui faisant hériter de son infinitude et éventuellement de la possibilité d’accéder à la nouvelle forme de plénitude divine où tout « Mal » se voit éradiqué, ne doit-on pas en conclure que tous les êtres conscients sont appelés à se dévoiler ce prolongement de leur être au-delà de la mort et donc de la validité de cette promesse divine, y compris par ceux qui n’y voyaient que l’expression de l’illusion par excellence ?
Cette conclusion oublierait un peu vite que depuis l’introduction dans l’Etre de la nouvelle forme de plénitude, à savoir la plénitude sur le mode de la finitude, l’infinitude et la plénitude se voient désormais dissociées. Ce n’est pas parce que toutes les créatures sont appelées à perdurer au-delà de leur monde initial, que les perspectives de la plénitude se dévoileront à elles avec la même force de l’évidence que ne l’étaient antérieurement les perspectives ouvertes par la seule finitude. Car rappelons que les mondes qui succèdent au nôtre s’élèvent à un niveau toujours plus élevé de l’Etre de la finitude ou de sa liberté et ce, en écho au dépassement de l’Etre infini vers des niveaux toujours plus élevés de plénitude. Nous aurons l’occasion de préciser ce processus de dépassement propre à toute création. Mais dans l’immédiat, notons que ce ou ces dépassements successifs feront émerger à l’Etre des manifestations nouvelles de l’identité des êtres connaissant ce type de dépassement.
Or, il y a tout lieu de supposer que le dévoilement ou la reconnaissance de cette identité des créatures au travers de ces différences ne sera pas universellement ou communément partagé par toutes les créatures en question. De même que le Christ ressuscité n’est reconnu qu’à travers un certain nombre de signes et par le regard de la foi, de même en sera-t-il concernant la reconnaissance de notre identité à travers les nouveautés et les différences qu’elle revêtira. Autrement dit les êtres n’ayant pas vécu et partagé cette foi en la promesse divine de l’accès à l’infinitude de l’Etre d’une part et au-delà, à la nouvelle forme de plénitude introduite par l’Etre infini incarné d’autre part, verront certes leur existence se prolonger au sein de mondes successifs mais sans qu’ils puissent en prendre conscience.
En d’autres termes, ils connaîtront ce que St Paul appelle « la mort spirituelle ». Pour eux, ce ou ces nouveaux mondes seront perpétuellement les premiers avec des horizons ontologiques repliés sur chacun d’entre eux. En vertu du prolongement méconnu de leur être, la finitude apparaîtra comme irrémédiablement insurmontable, indépassable et le « Mal » inhérent à cette finitude se prolongera, voire s’accroîtra tant il est vrai que les possibilités ontologiques se verront toujours plus importantes et avec elles la violence du désir d’y accéder et le sentiment de l’absurde aggravé du fait que ce processus se voie apparemment condamné à connaître un terme.
Ces analyses nous conduisent à nous interroger a contrario sur les origines ontologiques de la reconnaissance de notre identité à travers les manifestations radicalement différentes qu’elle revêtira et qui à ce titre demeurent impensables. Il nous faut pour cela introduire la distinction entre l’âme et l’Esprit. Toutes les formes de créatures possèdent une âme si nous entendons par-là la nécessaire distinction entre une actualité finie et déterminée et une potentialité infinie et indéterminée. Nous retrouvons là la conception aristotélicienne du monde et qui comporte une hiérarchie d’âmes différentes en fonction de leur mode d’organisation.
Nous pouvons donc dire avec Aristote, que l’âme et le corps sont inséparables au même titre qu’actualité et potentialité d’un être quelconque sont indissociables. Dès lors cela n’a pas de sens d’imaginer une âme survivant au corps. Une âme ainsi conçue est une pure abstraction si nous entendons par abstraction l’opération de l’esprit consistant à séparer mentalement ce qui est indissociable au sein de la réalité. Inutile donc de chercher l’âme sous le scalpel ou bien dans une glande quelconque, comme le faisait Descartes avec sa fameuse glande pinéale.
Pourtant, les créatures survivent. Mais elles revêtiront une âme nouvelle correspondant aux déterminations nouvelles qui seront les leurs. Certes cette âme ne sera que le dépassement dans la conservation de la précédente. Cette âme se verra indissociable d’un corps nouveau, puisque l’unité d’un corps et d’une âme est aussi indissociable que celle d’une actualité et d’une potentialité. Mais comme nous l’avons vu, la reconnaissance de cette identité à travers la différence n’ira pas de soi. Il faut donc présupposer une instance ontologique permettant une telle reconnaissance.
