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1639 DEMOCRATIE ET CONFLIT DES VALEURS

Publié le 09/04/2016 à 05:53 par cafenetphilosophie

  

 

 

Rubrique "Cours: la philosophie politique". Suite du billet N° 1632.

 

Extrait de "Cours de philosophie", A. Mendiri, Scripta.

 

 

Prochain billet demain dimanche 10 avril (Libres commentaires liturgiques)

 

 

 

 

 

Ces analyses théoriques se heurtent néanmoins à un certain nombre de difficultés. En effet, la démocratie se doit de défendre à la fois le principe de liberté et le principe de justice. La défense du principe de liberté la conduit à accepter et à soutenir la liberté économique, c’est-à-dire la libre entreprise, en d’autres termes le système économique capitaliste. Or, ce dernier sert par définition des intérêts privés et particuliers et n’a nul souci de l’intérêt général. Ses pratiques spontanées s’avèrent sans pitié pour les faibles,  broyant les entreprises en difficultés et les hommes qui y travaillent. Bref, il est immoral ou plus précisément, comme le remarque le philosophe contemporain Comte-Sponville, amoral, c’est-à-dire complètement étranger aux soucis moraux. La question est alors la suivante : comment concilier la démocratie, ses principes de justice sociale, son souci de l’intérêt général, les exigences morales constitutives de son essence avec un tel système économique qui se situe aux antipodes de ces valeurs ?

 

 

 

Marx en tire la conclusion que les démocraties classiques ne sont que des façades, le véritable pouvoir appartenant aux puissances économiques et l’Etat ayant pour mission, sous les apparences d’un arbitre neutre, de servir et de consolider les intérêts de la classe dominante. Cette critique radicale ne permet sans doute pas de rendre compte de la complexité de la réalité politique et sociale. D’autant que les démocraties classiques ont trouvé une solution permettant de concilier ce système économique avec leurs principes fondateurs : ce système économique est conservé et défendu au nom d’une part du principe de liberté et au nom d’autre part de son efficacité, contestée par personne, en vue de produire des biens et introduire des innovations ; mais par ailleurs, il appartient au pouvoir politique de le réguler, de protéger les faibles, de redistribuer les richesses produites de la manière la plus équitable possible par le biais par exemple de dispositions fiscales et de mesures sociales.

 

 

 

Ce faisant les démocraties contemporaines peuvent se donner les moyens d’honorer l’ensemble de leurs principes fondateurs. L’action politique peut concilier le respect de la liberté économique et le souci de la justice sociale. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les difficultés soient levées quant au rapport entre les démocraties et la morale. Même si on écarte les éventuels manquements du pouvoir politique quant à la nécessaire redistribution équitable des richesses produites, peut se poser le problème de l’action inspirée par ce qu’on appelle « la raison d’Etat », autrement dit le mensonge au nom de l’intérêt général supposé.

 

 

 

Or, le mensonge est immoral par    nature. Comment accepter dans ces conditions un mensonge des autorités politiques au nom de la « raison d’Etat » ? Là encore, tout dépend de la motivation de ce mensonge. Car n’oublions pas que les autorités politiques, au même titre qu’une personne privée, peuvent se trouver confrontées à un conflit de valeurs. Dès lors, le respect intégral des valeurs morales peut s’avérer impossible. Par exemple, cela peut être le cas si les autorités en question mentent afin de confondre des terroristes ou afin de ne pas compromettre une enquête délicate les concernant. Le mensonge est proféré au nom de l’intérêt général et non pour couvrir les intérêts politiques à court terme des autorités en question. Ceux qui le leur reprocheraient feraient preuve de « moralisme » si on entend par là un intégrisme en matière morale relevant, comme le disait Hegel de manière ironique, des « belles âmes ».

 

 

 

Il est vrai d’ailleurs que les citoyens des pays démocratiques ne comprennent pas toujours le mode de fonctionnement des démocraties et ont parfois tendance à porter vis-à-vis des dirigeants des accusations non fondées. C’est souvent le cas lorsque des citoyens dénoncent l’écart existant entre les propositions électorales et l’action gouvernementale de leurs auteurs. Le sociologue allemand Weber (XIX°-XX° siècle) a introduit à ce propos une distinction intéressante : il convient de ne pas confondre ce qu’il appelle « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité ».

 

 

 

« L’éthique de conviction » correspond aux philosophies politiques des formations se présentant aux suffrages des citoyens. « L’éthique de responsabilité » renvoie aux mesures qu’il est possible de prendre étant donné les circonstances, souvent imprévues notamment en matière économique, en tenant compte des nécessaires compromis avec de multiples forces sociales, en privilégiant l’intérêt général du moment avant de rester fidèle à des idéologies qui dessinent des perspectives parfois à très long terme voire un idéal plutôt que des exigences conjoncturelles à court terme.

 

 

 

En conséquence, s’il s’agit de réelles nécessités et non d’infidélités à des promesses qui auraient pu être raisonnablement tenues, cet écart entre les convictions affichées et les décisions prises peut s’avérer non seulement légitime mais qui plus est honorable car il n’est jamais facile de renoncer pour partie à ses convictions afin de mieux servir l’intérêt général. D’ailleurs les hommes publics qui agissent de la sorte sont qualifiés d’hommes d’Etat, puisqu’ils prennent le risque de perdre une partie de leurs électeurs au nom de la défense de ce qu’il considère comme le bien public. Par exemple, le premier ministre britannique Edward Heath en 1970, a décidé, contre son opinion publique, de faire adhérer la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne, dans la mesure où, à tort ou à raison, il estimait qu’il en allait de l’intérêt supérieur, à long terme, de son pays.

A. Mendiri