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Dernière mise à jour : 24.04.2014
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RAISON, SENTIMENT ET ACTE MORAL.

Publié le 21/04/2012 à 06:12 par cafenetphilosophie Tags : soi nature amour bonne monde vie extrait roman gratuit

Extrait du "Cours de philosophie" d'Albert Mendiri, aux éditions Scripta,  Chap.III  "La question morale" pp. 55-56

  

 

 

    La raison et non le sentiment est la source de l’actemoral.Ce qui fait l’originalité d’un acte moral c’est donc son caractère désintéressé et le fait que je surmonte mon intérêt égoïste au nom de la valeur attribuée à la personne humaine, la mienne ou celle d’autrui, c’est-à-dire cette dimension de l’être humain qui est capable de s’arracher à sa seule nature animale et accomplir un acte désintéressé, un acte qui n’est pas motivé par l’attente d’une contrepartie. Cet acte est donc méritoire, exige de notre part un effort et suscite un sentiment de respect, c’est-à-dire un sentiment de considération vis-à-vis de cette démarche.

 Ce sentiment de respect pour notre personne est aux yeux de Kant le seul sentiment qui doit entrer en ligne de compte lors de l’accomplissement de l’acte moral. C’est ainsi que si je suis porté à surmonter mon intérêt pour une personne avec qui j’entretiens des liens affectifs étroits, je n’en ai aucunmérite. Mon acte n’est pas gratuit, désintéressé, puisqu’il se trouve inspiré par mon désir de conforter cette relation ou de susciter la réciprocité d’autrui et que cette relation effective ou attendue nourrit ma vie, répond à mes attentes, mes espoirs, mon idéal. De plus, cet acte présente l’inconvénient d’être peu sûr, car les sentiments peuvent s’avérer fluctuants, mon amour d’aujourd’hui pouvant devenir la haine ou l’indifférence de demain. Aussi, l’acte de dépassement de mon intérêt égoïste que j’accomplis, porté par des sentiments de ce type, demeure-t-il étranger à la morale. Bien entendu, cet acte n’est pas non plus contraire à la morale. Il est neutre, ni moral, ni immoral.

 A vrai dire, l’acte moral, l’ordre que je me donne afin de l’accomplir, bref l’obligation doivent provenir de la seule raison. Nous retrouvons ici la grande tradition rationaliste inaugurée par Platon. Car la raison dont il est question ici est bien celle « qui doit tenir le gouvernail », qui doit fixer les objectifs de l’action humaine. C’est la faculté commune à tous les hommes, la faculté qui se situe au-delà de notre individualité singulière, la faculté impersonnelle, le sujet « transcendantal » comme le dénomme Kant, le sujet qui rend possible la connaissance et légitime l’action.

 Cet ordre de la raison, cet ordre qui nous fait obligation, si on veut être moral, de surmonter notre intérêt égoïste, transforme l’acte moral en devoir. La notion de devoir indique bien que c’est difficile et méritoire de notre part. Prendre son plaisir n’est pas un devoir. Tout le monde voit bien l’absurdité d’une telle formule. Accomplir l’acte moral est un devoir car il ne va pas de soi.

 Que l’acte moral ait pour source un ordre de la raison présente un avantage considérable : la raison est une faculté commune à tous les hommes, et donc ses ordres auront vocation à revêtir le caractère de l’universalité. Là encore, nous retrouvons l’ambition platonicienne de faire de la raison la faculté qui transcende, qui dépasse toutes les cultures et donc toutes les traditions morales particulières. Un acte est moral s’il peut être universalisable sans contradiction. C’est pour cela que le mensonge est contraire à la morale. Car même s’il est proféré par délicatesse ou pour éviter la souffrance morale d’autrui, il n’en est pas moins vrai que si tout le monde mentait, toute vie sociale, toute communication entre les hommes perdraient leur sens 

Kant pousse d’ailleurs sa démarche à l’extrême : il ne peut y avoir aucune exception à l’interdiction du mensonge. Par exemple, dit-il, si un paysan accepte de protéger dans sa grange un persécuté politique poursuivi par la police politique et si celle-ci frappant à la porte de la ferme, demande au paysan si la personne recherchée s’y trouve, il ne doit pas déroger à la règle et il doit donc dire la vérité. Cela peut passer pour un acte « inhumain », une monstruosité de la froide et insensible raison. Mais la justification rationnelle d’une telle attitude reste fort cohérente : quoi que nous fassions, nous ne connaissons pas les conséquences empiriques, pratiques, concrètes de nos choix. C’est ainsi que si je mens, sans le vouloir, je peux faciliter l’arrestation du persécuté politique en question. En effet, ce dernier, en entendant arriver la police, a pu s’enfuir dans la forêt voisine, permettant de ce fait à la police qui n’a pas perdu de temps à d’inutiles recherches dans la ferme, de le retrouver plus vite. Ainsi je n’ai aucune raison de l’ordre de la raison de déroger à la loi de la raison. 

Seul le sentiment peut m’amener à déroger à l’ordre de la raison sans que céder à mon affectivité ne me garantisse la réussite de ma bonne intention. Dès lors, puisque, quel que soit mon choix, mentir ou dire la vérité, je n’ai aucune certitude quant aux conséquences de ce dernier, en l’occurrence ici sauver la vie du persécuté politique, je n’ai aucune raison de ne pas faire le choix de la vérité.





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