C’est cette instance, distincte de l’âme, que nous appelons l’Esprit. Car l’unité indissociable d’un corps et d’une âme renvoie à ce que les textes bibliques désignent comme étant la « chair ». C’est cette chair qui est appelée à ressusciter et, éventuellement, à accéder à la plénitude divine. C’est en ce sens que la Bible oppose la « chair » à l’« Esprit », non parce que la « chair » serait condamnable en elle-même, mais seulement lorsque celle-ci se replie sur ses seules perspectives, alors que l’ « Esprit » témoigne de l’unité d’un corps et d’une âme s’ouvrant à la transcendance, à la présence divine, au crédit accordé à sa promesse de plénitude. A ce titre, il est plus rigoureux, comme le font les textes bibliques, d’opérer une distinction entre la « chair » et l’«Esprit» plutôt qu’entre l’âme et l’Esprit.
L’Esprit ainsi entendu, comme unité d’un être particulier s’ouvrant à la dimension de la transcendance, est potentiel au sein de tous les êtres susceptibles de se dévoiler la présence de l’Etre infini en leur sein, c’est-à-dire les êtres conscients. Mais faut-il encore l’actualiser. Cette actualisation s’effectue par l’Alliance établie avec Dieu et conduit à reconnaître sa présence, à accorder crédit à sa promesse, à agir afin d’être à sa ressemblance. Cette attitude intérieure renvoie à ce que St Paul appelle la charité. Celle-ci, comme sa célèbre Epître aux Corinthiens le précise avec éclat, ne consiste pas, comme le croit communément la pensée commune, à distribuer ses biens ou son surplus aux pauvres. L’Epître est fort explicite à ce propos : « Vous aurez beau distribuer tous vos biens aux pauvres, si vous n’avez pas la charité, vous n’êtes rien ».
Car la charité est ce désir consistant à vouloir du bien à ses frères sans en attendre une quelconque contrepartie. La charité c’est « l’Amour-agapè ». C’est également l’amour de Dieu, autrement dit la reconnaissance pour les bienfaits ontologiques dont il est la source, à savoir les multiples facettes de la valeur de l’Etre et le déploiement sans terme de cette valeur, autrement dit le sens même de l’Etre. La charité suppose donc la vie de l’Esprit qui se dévoile l’unité indissociable des raisons qui fondent l’amour de Dieu et l’amour pour ses frères, tous créés à « l’image de Dieu ». A telle enseigne, comme le proclame St Jean l’évangéliste que « celui qui dit aimer Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas ses frères qu’il voit est un menteur ».
Ainsi, c’est la charité qui actualise en nous l’Esprit, Esprit qui sera à même de se dévoiler notre identité au sein des mondes nouveaux et qui par là même nous fera acquérir la certitude que la finitude est définitivement surmontée, ouvrant tout grands les horizons de notre espérance en l’accès à la plénitude divine et à la victoire sur toute forme de « Mal ». Nous comprenons alors la forte parole de St Paul lorsque celui-ci ajoute : « Si vous n’avez pas la charité, vous n’êtes rien ». Car sans la charité telle que nous l’avons analysée, la finitude, la mort, le « Mal » inhérent à la finitude s’avèrent apparemment les seules perspectives ontologiques qui nous soient ouvertes.
Cela signifie-t-il pour autant que ceux qui n’ont pas actualisé l’Esprit soient condamnés à ne jamais l’actualiser ? Autrement dit, cela signifie-t-il que le non-sens, l’absurde, soient pour eux, éternellement leur seul horizon ? Ou encore, si nous appelons « Enfer », cette absence de sens, cette pérennisation du « mal », cela signifie-t-il que l’«Enfer» est voué à demeurer éternel ?
Si nous entendons par éternité le déploiement d’un temps sans terme, alors la réponse ne peut être, rationnellement, que négative. Car, au sein du déploiement de ce temps sans fin, viendra, par nécessité, un moment où cet Esprit s’éveillera. Mais la venue d’un tel évènement se verra toujours plus difficile dans la mesure où l’Etre et son déploiement sont mémoire et où cette mémoire sera toujours dépassement certes mais dans la conservation de ce qui précède. En conséquence, les êtres en question seront appelés à affronter les affres du « mal » et du « non-sens » pendant des temps parfois infiniment longs mais non définitifs.
En revanche, les êtres ayant actualisé l’Esprit acquerront la certitude que la finitude et la mort sont définitivement surmontées et ils attendront avec une confiance sans faille ni trouble la venue de la plénitude promise.
A.Mendiri