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Dernière mise à jour :
20.01.2026
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Rubrique "Qu'est-ce que l'homme?" Suite du billet N° 1355.
Extrait de l'ouvrage "Philosophie pour tous" Tome II, A. Mendiri, Edilivre.
Prochain billet demain mercredi 08 juillet.
Nous souhaiterions ce jour faire le point sur la notion de nature. Car, cette notion est équivoque et prête aisément à confusion.
Certes, l'idée commune de nature est simple. Il s'agit de l'ensemble des êtres minéraux, vivants et humains qui constituent notre planète et au-delà des réalités constitutives de l'univers observable. Cette nature ainsi comprise est régie par des lois, objet des sciences physiques et biologiques. Les réalités constitutives de la nature sont organisées en écosystèmes. Cela signifie qu'elles sont complémentaires et que chacune d'elles n'a de réalité et d'existence que par les relations réciproques entretenues avec les autres réalités de ce monde. Lorsque les courants écologistes nous invitent à respecter les équilibres naturels en vue de notre propre survie ou de la poursuite de notre aventure cosmique dans de bonnes conditions, c'est à ces conceptions élémentaires de la nature auxquelles ils se réfèrent.
Bref, la nature renvoie à l'ensemble des réalités non créées par l'homme. De ce point de vue elle se distingue de la notion de culture ou de civilisation conçue comme l'ensemble des réalités dites artificielles, c'est-à-dire créées par l'homme au cours de son histoire, que ces réalités soit d'ordre matériel (outils, machines, habitat etc.) ou bien de l'ordre des idées comme les croyances religieuses, les systèmes philosophiques et politiques, le droit, l'art, la science, le langage etc.
Mais précisément cette distinction entre la nature et la culture soulève elle-même l'originalité de l'homme au sein de cette nature. En effet, l'homme occupe une place particulière et originale parmi les autres êtres naturels. Physiquement, l'homme se rattache incontestablement à la nature. L'espèce humaine à l'égale des autres espèces se définit par un certain nombre de chromosomes, par un patrimoine génétique spécifique qui autorise tous les membres de cette espèce à être interféconds notamment, signant ainsi leur appartenance à une seule et même espèce naturelle.
En revanche, ils se distinguent de toutes les autres espèces animales sur le plan des comportements. Ceux-ci ne sont plus régis par la nature, par le biais de ce qu'on appelle des instincts, c'est-à-dire non pas banalement des manières spontanées d'agir, mais des comportements précis, stéréotypés, innés, non évolutifs, communs à tous les membres de la même espèce et indispensables en vue de leur adaptation à un environnement donné.
De ce point de vue, l'homme n'a pas d'instincts, excepté peut-être l'instinct de succion à la naissance, qui lui permet de maîtriser et de coordonner les mouvements l'autorisant à téter. Il ne faut pas en effet confondre instinct et besoin. Lorsqu'on évoque, de manière extensive l'instinct de survie ou l'instinct sexuel ou encore l'instinct maternel chez l'homme, on fait état en réalité des besoins correspondants. Si l'homme avait en la matière de véritables instincts, il possèderait naturellement et universellement exactement les mêmes manières de satisfaire les besoins en question au même titre que l'araignée de nos jardins tisse une toile pour piéger ses proies.
Or, il est clair que ces besoins sont satisfaits de manière très diverse par le biais d'apprentissages culturels. Pourquoi cette absence d'instincts ainsi définis chez l'homme? La réponse est aisée. L'homme possède un cerveau d'une extraordinaire complexité qui lui permet de tout apprendre. Dès lors, la présence d'instincts ne serait en rien un facilitateur pour son adaptation à son environnement mais au contraire un obstacle. La sélection naturelle a donc éliminé ce qui non seulement serait inutile mais qui plus est handicapant.
A partir de ce constat, force est de conclure que l'homme, sur le plan des comportements est un être non plus naturel, mais un être culturel, un être façonné par la culture, l'apprentissage, l'éducation. Est-ce à dire qu'il n'a plus de nature en la matière? Répondre à cette question ne relève plus du simple constat anthropologique (l'anthropologie étant l'ensemble des sciences de l'homme) mais de l'interprétation philosophique.
C'est ainsi que les Grecs du V° siècle av. JC comme Platon ou Aristote ont considéré que faute de contraintes naturelles comme l'instinct, l'homme possédait la raison lui permettant de l'éclairer sur ce qu'il doit faire pour réaliser son bien et pour être véritablement un homme. La raison est donc la source de la nature humaine à un double point de vue: c'est la possession de la raison qui distingue l'homme des autres espèces, qui en fait sa spécificité, c'est-à-dire son essence et par ailleurs c'est le bon usage de cette faculté qui lui permet d'accéder à son "humanité authentique".
Il s'agit donc là d'une nature d'ordre spirituel. Ce qui distingue celle-ci, sur le plan des comportements, de l'instinct, c'est que l'homme choisit librement de faire ou non un bon usage de la raison. La fourmi ne choisit pas d'être une fourmi et de se comporter en fourmi. L'homme choisit d'être "humain" (et non "inhumain" lorsqu'il est dirigé par le désir effréné ou le sentiment aveugle) et d'utiliser la raison non au service du désir ou du sentiment mais comme principe qui juge ces derniers, qui "tient le gouvernail". Il y a donc un ordre naturel des choses.
Seulement, il s'agit là d'une interprétation philosophique du rôle normatif de la raison. Si, comme Sartre par exemple, on refuse à la raison ce statut, si on estime que c'est la conscience qui comme pouvoir de recul, comme source d'une radicale liberté, est source des valeurs, alors l'homme platonicien, l'homme raisonnable, l'homme qui refuse l'"hubris" ou bien tout excès n'est jamais qu'un choix parmi d'autres et non une norme qui s'impose à tous les hommes de tous les temps. Il n'y a plus une nature humaine mais seulement une condition humaine si on entend par là que l'homme choisit d'être ce qu'il est, que "l'homme invente l'homme".
Comment se situe la pensée biblique par rapport à cette question de la nature humaine? Aussi surprenant que cela puisse apparaître elle est plus proche de celle de Sartre que de celle de Platon. En effet l'homme n'a pas une nature prédéfinie, c'est-à-dire une unique manière d'être homme sur le plan de la norme. Il doit choisir entre deux destins ontologiques différents: soit il choisit d'être homme replié sur sa finitude, sur sa chair (c'est-à-dire l'union du corps et de l'âme) ou bien il choisit de recevoir et d'accorder sa confiance à un supposé message divin qui l'invite à dépasser cette condition de la finitude, à être chair traversée par l'Esprit, c'est-à-dire en relation et en communion avec Dieu, et donc à partager à l'horizon de l'histoire la plénitude divine promise. Il a donc le choix entre deux conditions distinctes. Nous reviendrons de manière plus détaillée sur ce dernier point.
Pourquoi l'Eglise catholique plus particulièrement tient alors à la notion de nature, notion qui fonde ses positions par rapport à tout ce qui fâche ordinairement, à savoir les problèmes liés à la contraception, à l'homosexualité, à l'euthanasie etc.? Tout simplement parce que sa théologie est fondée sur le système de St Thomas d'Aquin (XIII° siècle) qui lui-même transposait le message chrétien et biblique à l'aide des concepts de la pensée aristotélicienne et donc à l'aide de la notion de nature.
Nous examinerons prochainement plus en détail ces dernières considérations.
A. Mendiri