· 10 LA NOTION D'INSTINCT CHEZ L'HOMME . COURS.
· 9 LE STATUT DE LA CONSCIENCE SELON NIETZSCHE. COURS.
· 13 CROYANCES, RITES ET FÊTES DU JUDAÏSME
· NATURE HUMAINE ET CONDITION HUMAINE.
· 1 LES FONDEMENTS D'UNE DEMOCRATIE
· 10 LA FONCTION DU MYTHE
· 531 L'ART POUR L'ART OU ART ENGAGE?
· 5 LE BOUDDHISME: COMPARAISON AVEC L'HINDOUISME
· 12 MOÏSE, FONDATEUR DU JUDAÏSME
· 1 COURS DE PHILOSOPHIE: LA PHILOSOPHIE SPONTANEE.
· 289. INCONSCIENT PSYCHIQUE ET CONNAISSANCE DE SOI.
· 286. LES MANIFESTATIONS DE L'INCONSCIENT PSYCHIQUE.
· 411 LES SOURCES DE LA CONNAISSANCE HUMAINE.
· 2 COURS DE PHILOSOPHIE: LE ROLE DE LA RAISON.
· 8 LE STATUT DE LA CONSCIENCE SELON KANT ET PASCAL. COURS.
>> Toutes les rubriques <<
· 29 Cours: La nature de l'homme (15)
· 8 Les grandes religions (24)
· 36 Cours: L'Art. (14)
· 31Cours: L'inconscient. (6)
· 3 L'esprit démocratique (23)
· 2 Cours: Pourquoi la philosophie? (5)
· 7 Le phénomène religieux (16)
· 30 Cours: La morale. (11)
· 45 Extraits de textes philosophiques (15)
· 35 Cours: La politique. (22)
homme image vie monde roman homme création nature cadre animaux soi animal art fleur pensée créations sur extrait enfants
Derniers commentairesj'aime
Par Anonyme, le 23.02.2026
Date de création : 26.02.2011
Dernière mise à jour :
24.02.2026
5261 articles
Roman; font-size: medium;">
Rubrique "Cours: Qu'est-ce que l'homme?". Suite du billet N°2064.
Extrait de Cours de philosophie, A.Mendiri, Connaissances et Savoirs.
Prochain billet demain dimanche 18 juin (Libres commentaires liturgiques)
Partageons-nous avec le monde animal la conscience telle que nous l'avons définie lors du précédent billet consacré à ce thème? Cette question fait l'objet d'un débat dont il est difficile de dire avec certitude s'il est d'origine uniquement sémantique (quelle définition donnons-nous à ce terme de conscience?) ou bien idéologique (quelle idée nous faisons-nous de l'homme et de sa place dans l'univers?) ou bien encore scientifique (que peut nous enseigner la biologie ou la neurobiologie en la matière?).
Les animaux les plus proches de l'homme, notamment les animaux domestiques qui nous entourent, possèdent incontestablement une vie intérieure riche: ils ont des émotions (ils manifestent leurs joies, leurs peurs, leurs envies, leur attachement etc.); ils ont des souvenirs et sont capables de certains apprentissages. Sans ces capacités, le cirque n'existerait pas. Le sens commun a tendance à dire "qu'il ne leur manque que la parole", sous-entendu pour devenir l'égal de l'homme. Aussi a-t-on tendance à leur accorder une forme de conscience et de pensée et à considérer qu'il n'y a entre eux et nous qu'une différence quantitative au niveau des facultés.
Cette conception gradualiste de la présence de la conscience de la bactérie à l'homme est après tout une thèse qu'on ne peut exclure d'un revers de main. Elle est en vogue à une époque où l'affectivité pour l'animal dans les pays riches est particulièrement développée et où l'homme est accusé de détruire la nature, ce qui amène certains, dans le cadre du procès instruit, à relativiser l'importance de l'homme pour mieux souligner l'imposture de ses agissements. Bref, l'idéologie de l'homme roi de la création soutenu notamment par le christianisme, au culte de l'homme développé par l'humanisme classique, tend à se substituer un antihumanisme généreux dans ses intentions parce que coloré de préoccupations écologiques.
Ce débat prend surtout une importance sur le plan purement théorique. A supposer que nous partagions la conscience avec le monde animal, la différence "quantitative" avec celui-ci s'avère incontestable. Il suffit pour s'en convaincre de prendre en considération la civilisation et ses prodigieuses réalisations. Les efforts faits par certains chercheurs pour se mettre en quête de rares et limitées créations dans le monde animal afin d'y déceler des traces d'une culture et le rapprocher du monde humain s'avèrent assez dérisoires.
