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Rubrique "Cours: la question morale" . Suite du billet N° 893.
Extrait de l'ouvrage "Cours de philosophie" Scripta A. Mendiri
Prochain billet demain 01 avril (Philosophie au fil des thèmes)
Les « philosophies du soupçon » se sont développées au XIX° siècle avec Marx et Nietzsche notamment. Le terme même de soupçon éclaire la nature du débat. Face aux idées de toute nature, morales, politiques, religieuses, philosophiques, esthétiques etc. il s’agit de s’interroger non sur leur vérité, mais sur les besoins humains cachés qui les ont engendrées et qui par conséquent les justifient.
Ces courants de pensée ramènent donc la vérité des valeurs morales par exemple à la valeur des besoins en question. C’est la démarche propre à toute forme de matérialisme philosophique, c’est-à-dire les courants de pensée qui proclament que les idées n’ont pas de valeur propre, n’ont aucune autonomie du point de vue de leur vérité, mais n’ont de sens que par rapport aux besoins matériels qui leur ont donné naissance. La valeur de vérité d’une idée se ramène et se réduit à la valeur de son origine.Dieu est une idée qui console ; sa valeur se ramène donc à ce besoin de consolation.
Avant d’examiner deux exemples célèbres de cette démarche philosophique, rappelons les objections qu’on peut lui adresser. Le matérialisme ainsi conçu assimile l’origine des valeurs, autrement dit la question de savoir comment elles sont apparues, quels besoins historiques, sociaux, psychologiques leur ont donné naissance, avec la valeur de vérité de ces dernières. Ils se refusent à distinguer les conditions d’apparition d’une idée et la valeur de cette idée.
Prenons un exemple qui met en difficulté une telle conception. Les Egyptiens de la Haute Egypte voyaient régulièrement les délimitations de leurs champs effacées suite aux crues fréquentes du Nil. Lassés de devoir sans cesse délimiter à nouveau leurs parcelles, ils ont été amenés à découvrir de manière empirique, c’est-à-dire par essais et erreurs, des procédés géométriques leur facilitant la tâche.
Ainsi de tels procédés sont-ils nés de besoins précis, de circonstances historiques clairement identifiables. Dira-t-on pour autant que ces procédés géométriques n’ont de vérité que par rapport à ce contexte et non une valeur de vérité indépendante de l’espace et du temps où ils sont apparus ? Concernant la vérité mathématique, la réponse ne fait pas de doute. Il y a donc des idées qui possèdent une valeur indépendamment des besoins humains qui leur ont donné naissance. Ce qui est vrai en mathématiques, pourquoi cela ne le serait-il pas pour les autres domaines de la culture et notamment concernant la morale ?
A. Mendiri