D'ailleurs la biologie éclaire sans ambiguïtés possibles cet écart béant entre les deux "mondes". Seul l'homme moderne possède une partie supérieure du cerveau aussi développée, ce que l'opinion commune désigne sous le nom de "matière grise". Le cerveau de l'homme possèderait 100 milliards de neurones alors que le cerveau de l'animal le plus développé après l'homme, à savoir celui du chimpanzé, n'en présente que 9 milliards. Cet écart arithmétique est de plus insuffisamment significatif dès lors que l'on rappelle que chaque neurone établit d'innombrables connexions avec d'autres neurones. Il est aisé de mesurer le gouffre anatomique et fonctionnel entre les deux espèces, rendant compte des différences dans les capacités de création entre monde animal et monde humain.
A partir de ces considérations, il n'y a rien d'illégitime d'avancer l'hypothèse selon laquelle la conscience incarnerait une dimension spécifique de la réalité qui serait l'apanage de l'humanité. De même que la vie incarne un niveau spécifique de la réalité par rapport à la matière inerte, de même en irait-il de la conscience par rapport aux modes d'organisation des systèmes nerveux donnant naissance aux différentes formes de psychisme animal.
Si cette hypothèse se voit fondée, cela entraîne une grande conséquence sur le plan théorique: la différence entre le monde animal et le monde humain n'est plus seulement quantitative mais qualitative. Cette conclusion rejoint les analyses classiques en la matière concernant les différences affectant les vies intérieures des deux mondes en question. L'animal éprouve et exprime ses besoins par exemple: il a faim ou soif; il a peur ou il exprime sa joie; il se souvient de situations précises. Il sait tout cela (tout au moins les espèces ayant un système nerveux développé). Mais il ne sait pas qu'il le sait. Il ne s'en rend pas compte. On a coutume de dire que l'animal, qui possède tous ces vécus, vit précisément mais il n'existe pas si on entend par exister "savoir qu'on vit". C'est cela la conscience: ce n'est pas seulement savoir, c'est savoir qu'on sait.
Mais peut-on définir la conscience? La question peut surprendre. Quelle est l'originalité de la conscience? Quelle est la caractéristique qui en fait sa spécificité? Bref, quelle est son essence ? On définit souvent la conscience par une capacité de recul par rapport à soi-même; dans la mesure où un être est conscient, il ne coïncide plus avec lui-même; il ne se contente plus d'avoir des vécus, de penser etc., il se voit en train d'avoir peur, d'exprimer sa joie, de penser, etc. Mais cela ne suffit pas pour définir la conscience.
En effet, une machine peut-être programmée en vue d'acquérir, dans le cadre des limites de sa programmation, des capacités semblables. Searle, dans "Du cerveau au savoir" (1984-1985) souligne que l'on peut écrire un programme qui permette à un ordinateur de simuler la compréhension du chinois. Dès lors, si l'on pose à l'ordinateur une question en chinois, celui-ci va la confronter à sa mémoire, ou à sa base de données, et fournir les réponses en chinois. Pourtant, il va de soi que l'ordinateur ne comprend pas le chinois. Il n'accède pas au sens. Ainsi, la conscience ou ce qu'on appelle la subjectivité, consistent dans cette capacité à accéder au sens. Or, cette capacité, dans sa nature intime, échappe à ce jour à notre compréhension. Le neurobiologiste peut toujours lui associer telles ou telles structures cérébrales précises sans pour autant rendre compte de l'aspect qualitatif de ce vécu, de cet accès au sens. La nature intime de la conscience demeure bien à ce jour un mystère métaphysique.
La notion de pensée est plus précise que celle de conscience, même si elle est liée à cette dernière. La pensée désigne une capacité propre à l'homme de se représenter la réalité sans être exclusivement tributaire des informations délivrées par son corps ou ses organes des sens (vue, ouïe, toucher, odorat etc.).
En effet, un animal développé sur le plan du système nerveux, à l'image des animaux familiers qui nous entourent, possède des représentations du réel. D'où proviennent ces dernières? Uniquement des informations qu'il reçoit par la médiation du corps. Il est en quelque sorte prisonnier de son corps.
En revanche, un sujet conscient peut prendre un recul intérieur par rapport à ces informations sensibles, les modifier mentalement et par là même distinguer le réel perçu d'un réel possible. L'homme peut exercer son imagination. L'idée de possible le conduit à faire des hypothèses scientifiques et métaphysiques, à créer des œuvres d'art, à imaginer des techniques etc. bref à utiliser des capacités de création sans commune mesure avec celles des autres espèces. Il peut également faire preuve d'abstraction, autrement dit il peut séparer mentalement ce qui est indissociablement uni dans la réalité. Le sujet perçoit une fleur, il peut distinguer sa forme, sa couleur, son odeur, sa consistance etc. Comme on le voit, abstraire ne consiste pas à sombrer dans l'irréalité mais à se représenter distinctement des aspects différents de cette réalité qui se présentent indissociables au sein de celle-ci. Si on entend par la "pensée" ces capacités d'abstraction et cette possibilité d'élaborer mentalement un univers intérieur distinct de l'univers perçu, il va de soi que seul l'homme pense. L'homme n'est plus prisonnier de son corps et des informations que ce dernier propose. "La pensée, dit Platon, nous libère de la prison du corps".
A. Mendiri